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Publié par La pintade rose

Avec une campagne en direction "des hommes féministes", le collectif Georgette Sand espère qu'ils seront plus nombreux à s'engager sur les questions de l'égalité. L'homme peut-il être une féministe comme les autres?

Une campagne féministe destinée aux hommes? Lancée le 29 janvier dernier par le collectif féministe, et mixte, Georgette Sand, elle célèbre ce qu'elle appelle "l'homme féministe". Pour "rappeler que ces messieurs sont les bienvenus dans ce cheminement intellectuel qu'est le féminisme. Eux-aussi peuvent s'engager pour l'égalitéfemmes/hommes", rappelle Estelle Géraud, l'une de ses porte-paroles. Le principe est simple: il s'agit de photos d'hommes féministes, qui n'ont pas peur de se revendiquer comme tels. L'objectif: susciter des vocations. 

Conscience féministe?

En effet, les hommes sont plus nombreux à s'engager en faveur d'une meilleure représentation des femmes. Le "Club des gentlemen", un groupe d'entrepreneurs et de personnalités numériques, présidé par Guy Mamou-Mani et Tatiana F. Salomon ont lancé un appel pour dénoncer "l'anomalie notoire", "l'absurdité criante" devant les panels, les réunions, les conseils exclusivement masculins. Parmi les quelque 70 signataires, on retrouve notamment Alain Juppé ou le directeur général d'e-TF1 Olivier Abécassis. Sur Twitter, leur action a touché près de 5,5 millions de personnes avec un hashtag #JamaisSansElles. De là à parler d'engagement féministe, il n'y a qu'un pas.  

La pintade rose 

un homme peut-il être féministe ???

A l'instar de Riad Sattouf ou Joann Sfar, qui avaient pris position avant le Festival d'Angoulême contre l'absence de femmes dans la sélection du Grand Prix, Raphaël, 30 ans, avocat, est sensible aux inégalités entre hommes et femmes. C'est en lisant King Kong théorie, de Virginie Despentes, qu'il est définitivement devenu féministe. Et sa position fait réagir autour de lui. 

Féminisme au masculin

Selon Raphaël, la réponse est évidente: "Le féminisme définit les personnes qui sont sensibles aux inégalités, en droit ou en fait, que subissent les femmes et qui cherchent à les combattre. On me renvoie souvent à une crainte de l'uniformisation des sexes, comme si prôner l'égalité homme-femme pousserait à l'androgynie. Je m'oppose à beaucoup de conservatisme, que ce soit de la part des hommes, mais également de femmes." 

Cet engagement est partagé, par des stars comme les acteurs américains Mark Ruffalo et Joseph Gordon-Levitt, le tennisman Andy Murray, sans oublier feu Alan Rickman, décédé en janvier dernier. "Il n'y a rien d'anormal avec un homme féministe, je pense que c'est dans notre intérêt mutuel", disait-il. Une citation retweetée par Emma Watson au moment de sa mort. 

Pour Patric Jean, réalisateur du documentaire la Domination masculine*, sorti en 2009, "la première étape pour un homme est de déconstruire les stéréotypes et de réfléchir sur lui-même".  

Au-delà de l'apparent paradoxe, relevé par Alban Jacquemart, sociologue**, le phénomène n'est pas nouveau. Bien au contraireC'est d'ailleurs un homme qui est considéré comme "le père du féminisme français", le journaliste Léon Richerrappelle-t-il en introduction de son ouvrage sur les militants féministes. 

LIRE AUSSI >> "Le féminisme est une affaire d'hommes" 

La romancière et journaliste féministe Benoîte Groult s'est elle aussi intéressée aux grands penseurs de la question, Stuart Mill ou Condorcet, dans son livre Le féminisme au masculin. "Au XIXe siècle, il y avait plus de penseurs du féminisme qu'aujourd'hui, insiste l'historienne Christine Bard***. Le féminisme s'est construit à la fois autour de mouvements mixtes et d'autres non mixtes". 

Depuis 2008, avec d'autres chercheurs et chercheuses, Christine Bard s'attelle à la rédaction d'un grand dictionnaire du féminisme, dans lequel figureront des hommes. 

"He for She"

Mais pourquoi cet intérêt pour la mixité réapparaît-il en 2016? D'après Christine Bard, il exprime peut-être une "déception des féministes de ne pas voir plus d'hommes s'engager dans le combat de l'égalité". "Avec la mobilisation du Festival d'Angoulême, on réalise qu'il y a un vrai potentiel," remarque-t-elle.  

Dans son appel à la tribune des Nations Unies, avec sa campagne He for SheEmma Watson avait également appelé les hommes à s'associer au combat pour l'égalité. 

"Cela avait déjà été le cas dans les années 2000, remarque Alban Jacquemart, avec la création du collectif Mix-Cité, qui revendiquait la présence d'hommes et de femmes. Très vite, la place des hommes est questionnée au sein du mouvement. Cela ne réglait pas la question des relations femmes/hommes, notamment dans la répartition du temps de parole au sein du groupe." 

LIRE AUSSI >> "Les hommes surjouent la virilité que l'on attend d'eux" 

Car impliquer des hommes pose d'autres questions. "Dans les actions pour l'égalité professionnelle, inclure des hommes peut signifier qu'ils décideront si certaines mesures sont légitimes. Ils pourront ainsi en disqualifier certaines", nuance-t-il. 

Proféministe vs féministe

Selon Patric Jean, les hommes engagés dans le féminisme peuvent se dire "pro-féministes", mais pas "féministes". "Nous ne sommes pas dans la même situation que les femmes. Nous ne pouvons pas connaitre les mêmes expériences. Lorsque, par exemple, je gare ma voiture dans une rue obscure, jamais je n'ai peur du viol ou de l'agression sexuelle. Un homme ne peut pas se mettre à la place des femmes et donc se substituer au combat féministe". 

Christine Bard ne partage pas cette vision. "C'est comme si un militant antiraciste ne pourrait se définir comme tel parce qu'il ne ferait pas l'expérience du racisme. Le féminisme n'est pas seulement de l'antisexisme", rétorque-t-elle. 

Ces hommes féministes sont-ils plus écoutés? "Aujourd'hui, la parole des hommes est plus légitime", estime Alban Jacquemart. Est-ce plus valorisant pour autant d'être un homme féministe? "Cela dépend des arènes dans lesquelles on se place. Dans les médias, les hommes sont traités avec plus de bienveillance. Ils ne souffrent pas des caricatures données aux femmes féministes, considérées comme des hystériques". L'homme serait-il finalement l'avenir du féminisme? 

Le féminisme est aussi une affaire d'hommes. Certains prennent part au combat, d'autres cherchent simplement à soutenir les femmes dans celui-ci. À l'image du reste de la société, si pour eux aussi, "féministe" n'est plus un gros mot, leur participation soulève beaucoup de questions. 

 

Les associations l'ont d'ailleurs bien compris. En janvier 2016, le collectif Georgette Sand (connu pour son combat autour de la "taxe tampon") a lancé une campagne pour "L'Homme féministe". Par des détournements de publicités de parfums pour homme, le collectif rend hommage: "Ce ne sont pas des surhommes", mais "ils sont féministes et souhaitent donner une autre image de la masculinité. Ils font bouger les lignes dans leur travail, dans l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants, dans la relation à leurs conjointes, leurs amies".

 

La campagne "He for She", lancée par Emma Watson en 2014 avait aussi voulu directement parler aux hommes. "Je m’adresse à vous en ce jour, car j’ai besoin de votre aide", affirmait-elle à l'attention des hommes pour commencer son discours au siège des Nations Unies. "Nous souhaitons mettre fin aux inégalités entre les sexes, et pour y parvenir, l’implication de tous est indispensable". 

 

Comment ces hommes qui se disent féministes envisagent-ils leur rôle dans ce mouvement? Et pourquoi? Quels sont les stéréotypes contre lesquels ils veulent lutter et comment? À quelques jours de la journée des droits des femmes le 8 mars, Le HuffPosta laissé la parole à trois d'entre eux. 

 

"Quel modèle de société souhaitons nous vraiment?"

La "question fondamentale" que se pose Vincent, militant à Osez le féminisme, est la suivante: "quel modèle de société souhaitons nous vraiment? Une société égalitaire au service du bien commun ou un totalitarisme social au service des même éternels privilégiés?" Pour lui, aucune raison pour "qu'un sexe prenne le pas sur un autre, en dehors d'une recherche de domination volontaire et violente". 

Une société égalitaire, c'est aussi ce que souhaite Bamiyan, 45 ans, qui se dit très sensible aux "violences physiques ou psychologiques faites aux femmes, au harcèlement qu'elles subissent". Il n'aime pas spécialement les étiquettes mais si l'on doit lui apposer celle de "féministe", il n'en voit pas le moindre inconvénient. Féministe, il l'est devenu de part son histoire, mais aussi à force d'être sensibilisé à des problématiques telles que l'égalité des salaires, le harcèlement, l'éducation. D'ailleurs, tout récemment papa, il sera impératif pour lui d'éduquer son petit garçon à ces enjeux: "Je lui apprendrai l'importance de respecter les êtres humains, indépendamment de leur sexe", affirme-t-il.

"Pas parfaites ni idéales", les hommes non plus

Au-delà des grands thèmes des combats féministes, ce sont aussi de nombreux stéréotypes du quotidien qui agacent ces hommes. Olivier, quadragénaire, la liste de ces stéréotypes est longue, mais il est particulièrement agacé par "le comportement de certains politiques". "L'exemple vient d'en haut", souligne-t-il. On se souvient notamment du comportement sexiste des parlementaires visant la députée Véronique Massonneau en 2013. Lors de son intervention, ceux-ci avaient interrompu son intervention en imitant le caquetage d'une poule. 

Ce sont les voyages qui ont aussi sensibilisé ce père de famille. Pour lui, le féminisme est tout aussi important pour "la paix sociale" que d'autres combats comme celui contre le racisme: "enfermer les gens dans des catégories en fonction de leur genre, origine, couleur, classe sociale, religion, tout ça c'est pareil", estime-t-il. 

Bamiyan, de son côté n'en peut plus d'entendre que les femmes sont "parfaites et idéales". Mais ce qui l'insupporte le plus, c'est cette remarque très souvent adressée aux femmes féministes: "si elles veulent l'égalité elles doivent arrêter de demander des mesures discriminatoires". Pour lui, elle n'aura vraiment de sens que le jour où les femmes seront vraiment les égales des hommes.

"Il est important d'impliquer les hommes"

Etre un homme féministe. L'idée si elle fait son chemin reste encore une exception. "Des hommes militants féministes, il n’y en a quasiment pas, ou très peu", explique à Slate Patric Jean, fondateur de ZeroMacho. "Pour des raisons évidentes: quand on a des privilèges, on n’a pas envie de les perdre". 

D'un point de vue historique, les hommes ont été progressivement exclus du féminisme, surtout dans les années 1970 avec le Mouvement de libération des femmes (MLF). Si les mouvements se font de plus en plus mixtes, les hommes se revendiquant féministes restent encore largement minoritaires. 

Les hommes que nous avons interrogés en sont convaincus, il s'agit bien aussi de leur combat."Si on veut évoluer vers un modèle de société équitable débarrassé des concepts de "supériorité" masculine totalement artificiels", explique Vincent, "il est important d'impliquer les hommes pour amener les nouvelles générations à adopter un autre modèle du monde, débarrassé de ses typologies sexistes et misogynes". Ajoutant toutefois qu'il existe une différence de taille entre les hommes et les femmes féministes: "les militants ne subissent pas les discriminations et oppressions des militantes. Pire, ils en tirent des avantages en terme d'image et de considération là où les militantes sont rabaissées et dévalorisées".

Militer pour la cause féministe quand on est un homme n'est pas évident. Vincent est bien conscient qu"il doit adapter son comportement afin de respecter la parole des premières concernées. "Il est important d'adapter avec finesse ma contribution à la lutte pour ne pas reproduire les mêmes dérives au sein du monde militant: spoliation de la parole, de l'espace, dirigisme...", détaille-t-il.

“La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétent"

 

(C'est malheureusement vrai) pense la pintade rose 

 

 
Je prépare un article sur les "Femmes" anti-féminisme ... normal, n'est-ce-pas !

Je prépare un article sur les "Femmes" anti-féminisme ... normal, n'est-ce-pas !

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