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Publié par La pintade rose

Alors et moi qui essaye de maigrir ... c'est un comble.

Quand on parle de gavage, on pense tout de suite à (canards).

Étonnant, non ? Quel drôle de monde !

Dans ce pays de l'Afrique de l'Ouest, la société et plus particulièrement les hommes célèbrent les rondeurs, voire carrément l'obésité. Les femmes ingurgitent donc des milliers de calories chaque jour pour grossir et plaire. Une tradition à laquelle même les jeunes filles n'échappent pas, les mariages précoces et forcés étant également encore pratiqués.

Tandis qu'en occident, le culte de la minceur persiste, en Mauritanie, l'inverse est de mise. En effet, dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, une belle femme est une femme forte, très forte. Et pour correspondre à ce critère de beauté, mais aussi symbole de réussite sociale, certaines s'imposent un régime hyper-calorique extrême qui les rend certes plus désirable aux yeux des hommes, souvent minces, mais a de terribles conséquences sur leur santé. D'autant plus que cette pratique est débutée très jeune, non seulement pour garantir au plus tôt un embonpoint certain mais aussi parce que les mariages précoces et forcés restent malheureusement d'actualité, malgré une législation fixant l'âge minimum à 18 ans. Plus elles ont l'air mature et donc forte tôt, mieux c'est.

Tu seras belle et grosse, ma fille

 

On parle sans détour de "gavage" (leblouh). Les adolescentes, voire même les fillettes dès l'âge de 7 ans, sont nourries de force, contraintes d'avaler des milliers de calories tous les jours afin de grossir rapidement. Entre 14 000 et 16 000 quotidiennement, soit 100 fois l'apport conseillé pour leur âge et quatre fois plus qu'un régime de bodybuilder. Des femmes payées par les familles, quand ce ne sont pas les familles qui s'en chargent elles-mêmes, leur font ingurgiter plusieurs gamelles entières de lait de chamelle par jour ainsi que des mélanges d'oeufs, de dattes, de cacahuètes et d'huile. Si elles vomissent ou refusent, elles sont punies physiquement, torturées. Mais la pression sociale est telle que les jeunes Mauritaniennes s'exécutent généralement sans broncher, dans la souffrance.

Le but est de les nourrir jusqu'à ce que leur corps gonfle comme un ballon", expliquait à Abigail Haworth du Marie Claire américain, Aminetou Mint Elhacen, une "gaveuse" de la ville reculée d'Atar. Chaque année, on lui envoie des dizaines de filles à qui ce séjour est décrit comme un camp de vacances qui va les rendre belles. Ces dernières repartent au bout de 3 mois effectivement transformées, en bonne voie vers une obésité qui fera d'elles des épouses exemplaires et attirantes. Si elles restent trop maigres, jamais un homme ne voudra d'elles et elles deviendront une honte mais aussi un poids financier pour leurs parents, généralement pauvres et alors privés de dot.

"Je me souviens de la réaction de femmes rencontrées à Atar qui, en voyant une photo de Beyoncé sur la couverture d’un magazine, trouvaient qu’elle était maigre comme un cintre et qu’elle ne pourrait, par conséquent, jamais trouver un mari", rapporte auprès d'OAI13 le photographe Joost de Raeymaeker qui a accompagné la journaliste et immortalisé cette pratique à travers son objectif. Ses clichés sont bruts. On peut y voir des jeunes filles ingurgiter des quantités impressionnantes de lait dont la digestion les épuise. Dans leur regard se lit un mélange de dégoût, de peur et de détermination. Leurs aînées, elles, affichent fièrement leur silhouette bien en chair et leurs vergetures, signe ultime de beauté.

Une tradition dangereuse

Diabète, hypertension, problèmes cardiaques, articulaires, capacité à se déplacer limitée... Les conséquences du gavage et de cette apologie de l'obésité sont nombreuses et sans surprise. C'est d'ailleurs pour cela que le gouvernement au début des années 2000 avait fait interdire cette pratique et multiplié les campagnes de sensibilisation. Leurs impact s'est fait ressentir, notamment dans les grandes villes où d'autres canons de beauté, plus minces, venus de l'étranger (d'autres pays d'Afrique mais aussi d'Europe et du Moyen-Orient) se sont lentement imposés comme un nouvelle idéal. Mais le coup d'état de 2008 et le "retour aux traditions" qu'il a entraîné a tôt fait de réduire ces efforts à néant.

​Cependant, le gavage, tout comme le phénomène des mariages précoces, s'observe aujourd'hui essentiellement dans les régions les plus isolées, là où la coutume prévaut sur la loi. Le surpoids demeure le modèle ultime, pour les hommes et pour les femmes qui veulent leur plaire. Et lorsque le "leblouh" ne suffit pas, certaines n'hésitent pas à se tourner vers des médicaments destinés aux animaux, bourrés d'hormones, qui vont déstabiliser tout leur système et leur permettre de prendre du poids et de se mettre encore plus en danger. Quant à celles qui se rebellent et désirent perdre du poids pour se mouvoir plus facilement et être un peu plus indépendantes, cette peur de ne plus plaire et d'être critiquée par ses pairs les retient trop souvent.

Toutefois, des personnes engagées sur le terrain, comme L’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF), luttent activement pour que cette pratique soit de nouveau bannie et même criminalisée, tout comme celle des unions forcées. Car les deux associées représentent une double condamnation pour les jeunes Mauritaniennes : non seulement on leur vole leur enfance mais aussi leur santé. En défendant leurs droits et facilitant particulièrement un accès à l'éducation, ces organisations permettent de les rendre moins vulnérables.

Le Gavage de jeunes Filles en Mauritanie ()()()
Le Gavage de jeunes Filles en Mauritanie ()()()
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