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Publié par la pindade rose rainbow

J'apprécie beaucoup l'analyse de cet homme. Il a les mots justes et les idées .

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Edwy Plenel : "l'extrême droite n'est pas une fatalité"

Journaliste, ancien directeur de la rédaction du Monde et fondateur du site Mediapart,  Plenel est également l'auteur de nombreux essais. Il vient de publier aux éditions Don Quichotte Dire non. Dans ce manifeste dédié à Stéphane Hessel, il invite les lecteurs à se mobiliser face à une montée de l'intolérance. MyBoox a pu l'interviewer.

 

MyBoox : Pourquoi notre République qui s'est toujours dressée contre les idéologies prônant le racisme, n'arrive-t-elle plus aujourd'hui à lutter contre ces idées ?

 

Edwy Plenel : Il y a principalement deux raisons spécifiques à la France, en dehors des raisons générales qui concernent tous les pays européens touchés par la crise. Il y a d'une part la relation de la France à son passé et d'autre part la fragilité de la culture démocratique.

On ne maîtrise son présent et donc la construction d'un futur qu'en ayant un rapport apaisé, non conflictuel à son passé. Mais la France a deux nœuds qui sont au cœur des idéologies de l'inégalité naturelle, à savoir la collaboration avec le nazisme et la colonisation. Le premier, on l'a dénoué sous la présidence de François Mitterrand, en reconnaissant le rôle de Vichy et donc de l'Etat français dans la déportation et  l'abdication de la plupart des élites politiques, économiques intellectuelles en 1940. Mais ce travail sur l'Histoire ne s'est pas poursuivi concernant la décolonisation qui fut la plus sanglante décolonisation du monde occidental. Or, cette question est toujours au cœur de notre crise, parce que la diversité de notre peuple est issue de cette longue histoire coloniale, parce que notre rapport au monde est déterminé par cette absence de maîtrise de ce pan de l'Histoire.

Quand j'ai écrit L'effet Le Pen en 1984, j'ai écrit que Jean-Marie Le Pen avait un avenir parce qu'il avait un passé et qu'il était porteur d'un passé que nous n'assumons pas.

La deuxième raison spécifique à la France quant à la crise que nous traversons est liée au présidentialisme français de la Vè République, à cette résurgence du bonapartisme qui crée une culture démocratique très fragile. Il y a aujourd'hui une vraie crise démocratique qui s'ajoute aux autres crises sociale, économique, écologique et civilisationnelle. Et dans cette crise, pour nous construire un avenir, nous n'avons qu'une solution : la délibération, l'inventivité démocratique .

 

En dehors des raisons historiques lointaines, y avait-il pour vous au regard d'une actualité beaucoup plus récente, une urgence à écrire ce livre, à "Dire non" ?

 Oui, parce qu'il y a une déception vis à vis de François Hollande. Déjà lors du précédent quinquennat, dans sa fuite en avant du pouvoir personnel, dans son hyperprésidence, Nicolas Sarkozy violentait la tradition de sa famille politique, à savoir la façon dont la droite française s'est reconstruite après 1945. Cette droite avait alors mis à l'écart les idéologies de l'inégalité naturelle, celles portées par Charles Maurras, par une droite qui n'était pas républicaine. Or, la droite républicaine est celle qui s'est convertie à l'idée de ne pas faire de distinction selon les origines, les religions et qui s'est donc convertie à l'idée que l'on naît libres et égaux en droits. Mais avec Nicolas Sarkozy, cette barrière entre droite républicaine et non républicaine s'est levée lors par exemple du discours sur les Roms, lors du débat sur l'identité nationale, ou lors de la campagne électorale avec la question du halal traitée comme un sujet central. Alors, en 2012, nous avons majoritairement voté contre cela et souhaité que cette hystérisation du débat public se termine.

Mais qu'est-ce qui se passe ? Le nouveau pouvoir a démobilisé les siens, ceux qui avaient voté pour lui. Il a considéré qu'à partir du moment où il avait un mandat, il fallait le laisser faire le tri des promesses qu'il tiendrait ou non, le laisser godiller sur la sécurité et l'immigration et ne pas se mobiliser face à la montée des idéologies monstrueuses de l'inégalité naturelle. Lors des débats sur le mariage pour tous, on a assisté au retour du racisme contre les noirs le plus archaïque avec les attaques dont Madame Taubira a fait l'objet. Et dans la foulée, on a vu l'antisémitisme revenir, on s'en est pris aux homosexuels. C'est une véritable machine infernale qui s'est mise en place et face à cela, notre pire ennemi c'est l'indifférence.

 Concernant Manuel Valls, vous écrivez : "quand un jour ou l'autre, les socialistes s'étonneront des voix qu'il leur auront manquées, qu'ils constateront l'ampleur de l'abstention, quand ils s'inquiéteront de ne pas avoir été secourus face à l'extrême-droite, ils feront bien de demander des comptes à Manuel Valls.' La gauche est-elle aujourd'hui en train de demander des comptes au ministre de l'Intérieur ?

 

Cécile Duflot a fait savoir qu'elle ne serait pas d'un gouvernement dont Manuel Valls serait le Premier ministre, parce que la ligne politique qu'il incarne ne lui convient pas. Et puis j'ai écrit ce livre pour faire bouger les lignes. J'espère que personne n'est éternellement enfermé dans une position. Depuis la sortie de Dire non, Manuel Valls est venu débattre à Mediapart et il s'est en partie rendu compte combien son choix tactique ou de conviction sur la politique sécuritaire et migratoire a contribué à faire le lit de ses adversaires. Je pense qu'il est donc lui-même en réflexion sur ce positionnement là.

 En quoi souhaitez-vous que votre livre soit utile ?

 La démobilisation des électeurs de gauche a eu lieu et j'appelle au delà de la gauche, tous ceux qui s'inquiètent de la renaissance et de la persistance des idées de la haine de l'autre, je les appelle à comprendre que depuis trente ans le fait de mettre au cœur du débat public les thèmes de la sécurité et de l'immigration n'est pas la solution. Il faut mettre au cœur des débats la question démocratique, la question sociale. Par ailleurs, la droite républicaine ne peut continuer d'être prisonnière de la volonté d'un homme, Nicolas Sarkozy qui a choisi la fuite en avant, une fuite extrêmement destructrice.

Je m'adresse aussi aux électeurs du FN à qui je ne fais pas la morale, que je ne méprise pas, je pense qu'on peut leur faire comprendre combien ils se fourvoient. Lorsque les pauvres se font la guerre au nom de l'apparence, de la religion, de l'origine, de l'identité, c'est alors le meilleur service qu'ils peuvent rendre aux oligarchies dominantes. Ceux qui dirigent le Front national contrairement à ce que leurs électeurs pourraient croire ne sont aucunement opposés aux intérêts des oligarchies. Quand les pauvres se font la guerre, les dominants ont la paix. L'extrême-droite n'est pas une fatalité, notre pays n'y est pas condamné, mais avec une droite radicalisée et une gauche droitisée, les responsables politiques ne sont aujourd'hui pas au rendez-vous de l'exigence républicaine.
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la pintade rose 

Edwy Peynel, journaliste de mediapart.

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