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Publié par La pintade rose

Le mal de l’époque ?

Le besoin de s’attaquer à des boucs émissaires au lieu de chercher des solutions. Il fut un temps où le bouc émissaire était le protestant, puis le juif ; maintenant, c’est le musulman. Un comportement dévastateur pour l’humanité.

La pintade rose OWN

Houda Benyamina, la Cinéaste ( caméra d'or à Cannes)
IMG_3592 Divines, c’est avant tout l’histoire d’une adolescente qui veut grandir et aller vite, mais c’est aussi une histoire d’amitié rare et forte avec sa camarade, une romance et une intrigue qui nous tient. Le tout dans un contexte d’une vie dans les banlieues que sa réalisatrice appelle les “quartiers populaires” dans lesquels les gens n’ont d’autres choix que de suivre l’évolution de la société et de ses règles. Après les émeutes de 2005 qu’elle à vécu de l’intérieur, Houda Benyamina voulait raconter une histoire humaniste et politique tout en posant les questions qui, 10 ans après sont toujours d’actualité. L’exemple d’une scène où un camion de pompier regardant une cave d’immeuble brûler mais ne voulant intervenir car ils se font toujours caillasser. Dans l’ensemble, l’ex prof de théâtre forte d’une grande vocation cinématographique arrive à nous faire suivre les aventures de ses protagonistes en mêlant intelligemment chaque situation. Certains décors étant également assez originaux, et mettent en valeur le travail de l’équipe du film et celui du repérage.

« J’vais l’dire, t’as du clito… » En mai, Houda Benyamina a bousculé le Festival de Cannes avec cette saillie féministe lancée durant son discours de remerciement. La réalisatrice âgée de 35 ans venait d’obtenir la Caméra d’or pour Divines, son premier film, en salles depuis le 31 août. Chronique sociale, tragédie grecque, histoire d’amitié et d’amour filmée avec exaltation, Divines ressemble à son auteure, une boule d’énergie, une enragée et une battante.

 Lire la critique (abonnés) de « Divines » :   Une super-héroïne perdue dans les dédales souterrains de la cité

Quelle époque auriez-vous aimé connaître ?

J’aurais aimé lutter avec les Black Panthers, connaître l’époque de Mohamed Ali, Martin Luther King et Malcolm X, ou alors la Révolution française. J’aime ces époques où des hommes remettent en cause l’ordre établi grâce à des combats. Je suis fascinée par ces gens prêts à mourir pour leurs idées.

Une image de notre époque ?

Une photo de clitoris, bien sûr ! Cette expression « t’as du clito » que l’on entend dans le film m’est venue lors d’une discussion il y a quelques années. Je trouve important de féminiser le courage, d’autant plus lorsqu’il est évoqué par le clitoris, qui induit l’idée du plaisir féminin !

Un son ?

L’absence de silence. Il y a toujours tellement de bruit autour de nous que l’on a de moins en moins le temps et l’opportunité d’expérimenter le silence. On est toujours sollicité par le son d’un portable. On ne sait plus faire le vide… Le silence n’existe plus.

Un livre ?

La Famille, un trésor et un piège, d’Alexandro Jodorowsky [avec Marianne Costa, Albin Michel, 2011]. Un essai qui m’a beaucoup marquée. Il parle du poids de la famille dans nos gènes, de la façon dont cela nous détermine et explique comment travailler dessus pour se libérer et éviter de reproduire les erreurs du passé ou de nos ancêtres.

Un slogan ?

« Tu frappes, tu caresses », que j’utilise dans mon film et qui est emblématique du cours de l’histoire alternant entre périodes de crise et moments glorieux. Nous sommes clairement à une époque où l’on frappe… Mais je suis plutôt pour, ça permet de ne pas mollir.

Une expression agaçante ?

« LOL », je trouve la sonorité très laide, et je déteste le côté non assumé des phrases qui sont ponctuées par cette expression.

Un bienfait de notre époque ?

La communication. Internet a permis des avancées inouïes. Je suis systématiquement pour le progrès qui permet de se dépasser. J’aime cet outil au service de l’information et de l’intime. Par exemple, j’appartiens à un groupe Facebook où sont inscrits 85 de mes cousins répartis dans le monde entier… Et j’adore aussi l’idée de tout savoir en temps réel sur l’actualité, notamment grâce à [l’appli de vidéos en direct] Periscope.

Le mal de l’époque ?

Le besoin de s’attaquer à des boucs émissaires au lieu de chercher des solutions. Il fut un temps où le bouc émissaire était le protestant, puis le juif ; maintenant, c’est le musulman. Un comportement dévastateur pour l’humanité.

C’était mieux avant, quand

J’adore mon époque, même s’il s’en dégage comme une odeur de guerre mondiale. Si j’étais née homme, d’autres époques m’auraient séduite, mais heureusement qu’en tant que femme je vis au XXIsiècle.

Ce sera mieux demain, quand

Les femmes auront une place plus importante dans la société. Mais je suis confiante, la marche de l’histoire l’impose


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/09/05/houda-benyamina-il-faut-feminiser-le-courage_4992624_4497916.html#pppC38JamMFSsMRg.99

 

On doit à Houda Benyamina le discours le plus féministe et guerrier du dernier Festival de Cannes lorsqu’elle recevait la Caméra d’or. Elle s’explique sur la place qu’elle veut donner au cinéma d’auteur et à la démocratisation de cet art. 

Comment êtes-vous venue au cinéma, ou comment le cinéma est-il venu à vous ?
Houda Benyamina – J’ai eu la chance d’avoir la télévision comme baby-sitter. A la télé, j’ai pu découvrir des Sergio Leone, des Louis de Funès, des Jean-Pierre Melville, des comédies de grande qualité… Avant ça, quand j’avais 8 ans, mon instit avait monté Marius de Pagnol et m’y avait fait jouer. Après, pendant longtemps, j’ai cru que je voulais devenir comédienne. J’ai aussi un CAP de coiffure, ma scolarité a été chaotique !

Le déclic, ça a été un surveillant du lycée qui m’a fait connaître deux choses : Voyage au bout de la nuit de Céline et Médée de Pasolini. Deux grosses claques ! Médée a été un choc, ça réconciliait la peinture, la littérature, la poésie, la politique. Je n’avais pas l’habitude de ce cinéma-là. La Callas jouait Médée, du coup j’ai découvert son répertoire… J’avais 16 ans. Ensuite, ça s’est enchaîné, j’ai découvert, dans le désordre, les films de Jean Eustache, de Tod Browning, de Sacha Guitry…

Dans ce que vous citez, il y a autant de cinéma d’auteur que de cinéma populaire, qui se mélangeaient d’ailleurs plus facilement il y a trente ans, comme chez Leone…
Oui, parce que le cinéma populaire et le cinéma d’auteur procurent autant de plaisir. Dans mon association 1000 Visages, on fait beaucoup d’éducation à l’image. Un gamin, c’est difficile de lui montrer… disons un Tarkovski. Par contre, on peut lui montrer Mouchette de Bresson, ou Mean Streets de Scorsese. Mouchettepeut être une claque pour un gamin !

Vous citez Scorsese et, justement, c’est le cinéaste qui vient à l’esprit quand on cherche des référents pour Divines. Il incarne pour vous l’alliage du style et de l’impact populaire ?
Complètement. Il parle à tout le monde et il a son style, son univers, reconnaissables entre tous. Mais Fassbinder aussi incarne ça. Il est un peu méconnu aujourd’hui en dehors des cinéphiles, tandis qu’à l’époque, quand il fait Tous les autres s’appellent Ali, c’est du cinéma pointu, singulier, mais qui peut toucher n’importe qui. On m’associe beaucoup au Nouvel Hollywood, à Scorsese qui est effectivement un de mes maîtres, mais j’ai aussi beaucoup appris du cinéma français, de Melville, de Sautet. J’adore la subtilité psychologique des personnages chez Sautet.

Houda Benyamina, la Cinéaste ( caméra d'or à Cannes)
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