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Publié par la pindade rose rainbow

La mutante ou la femme actuelle....La mutante ou la femme actuelle....


Dans un essai brillant et plein d’humour, la psychanalyste Marie-Laure Susini s’interroge sur la fin du patriarcat et l’avenir de la femme.

Sans oublier les hommes. ----------------------------------- La psychanalyste Marie-Laure Susini, est une habituée des livres dérangeants. Dans sonÉloge de la corruption paru en 2008 (Fayard),

elle s’en prenait avec vigueur à l’idéologie de la transparence et fustigeait avec humour les tenants de l’intégrisme du Bien. Elle mettait en garde le lecteur contre les tentations de la vertu à tout crin et se prononçait non pour la corruption en soi, mais pour la reconnaissance d’une part d’ombre nécessaire au bon fonctionnement des relations sociales. Elle faisait ses adieux à l’incorruptible Robespierre.

Aujourd’hui, elle récidive dans un livre enjoué sur le destin de l’émancipation féminine. Elle nous parle de La mutante*, des femmes d’aujourd’hui, qui ont la maîtrise de leur corps et peuvent accéder aux plus hautes fonctions tant dans la politique, que dans l’industrie. Elle nous parle de ce qui a changé depuis que les affranchies et les rebelles se sont libérées de l’entrave du mariage et du patriarcat. D’où une présentation en deux parties, « avant » et « aujourd’hui », qui permet au lecteur de prendre du recul et de s’interroger sur la nouvelle femme, dans son rapport au pouvoir et aux hommes. Dans le but avoué d’établir, on s’en doute, de nouveaux liens, entre les femmes et les hommes.

Car si l’intervention de la science sur le corps de la femme a définitivement mis fin au patriarcat, si des femmes sont aux commandes, au point d’incarner une image idéale de la mutante, capable de vivre sa sexualité et d’exercer le pouvoir — comme un homme —, il n’est pas sûr que l’aventure de l’émancipation féminine — et masculine — en soit arrivée à son stade terminale, comme le laisserait penser la fulgurante ascension de Marissa Mayer, la PDG de Yahoo, qui réunit les traits de la mère accomplie et de la dirigeante à la main de fer. Il n’est pas sûr que la femme idéale, débarrassée de l’emprise des hommes, puisse trouver son total accomplissement, dans le personnage de Lisbeth Salander, l’héroïne de Millenium, la warrior type, à la petite silhouette androgyne, au corps asexué et tatoué. Marie-Laure Susini pense donc qu’il n’est pas trop tard pour s’interroger sur le nouveau matriarcat qui perce parfois derrière l’image de la mutante. Avec son humour habituel, elle entend se libérer de la libération, et nous indiquer un autre chemin. Comment ? En nous faisant sentir ce qui a changé. Pour le pire et le meilleur. Et d’abord, en nous rappelant ce qui s’est passé « avant ».

Du temps de George Sand, de Coco Chanel, de Margaret Mitchell, l’auteure de Autant en emporte le vent. Trois portraits de femmes menés tambour battant, qui nous permettent de mesurer le poids des déterminations biographiques, dans le choix d’un destin, qui pour être grandiose, ne fut pas toujours choisi, par toutes ces femmes exemplaires. Attardons-nous un instant sur le destin de George Sand ! Elle avait quatre ans lorsque son père meurt d’une chute de cheval. Elle découvrit le sexe avec horreur, au cours de sa nuit de noce, « telle une pauvre enfant qui ne sait rien ». Son identification à un père idéal, qu’elle n’a pas connu, ne fait aucun doute. Il lui fallut assumer auprès des fils, des hommes, la responsabilité et l’autorité. Fille de son père, au point de prendre la place « laissée vide, du chevalier de sa mère ». Car le père de George Sand s’était entiché d’une femme, qui selon Sand elle-même, « était de la race avilie et vagabonde des bohémiens de ce monde ». Le père de George Sand avait voulu sauver cette femme. De la même manière, George Sand qui n’eut que des amants souffreteux, passa son temps à vouloir les sauver. Elle voulait les sauver, tout en travaillant d’arrache-pied. Les protéger, les envelopper de sa tendresse maternelle. Elle les voulait plus jeunes qu’elle, et toujours en mal de vivre, ivrogne ou malade. Qu’ils se nomment Musset ou Chopin.

De cet exemple fondateur, Marie-Laure Susini, tire une leçon. George, la dévoreuse de jeunes hommes, « était chaste ». Elle ne pouvait se laisser aller, « dans la relation sexuelle avec un homme, à jouir, d’être l’objet du plaisir ». Et pourtant, « l’image de George Sand est un manifeste ». Une marque même. Il existait en 1868 un parfum George Sand. « Cent ans plus tard, remarque l’auteure, quand survient réellement, avec la contraception, la libération des femmes des années soixante-dix, le tailleur-pantalon et le smoking d’Yves Saint Laurent ont la même signification ». Sand : pionnière du regendering ?

La suite de ces portraits de femmes est tout aussi édifiante. Marie-Laure Susini déshabille Gabrielle (Chanel), et perce le mystère de Scarlett. Avec brio. Comme elle analyse avec finesse le personnage principal de Millenium. Pour finir, par un portrait ravageur de la PDG de Yahoo, qui offre son bébé à la terre entière, en tweetant qu’elle ne prendra pas de congé maternité. Il faut prendre tous ces destins à la lettre. Ne pas se raconter d’histoires. Marissa Mayer ne laisse pas les mâles en coulisse par hasard, et l’image du mari dévoué à sa femme n’a rien à envier à la femme dévouée à son mari d’autrefois ; avec Marissa, la Déesse-Mère est de retour. « Marissa, la nouvelle icône, signifie l’avènement d’une nouvelle ère, où le pouvoir a déjà échappé aux hommes », écrit Marie-Laure Susini.

Inutile de résumer outre mesure cet ouvrage revigorant. Il se lit comme un excellent roman photo. Mais il ne se termine pas par un happy end. « Aujourd’hui, les mutantes ne peuvent pas reconnaître qu’elles ont tout le pouvoir : que la fonction du Père, qui structurait symboliquement la société, a cédé, et que la Loi est devenue celle de la Mère. Elles n’en sont pas conscientes, parce que, dans la réalité quotidienne, elles s’épuisent, elles s’efforcent vaillamment de remplir toutes leurs obligations », conclut l’auteure.

Sans doute, toutes les femmes ne sont pas des mutantes. Et Marie-Laure Susini exagère-t-elle un peu sa propre vision de la mutation féminine. Mais elle pointe une tendance qui ne laisse pas d’inquiéter. La prise de conscience qu’elle attend du côté des mutantes – prendre conscience de leur pouvoir et de leurs actes – est rendue nécessaire par le retour en force du fondamentalisme religieux. Si les mutantes ne s’interrogent pas sur leur vie – après la libération de leur corps –, elles devront faire face à des retours de bâtons inévitables. La maîtrise de la reproduction doit s’accompagner selon l’auteure de nouveaux échanges amoureux entre les hommes et les femmes. Il appartient aux jeunes filles et aux jeunes hommes de les inventer. Des pistes sont indiquées dans ce livre qui traite essentiellement du lien hétérosexuel. Il faut le lire du début jusqu’à la fin pour en éprouver la richesse.

(1) La mutante, Marie-Laure Susini, Ed. Albin Michel, 297 p., 19 euros.

PS. La pintade rose

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