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Publié par la pindade rose rainbow

Photo : Bertrand Langlois/AFP
Photo : Bertrand Langlois/AFP
Après les résultats de l’élection partielle du Doubs, les points de vue de Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Luz Mora, membre de l’association Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa) et Élisabeth Ackermann, membre de la commission droits des femmes-féminisme du PCF.
  • Le mouvement féministe a obtenu des victoires historiques par Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF)

295003 Image 0Effarées, même s’ils étaient attendus, par les résultats du FN aux dernières élections, nous avons tenu un colloque le 31 janvier dernier sur les droits des femmes et les extrêmes droites (1). Auparavant il y avait eu la longue séquence Manif pour tous avec cette hallucinante mobilisation, très pérenne dans la durée, de la France réactionnaire contre les droits des gays et des lesbiennes, mais aussi contre les droits des femmes. Il était plus que temps de réagir.

Certaines composantes des extrêmes droites ne sont pas inconnues des féministes qui ont eu à se coltiner les commandos anti-avortement, chrétiens intégristes, depuis les années 1990. La Coordination des associations pour le droit à l’avortement et la contraception a fait adopter une loi contre le délit d’entrave à l’IVG en 1993. En 2002, le Collectif national pour les droits des femmes avait déjà mené campagne contre le FN et ses complices. Mais, depuis, la situation a changé. Et le FN essaye de nous faire croire que lui aussi. Produire des éléments de compréhension nous est apparu indispensable pour pouvoir nous mobiliser.

Toutes ces composantes développent des arguments contre les droits des femmes, assènent de fausses vérités avec l’assurance éhontée de nouveaux conquérants, recherchent la sidération muette de leurs adversaires, manipulent le langage. Qu’elle soit quelque peu camouflée comme le FN qui ne s’exprime pas trop sur le sujet ou servant d’étendard de rassemblement comme les Journées de retrait de l’école, la Manif pour tous ou Éric Zemmour, leur pensée revient au même : faire rentrer les femmes à la maison, mettre au monde des enfants français pour repeupler la nation, défendre la famille traditionnelle datant du Code civil de 1804, remettre en cause l’avortement, redonner son pouvoir au mâle dominant.

De nombreux combats féministes sont ainsi remis en cause : la réalité des rapports sociaux de sexe, des violences sexuelles, la conception de la famille, institution d’oppression et d’exploitation des femmes, la nécessité d’une éducation non sexiste, le choix de son orientation sexuelle, l’avortement, etc. Ils remettent aussi en cause le regroupement familial qui contribuerait à l’envahissement de la France par les immigré-e-s. Ces extrêmes droites remportent des victoires : abandon des ABCD de l’égalité, ou enterrement de la PMA pour toutes les femmes. Il nous faut combattre cette pensée réactionnaire qui vise à revenir sur toutes nos conquêtes.

Nous avons un travail de « gardienne des acquis » à mener, un travail pour juguler le vote des femmes pour le FN, un travail sur leur détournement du langage. Par exemple, le FN promeut le « libre choix des femmes de ne pas avorter », comme si on contraignait les femmes à avorter. Ou alors la Manif pour tous, lorsqu’elle combat la GPA, détourne le discours féministe contre l’exploitation des femmes, la marchandisation des corps, choses dont elle n’a rien à faire par ailleurs.

Les luttes victorieuses sont aussi à même de nous prémunir contre la montée des extrêmes droites. Elles montrent que la résistance est possible, que l’on peut relever la tête. Un vrai antidote contre les extrêmes droites. Le mouvement féministe a obtenu des victoires historiques, fait progresser les droits des femmes. Se battre pour conserver ces droits, ou pour en gagner de nouveaux (égalité salariale, nouvelles lois sur les violences, application des lois existantes par exemple), c’est aussi démontrer que ce sont nos luttes qui nous permettent d’avancer.

Mais nous savons aussi qu’il manque au mouvement social un projet politique dont les gens puissent s’emparer pour espérer obtenir un vrai changement. Un peu d’utopie du XXIe siècle, avec la prise en compte des droits des femmes ce coup-là.

(1) « Faux constats, fausses réponses, les extrêmes droites 
sont un danger pour les droits des femmes et la justice sociale », à la mairie du 4e arrondissement de Paris.

  • Les mesures du FN sont aussi inégalitaires qu’inefficacespar  Luz Mora, membre de l’association Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa)

Le Front national aurait évolué et s’adresserait aujourd’hui aux femmes, autrement qu’avec un programme fondé sur le retour des femmes au foyer, pour y remplir leur fonction de mères… Sur son site Internet, dans les déclarations de ses dirigeants, nulle trace d’une politique spécifique de réduction des inégalités entre les hommes et les femmes, malgré les constats que chacun-e peut faire. Le FN s’adresse principalement aux femmes par sa politique envers la famille, qui demeure « l’élément central et fondamental de la société ».

Marine Le Pen, le 18 mai 2014 à Paris, affirmait qu’« une politique familiale volontariste est un des premiers gages de la solidarité nationale et de la préservation de notre identité nationale ». Les bases idéologiques de l’extrême droite demeurent. Le FN a remplacé le « salaire maternel » par un « revenu parental », pour « offrir aux mères ou aux pères la possibilité de choisir librement entre l’exercice d’une activité professionnelle et l’éducation de leurs enfants ». La simple intégration des pères comme bénéficiaires de ce revenu pourrait faire penser que le FN a renoncé à l’idée de la « femme au foyer ». Par cette pirouette rhétorique, le parti tente de masquer les réalités.

Contrairement à ce que prétend le FN, le statut rémunéré de mère au foyer n’est pas le produit d’un « libre choix » : il est contraint par la réalité des inégalités au travail et par le rôle social assigné aux femmes.

Le FN ne se prononce plus en faveur de la suppression de l’IVG. Toutefois, il affirme, dans une formule ambiguë, que « le libre choix pour les femmes doit pouvoir être aussi celui de ne pas avorter ». En outre, selon les déclarations de certains de ses dirigeants, un usage abusif de l’avortement existerait. La notion légale de détresse n’existant plus, l’IVG serait en outre une prescription « de confort ». En avançant des chiffres invérifiables et en utilisant ce terme, le FN peut prôner son déremboursement. Avec cette mesure, seules les femmes les plus riches pourront avoir recours à l’IVG.

Sur les violences faites aux femmes, Mme Arnautu, chargée des affaires sociales au FN, résumait, le 25 novembre 2014, la position du Front national : « (…) la crise des familles est la première cause de ces violences. La deuxième cause est bien sûr l’arrivée massive et continue d’étrangers extra-européens qui ne partagent ni la culture, ni les mœurs, ni les coutumes de la majorité des Français ». Pourtant, environ 10 % des femmes de 20 à 59 ans subissent les violences conjugales, toutes catégories sociales confondues. C’est aussi dans la sphère familiale que sont commis 25 % des viols (86 % par des « proches »). Nier que la famille est le principal lieu où s’exercent les violences n’est qu’idéologique. Le sexisme n’est pas lié à l’origine ou au milieu social, et les violences envers les femmes touchent tous les milieux. L’attribuer à une seule partie de la population permet de la stigmatiser mais ne résout pas le problème de fond. Le principal danger pour les Français-es serait ces immigrés ou leurs enfants, dont la « culture » met à mal les acquis.

Pour le FN, seul l’héritage chrétien de la France en ferait un pays libre et démocratique ! Mais les avancées des droits des femmes n’ont jamais été le produit de cet héritage sécularisé, dont le FN se fait le promoteur. Elles sont le fruit des luttes des femmes, quelle que soit leur origine, qui ont conquis ces droits contre toutes les religions présentes et contre le système social. L’extrême droite a toujours combattu ces luttes.

Désigner un bouc émissaire, ethnique ou religieux, ne réduira aucune des inégalités ou des violences dont les femmes sont victimes. Aucune culture ou religion ne met, par essence, hommes et femmes à égalité. Les solutions du FN sont aussi inégalitaires qu’inefficaces. Seules les luttes pour les droits permettent des avancées !

 

  • Il est essentiel de s’attaquer aux rapports de dominationpar  Élisabeth Ackermann, membre de la commission droits des femmesféminisme du PCF et du Collectif national droits des femmes

Peut-on affirmer lutter contre le Front national sans lui opposer un projet politique alternatif prenant en compte des rapports de domination femmes-hommes et le caractère émancipateur du mouvement des femmes ? Combattre les forces réactionnaires et conservatrices demeure l’un des enjeux des plus importants, mais faut-il que nous ayons un projet de société tout ficelé ? Existe-t-il un projet de changement de société qui s’attaque réellement aux inégalités femmes-hommes.

Il existe des théories forcément partielles telles que le salaire à vie, ou la décroissance, compte tenu de la catastrophe écologique qui s’annonce. Nous l’avouons, ces théories nous sont peu connues. Mais ce que nous savons, c’est qu’il n’est plus possible de faire comme avant. Il faut remettre en cause la domination masculine et prendre en compte le caractère subversif et émancipateur du mouvement féministe, pour ne pas recommencer les mêmes erreurs. Bien sûr, les révolutions antérieures ont pris en compte à des degrés divers les inégalités femmes-hommes avec l’égalité des droits, la mise en place d’équipements sociaux, l’avortement. Mais ces droits ont subi une forte dégradation avec les humiliations que subissent une grande partie des femmes et des hommes de ce pays.

Le patriarcat est un système qui a existé bien avant le capitalisme, et en tant que système, il imprègne tous les aspects de la vie. Ce ne sont pas certaines inégalités par-ci, par-là, mais une politique systématique et totalement intériorisée, considérée comme normale. Le capitalisme et le patriarcat se nourrissent mutuellement pour exploiter et aliéner spécifiquement les femmes avec au cours de l’histoire le renfort des religions.

Et, pour répondre au grand capital, le gouvernement de gauche ne fait que creuser les inégalités : allongement des annuités retraite, destruction du droit du travail, développement du temps partiel imposé, travail du dimanche, casse de la santé, toujours les mêmes cadeaux au patronat. Puis ce gouvernement capitule devant les exigences des réactionnaires et conservateurs concernant les ABCD de l’égalité. La colère est vive, elle n’est pas bonne conseillère. Le Front national surfe sur cette démagogie en pillant nos idées de progrès et engrange des voix. Les femmes et les hommes sont désespérés. La gauche radicale est assimilée à la gauche de gouvernement. Et certaines et certains se tournent alors vers ce parti FN qui se prétend antisystème. Changer la société est un objectif qui se pose avec de plus en plus d’acuité, mais comment prétendre changer la société si on ne s’attaque pas aux rapports de domination entre les individus ?

Nous vivons une crise économique qui, pour payer une dette illégitime, précipite des tas de gens dans la pauvreté et la précarité. Et, dans ces périodes de crise, on a tendance à vouloir définir des priorités, alors que les femmes sont les premières victimes des mesures d’austérité. Venir à bout des inégalités femmes-hommes, mettre à bas les rapports de domination, ne fait pas toujours partie des priorités. Alors que les femmes sont les premières touchées par les mesures d’austérité, il y a urgence, il faut encore et toujours que la moitié de l’humanité justifie d’exiger sa part de moitié.

Nous n’en sommes pas à échafauder une société idéale, notre objectif est de redonner du goût au combat collectif. Pour que la gauche alternative regagne de l’attractivité, regagne en crédibilité, la prise en compte des rapports de domination est un élément indispensable. Ce projet politique alternatif tant souhaité ne peut oublier l’apport du mouvement des femmes. Cela va demander de travailler à une nouvelle étape de la démocratie, de l’organisation de notre société, réaffirmant son adhésion à la laïcité, au respect des libertés, à l’égalité.

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