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Publié par la pindade rose rainbow

De fille en aiguille

Par Olivier Wicker — 10 janvier 2005 à 23:31

Nathalie Rykiel, 49 ans, fille de Sonya. Directrice artistique de la maison de mode familiale, elle y introduit de l'audace (les accessoires sexuels) en attendant d'en prendre les rênes.

                                 Sonia Rykiel est morte en 2016. ( voir à la fin de l'article )

ps : la pintade rose

 

Nathalie Rykiel est la fille de Sonya Rykiel. Nathalie Rykiel est aussi la directrice artistique de la marque  Rykiel. Question : comment faire cohabiter état civil et ambition professionnelle, amour filial et souci d'ego ? Pour ce problème de robinetterie freudienne, elle avance une méthode : «Ça prend du temps et ça ne se fait pas sans casse.» A la gauche de cette femme qui a «passé [sa] vie en analyse», une figurine en plastique de l'Autrichien barbu semble dodeliner de la tête sur son étagère. «Pendant longtemps, mon travail a consisté à mettre ma mère en avant», reprend Nathalie Rykiel. Aujourd'hui, elle se situerait plutôt «à côté» d'elle. Pour résumer sa ténacité au travail dans la maison mère, son mari anglais, Simon Burstein, a une description plus lapidaire : «She's got balls» («Elle a des couilles.»)

En quelques années, la «fille de...» oeuvrant dans l'ombre a mué en manageuse qui assume les plaisirs liés à la fonction. «C'est totalement jouissif de lancer des trucs et de voir que ça fonctionne», lance cette jolie brune qui joue de son charme avec la gourmandise de celle qui vient de se découvrir un nouveau talent. Une femme qui s'est «accomplie dans la maturité», qui a compris que «le pouvoir, il faut le prendre, ne pas attendre qu'on vous le donne» mais ponctue souvent ses phrases d'expressions enfantines («Je vous le jure»). Son titre de directrice artistique, même si elle se «fout des titres», recouvre la mise en scène des défilés, toutes les lignes hormis la principale («Sonya Rykiel», prêt-à-porter féminin de luxe), les parfums, mais aussi «les vitrines et la musique d'attente du standard». Son plus beau coup, elle l'a réalisé il y a deux ans. Une idée simple : rebaptiser le honteux godemiché en mignon sextoy, le sortir des commerces de la misère sexuelle et le vendre, emballé dans du papier de soie par les mains délicates de ses vendeuses. A quelques-uns des quatre cents employés de la maison qui chuchotent alors («C'est la fin de la marque», «Une honte»), elle oppose sa connaissance «instinctive» d'une maison qui l'a «génétiquement imprimée». Depuis, Nathalie Rykiel a exporté le concept à Moscou et, dans quelques jours, elle partira le vendre aux New-Yorkaises. «Beaucoup d'Américaines ont dans leur bureau ou leur chambre un tiroir avec godes et vibros. Mais leur hygiénisme protestant est tout sauf sexy. Moi, je veux leur apporter du glamour.» Celle qui soutient les Ni putes ni soumises vient de lancer une ligne de lingerie à base de satin et de microfibres, trente ans après que sa mère a dit aux femmes de se débarrasser de leur soutien-gorge.

Sonya Rykiel, la «mère-veille» comme elle l'appelle, travaille comme sa fille dans leur immeuble-ruche du boulevard Saint-Germain à Paris. Bien sûr, la créatrice de la marque reçoit dans son bureau à l'éclairage crépusculaire pour parler de sa fille mais commence par se dire «hantée par sa prochaine collection», cite Verlaine et Rimbaud, explique qu'elle «parle à [ses] robes», se souvient que «Fellini voulait [qu'elle] lui explique le tricot». C'est seulement au terme de cette étrange parade qu'elle revient à sa progéniture. «Nathalie est très différente de moi. La création, explique-t-elle sans la moindre malveillance, ce n'est pas son truc mais elle a absorbé beaucoup de choses de moi. On a passé nos vies collées l'une à l'autre parce que ce n'était simplement pas possible autrement. Entre nous, c'est une sorte de transfert d'énergie : la mode me bouffe et Nathalie doit raconter son histoire.»

Nathalie Rykiel souligne qu'elle est «aussi la fille de Sam Rykiel, un type génial». Un «fou de cinéma», et «un intellectuel autodidacte» qui, dans les années 60, tenait un magasin de vêtements (Laura) dans le XIVe arrondissement. «C'est là que ma mère a commencé à se faire connaître.» Jean-Philippe, aujourd'hui compositeur reconnu pour ses collaborations avec des musiciens africains, naît cinq ans après Nathalie. Il est aveugle. Le père se consacre entièrement à lui. «Tout ce qui était possible pour un enfant voyant devait l'être pour lui», explique sa soeur. Sam et Sonya divorceront mais continuent de dîner tous les soirs en famille. A cette fille qui l'adore, Sam répète: «Les enfants qui travaillent avec leurs parents sont nuls, puisqu'ils n'ont rien prouvé». Sa consigne, «c'était tout sauf la mode», se souvient Nathalie Rykiel. «Du coup, j'ai passé un bac scientifique pour lui faire plaisir alors que je suis une vraie littéraire.» Elle touche un peu au cinéma, bricole un court métrage. Son père meurt brutalement quand elle a 20 ans. Trois mois plus tard, Nathalie Rykiel défile pour sa mère. «Je l'ai fait avec le désir terrible qu'il me voie en femme et avec la culpabilité de transgresser ses ordres. Il était parti, c'était permis. A l'époque, les défilés se passaient dans la boutique. Les invités étaient assis sur des tabourets, si proches des mannequins qu'ils pouvaient toucher les vêtements. J'ai attendu que ma mère me donne un conseil... Rien. J'ai fait comme j'ai pu. Un vrai choc.»

La mutation s'accélère en 1993. Pour Prêt-à-Porter, son film sur la mode, Robert Altman s'inspire de la mère pour l'un des personnages et engage la fille comme conseillère artistique. Beaucoup la flattent pour apparaître dans le film et ceux qui n'en sont pas sont jaloux. La deuxième étape viendra sept ans plus tard. Pour la campagne de lancement du parfum Rykiel Rose, un de ses collaborateurs sort de son carton à dessins un portrait d'elle, en noir et blanc. «A l'instinct, j'ai compris que ce serait bon pour moi et pour la marque. Evidemment après, je me suis posée des questions. Est-ce que j'avais envie de devenir une femme publique ? J'ai interrogé mes enfants, mon mari.» Aucun d'eux n'est très chaud mais elle accepte, convaincue que «la confiance en soi s'acquiert seule». Et persuade ensuite tout le monde, sa mère incluse.

En incarnant la marque, et en supervisant tout ce qui touche à son image, Nathalie Rykiel applique «une stratégie de plus en plus répandue», explique Marie-Pierre Lannelongue, journaliste de mode à Elle et auteure d'un ouvrage lucide sur la question (La Mode expliquée à celles qui la portent). «Mais c'est vrai qu'elle a dépoussiéré la griffe pour récupérer dans sa clientèle les jeunes branchées. Et si la famille Rykiel n'a pas les moyens d'inonder les magazines féminins de publicité, précise Marie-Pierre Lannelongue, beaucoup de journalistes ont vu grandir Nathalie, connaissent sa mère, son mari. On parle là de gens cultivés, pas des fashionistas décervelées.» D'ailleurs, Nathalie Rykiel se méfie des crises hystériques des créatifs du vêtement : «On se calme. La mode n'est pas un art et on n'est pas en train d'inventer le vaccin contre le sida.»

L'épicentre de la mode s'est déplacé vers l'avenue Montaigne, le clan Rykiel, résolument germanopratin, cantine au Flore. «Je prends un passeport pour aller rive droite», explique Nathalie Rykiel qui déclare plus d'amis écrivains, chanteuses (Carole Laure) ou journalistes (Ruth Elkrief) que stylistes. Et alors que les créateurs des marques planétaires se présentent le doigt sur la couture devant leurs actionnaires, c'est avec le père de ses trois filles (Tatiana, 20 ans, Lola 19 ans, Salomé 9 ans) qu'elle discute de ces questions.Il vient de boucler en détail la succession. «Entre la belle-mère et la fille, il faut qu'il soit fort», dit sa femme. «C'est un garde-fou», dit sa belle-mère.

photo Bruno CHAROY

Nathalie Rykiel en 6 dates

4 décembre 1955 Naissance à Paris.

1975 Décès de son père Sam et premier défilé

pour sa mère.

1993 Conseillère artistique pour Prêt-à-Porter

de Robert Altman.

2000 Incarne le parfum Rykiel Rose.

0ctobre 2002 Ouverture de la boutique Rykiel Woman et lancement des sextoys.

Janvier 2005 Lancement d'une ligne de lingerie.

Olivier Wicker

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Sonia_Rykiel 

Parlant de sa mère :

"Elle était même devenue, à la fin de sa vie, mon enfant", dit-elle. Et de poursuivre sur leur relation fusionnelle. "Elle était sombre, j'adore rire, elle était la nuit, j'étais le jour. C'était une mère dévorante, une mère vampire qui n'a jamais voulu mon envol car elle souhaitait que je reste auprès d'elle", confie celle qui admire par-dessus tout sa regrettée maman.

"Difficile de devenir femme avec une mère qui transpirait à ce point la sensualité, poursuit-elle. Elle aimait tellement les hommes, elle a eu énormément d'hommes !"

"Ma mère était une merveille complètement humaine. (...) Elle était control freak, elle était très menteuse et le revendiquait d'ailleurs haut et fort. Ma mère était une tragédienne russe, sa vie était un théâtre dans lequel elle se mettait en scène", lâche enfin Nathalie.

Salomé, l'une des petites filles de la créatrice disparue, se souvient quant à elle d'une mamie poule. "Elle me poussait à faire des bêtises. Mamie, c'était un personnage !"

Sonia Rykiel, atteinte de la maladie de Parkinson, aura eu un courage incroyable. Sa fille rapporte en effet que l'une des valeurs qu'elle lui a transmises est celle du courage moral. "Ma mère s'est battue incroyablement contre la maladie. Je l'admirais et, en même temps, j'avais l'impression de la soutenir", conclut-elle.

RUne interview à retrouver en intégralité dans le magazine Elle, en kiosques.

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