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Publié par La pintade rose

Figure emblématique de l’histoire du jazz américain du style Nouvelle-Orléans, le clarinettiste et saxophoniste Sidney Bechet est considéré comme l’un des solistes et improvisateurs les plus marquants de la première moitié du 20ème siècle. Il est apprécié pour sa sonorité, son souffle lyrique, son vibrato large. En France, il est l’un des musiciens de jazz les plus populaires.

Sidney Bechet est né à la Nouvelle Orléans dans une famille nombreuse créole. Sa famille d’origine française lui propose une culture mixte, américaine et française. Dès l’adolescence il joue de la clarinette, son premier instrument, dans l’orchestre de son frère Leonard, le « Silver Bell Band », avec George Baquet et avec différents groupes régionaux. Il étudie avec Papa Tio et Lorenzo Tio. Il arrive à Chicago en 1917 et joue avec Freddie Keppard (trompettiste), Tony Jackson (pianiste), King Oliver (cornettiste). Il découvre aussi son futur instrument, le saxophone soprano qui deviendra par la suite son instrument de prédilection.
A partir des années 1920, il effectue de nombreux voyages entre l’Europe et les Etats-Unis.
Il s’installe à New York et enregistre avec les « Blue Five » sous l’égide de Clarence Williams. Il accompagne ou enregistre avec des chanteuses de blues (Mamie SmithRosetta CrawfordSippie WallaceVirginia ListonSara MartinEva Taylor ).En 1924, il rejoint quelques mois le groupe de Duke Ellington et rencontre pour la première fois Louis Armstrong avec lequel il enregistre.
Il revient en Europe (Paris, Bruxelles et Berlin) en1925 et fait une tournée avec la « Revue nègre » (Joséphine Baker). Il joue partout, en Egypte, en URSS, dans les Balkans, en Scandinavie. Concerts, enregistrements, tournées jalonnent sa vie musicale très remplie.
Tempérament impétueux et bagarreur, il se retrouve parfois expulsé ou en prison. Durant les années 1930 il s’impose davantage en soliste.
A partir des années 1950, il se fixe en France et se marie sur la Côte d’Azur. Il s’impose comme une star, il anime les nuits du « Vieux Colombier » avec l’Orchestre de Claude Luter et est invité pour les festivals de jazz de Paris et de Juan les Pins. Il s’éloigne de son style original Nouvelle Orléans et invente un idiome qui mixe le blues du Mississipi à des pas de danse européens. Les succès commerciaux se succèdent, Les Oignons (1949), Petite fleur (1952) et Dans les rues d’Antibes (1952).A cette époque, il joue beaucoup au cinéma comme musicien ou comédien.
Il embouche une dernière fois son saxophone le 20 décembre 1958, Salle Wagram, à la ‘Nuit du jazz’. Il meurt le jour de son anniversaire le 14 mai 1959 suite à un cancer du poumon.

Sidney Bechet en 6 dates

1923 : débuts phonographiques aux Etats-Unis avec les « Blue Five » et Clarence Williams
1928 : 11 mois à la prison de Fresnes suite à une bagarre avec le guitariste Mike McKendrick
1932 : il monte le « New Orleans Feetwarmers » avec Tommy Ladner (trompettiste)
1949 : Invité au ‘Festival de Paris’ avec Charlie ParkerMiles Davis
1952 : Il grave le tube qui le personnifie au niveau international, Petite fleur
1955 : Remise d’un disque d’or à l’Olympia lors du concert du 19 octobre

Sidney Bechet, un petit rappel qui fleure bon en mai  ()()()

J'adore

On imagine mal, aujourd'hui, que le concert d'un jazzman de 58 ans puisse déclencher une émeute. C'est pourtant ce qu'il s'est produit le 19 octobre 1955. Soixante ans après, Daniel Sidney Bechet marche dans les pas de son père.

Au numéro 28 du boulevard des Capucines, l'Olympia a retrouvé son faste depuis que Bruno Coquatrix en a pris la direction en février 1954. La soirée d'ouverture fut l'occasion de découvrir, en première partie de Lucienne Delyle, un certain Gilbert Bécaud. Un an plus tard, cette fois en tête d'affiche, Monsieur 100 000 volts déclenche des scènes d'hystérie. Il inaugure même une tradition, à l'Olympia, qui culminera avec la venue de James Brown : le cassage de fauteuils. Vingt-trois, exactement, tandis qu'une dizaine de petites culottes atterrissent sur la scène. Sacré Gilbert, idole des jeunes, une décennie avant les yéyés et Johnny Hallyday.

“Les Oignons”, un succès populaire

Le 19 octobre de cette même année, le nom d'un jazzman de 58 ans claque donc au fronton de l'Olympia. Sidney Bechet a été adopté par le public français. Alors que l'avant-garde new-yorkaise du bebop squatte les caves de Saint-Germain-des-Prés après-guerre, le saxophoniste et clarinettiste de La Nouvelle-Orléans triomphe en 1949 lors de son premier concert parisien, salle Pleyel, dans le cadre du Festival international du jazz. La même année, il enregistre Les Oignons, son premier succès populaire français (générique d'une émission culinaire du chef Raymond Oliver), qui précède notamment Petite Fleur et Dans les rues d'Antibes. Si bien qu'il s'installe à Paris et organise, pour son mariage en 1951, une fête extravagante au Vieux Colombier de Juan-les-Pins – chose inimaginable dans l'Amérique raciste.

Dix blessés, deux cents fauteuils cassés

La France a succombé pour le jazz. Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et Billie Holiday se produisent tous à l'Olympia. Sidney Bechet aussi. Mais cette soirée du 19 octobre 1955 est spéciale : Bechet doit recevoir un Disque d'or, en récompense de son millionième disque vendu chez Vogue. Croyant bien faire, la star a décrété la gratuité du concert, au cours duquel elle sera accompagnée par les orchestres de Claude Luter et André Réwéliotty. Mais sa popularité est bien trop grande. Dès la sortie des bureaux, une foule immense prend d'assaut le boulevard. Combien sont-ils ? 5 000 ? Beaucoup plus, en tout cas, que les 2 000 spectateurs que peut contenir la salle. Bientôt, une émeute éclate entre la police et les fans survoltés.

Les barrages cèdent finalement sous la pression du public qui envahit chaque recoin de l'Olympia, en arrachant au passage les affiches d'Edith Piaf, Annie Cordy et Gilbert Bécaud. Les gens se marchent dessus, la salle est saccagée et la presse du lendemain dressera le bilan : dix blessés, deux cents fauteuils cassés, des dégâts estimés à 2 millions de francs. Un quotidien tentera même une analyse : « Les nouveaux venus au jazz reçoivent un choc sur la tête en écoutant un orchestre style Nouvelle-Orléans, assurent les spécialistes de la musique “hot” pour excuser les égarements des néophytes. »

L'Olympia de père en fils

Pourtant, le concert a lieu. « Vous allez pouvoir applaudir... Sidney Bechet ! » A cette annonce, une énorme clameur ébranle alors l'Olympia, comme à chaque fois que le présentateur viendra lancer un nouveau morceau. Il faut dire que Sidney Bechet, en grande forme, a pris le soin de renouveler son répertoire et d'inclure des titres qu'il n'a plus interprétés depuis longtemps, de Blues in the Air à Southern Sunset, avant de jouer Les Oignons en apothéose. L'enregistrement de la soirée, où l'on entend le public en délire, sera publié avec un titre explicite : Le soir où... l'on cassa l'Olympia.

Soixante ans après, le souvenir de ce concert légendaire sera évoqué par le fils du jazzman, Daniel Sidney Bechet, sur cette même scène de l'Olympia. L'hommage est programmé au 24 octobre et il est à parier qu'aucun fauteuil ne sera cassé.

Musicien cosmopolite dès sa jeunesse, Sidney Bechet est à l'origine de la première critique de jazz un peu sérieuse[non neutre]. En 1919, il est le clarinettiste soliste du Southern Syncopated Orchestra dirigé par le compositeur Will Marion Cook, qui refusait d'utiliser le mot « jazz » mais tenait beaucoup à avoir Bechet en vedette. Le chef d'orchestre suisse Ernest Ansermet, qui eut plusieurs fois l'occasion d'écouter cette formation à Londres, écrivait à propos de Bechet : « (Il) ne peut rien dire de son art, sauf qu'il suit sa propre voie… et c'est peut-être la route sur laquelle le monde entier swinguera dans l'avenir. »

Prodige musical, né au sein d'une famille créole, il a étudié auprès de Louis dit « Papa » Tio et Lorenzo Tio fils à La Nouvelle-Orléans[1]. Il se joint, en 1917, à l'exode vers Chicago et y travaille avec deux célèbres exilés, le trompettiste Freddie Keppard et le pianiste Tony Jackson. Puis il accompagne Cook à Londres où il découvre le saxophone soprano, instrument plus dominant que la clarinette et avec lequel il peut aisément produire le palpitant vibrato qui est son signe distinctif. En juin 1924, Sidney Bechet rejoint le groupe de Duke Ellington et commence la deuxième tournée en Nouvelle-Angleterre avec eux. Moins de trois mois plus tard, « le Duke » le renvoie après qu’il ne se soit pas présenté à trois concerts.

Expulsé de Grande-Bretagne pour cause de bagarre dans un hôtel, Bechet retourne aux États-Unis et s'installe à New York, où le pianiste Clarence Williams veut à tout prix le faire enregistrer, en particulier aux côtés de Louis Armstrong. C'est ainsi qu'a lieu une première rencontre entre ces géants du jazz. Cependant, de nouveaux problèmes le ramènent en Europe où il passe quatre ans au sein de la Revue nègre dont Joséphine Baker est la vedette. Pendant qu'Armstrong réalise ses enregistrements classiques, son principal rival comme soliste de jazz est en tournée en Europe et en Russie. Mais Sidney Bechet a un fort caractère, et en 1928, une bagarre éclate entre lui et le banjoïste Mike McKendrick sur lequel il tire. Le drame est évité, mais Sidney Bechet se retrouve 11 mois en prison à Fresnes, puis expulsé de France.

Après un retour triomphal au Festival de jazz de Paris en 1949, il décide de s'établir en France. Bechet y devient une super vedette hexagonale. Son thème Petite Fleur est un succès mondial, même si lui-même était probablement plus fier des partitions de ballets telles que La Nuit est une sorcière qu'il compose pour le danseur et chorégraphe Pierre Lacotte.

À la fin de sa vie, en 1956, il entame une grande tournée en Belgique. En 1955 déjà, le 28 août, il avait avec l'orchestre d'André Réwéliotty donné un concert suivi d'un bal à « La Nuit d'Or » à la plaine de Nimy à Mons. Albert Langue, jazzman de Mons et initiateur du Festival mondial des musiques militaires de Mons, l'accompagne dans ses concerts, à la trompette. Sidney Bechet lui demande s'il n'a pas en mémoire une musique locale qu'il pourrait jouer en Belgique pour faire plaisir à son public et personnaliser la tournée belge. Albert Langue lui joue sur un piano Le Doudou, musique leitmotiv de la Ducasse de Mons qu'il adapte au style de musique de La Nouvelle-Orléans.
C'est un tel succès qu'il l'enregistre pour la maison de disques Vogue. Ce disque est une des meilleures ventes de 1956 et permit au Doudou d'être connu partout dans le monde.

Il meurt, en 1959, le jour de son soixante-deuxième anniversaire. Sa dernière épouse est décédée en 1995.

Parmi ses plus célèbres enregistrements, il faut faire figurer le trio Blues in Thirds, avec Earl Hines et Baby Dodds, Blue HorizonOut of The Gallion avec Mezz MezzrowPetite fleur et n'importe laquelle de ses versions de Summertime ou de Weary Blues.

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