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Publié par La pintade rose

Gustave Courbet est issu d’une famille aisée de propriétaires terriens, son père Régis Courbet possède une ferme et des terres au village de Flagey où il élève des bovins et pratique l’agriculture. Gustave naît le 10 juin 1819 à Ornans dans le Doubs, sa mère Sylvie Oudot donne par ailleurs naissance à quatre filles. À l'âge de douze ans, Gustave l'aîné entre au petit séminaire d’Ornans où il reçoit un premier enseignement artistique avec un professeur de dessin, disciple de la peinture préromantique d'Antoine-Jean Gros. Ensuite, il entre au Collège Royal de Besançon où, dans la classe des beaux-arts, il suit des cours de dessin dans la classe de Charles-Antoine Flajoulot (1774-1840), un ancien élève de Jacques-Louis David. À cette époque, Charles-Antoine Flajoulot était également le directeur de l'École des Beaux-Arts de Besançon. Après des études considérées comme médiocres et qu’il abandonne, il part pour Paris vers la fin de 1839. Logé par son cousin Jules Oudot, il suit des études de droit et parallèlement fréquente l’atelier du peintre Charles de Steuben. Son ami d’enfance Adolphe Marlet l’introduit à l’atelier de Nicolas-Auguste Hesse un peintre d’histoire qui l’encourage dans la voie artistique. Courbet se rend aussi au musée du Louvre pour y étudier les maîtres, en particulier les peintres de l’école espagnole du xviie siècle Diego VélasquezFrancisco de Zurbarán et José de Ribera. Il est admiratif du clair-obscur hollandais, de la sensualité vénitienne et du réalisme espagnol. Courbet est un œil, il a un sens unique de l'alchimie visuelle. Il est aussi influencé par les œuvres de Géricault dont il copie une tête de cheval[4].

Début de carrièreModifier

Autoportrait dit Le Fumeur de pipe (1848-1849), Montpelliermusée Fabre.

Le 21 juin 1840, Gustave Courbet est réformé du service militaire. Il s’installe au Quartier latin et occupe son premier atelier rue de la Harpe. Il fréquente l'Académie de Charles Suisse, à l'angle du boulevard du Palais et du quai des Orfèvres, mais abandonne rapidement, jugeant les œuvres copiées, sans intérêt. Il décide alors de se former lui-même en dessinant et copiant des maîtres du passé tel que Diego Vélasquez ou bien Rembrandt.

En 1842, il peint un premier autoportrait dit Autoportrait au chien noir (œuvre exposée au Salon de 1844), le chien étant un épagneul qu'il a acquis la même année. D'autres autoportraits suivent, où il se représente en homme blessé ou en homme à la pipe. En 1845, il propose plusieurs toiles pour le Salon, le jury choisit de faire exposer le Guitarrero. Il a une relation avec Virginie Binet dont il a un enfant qu'il ne reconnaît pas.

À cette époque il fréquente la brasserie Andler, 28 rue Hautefeuille, où s'élaboraient les grandes théories et que Champfleuryappelait le temple du réalisme. Il y rencontre la bohème parisienne. Courbet est au cœur de l’effervescence artistique et politique. Il se lie avec des artistes qui veulent proposer une alternative à l’antagonisme romantisme-académique (tels que Charles Baudelaire, Hector Berlioz… dont il a fait les portraits). Sous l’impulsion de Champfleury, Courbet jette les bases de son propre style, le réalisme. Il veut s’inspirer des idéaux de la bohème. Champfleury rédige pour le peintre la liste de ses œuvres pour le Salon de 1849.

En août 1849, il fait un voyage en Hollande où il découvre les peintures de Frans Hals et Rembrandt.

Retour à Ornans et premiers chefs-d’œuvreModifier

En 1849, Courbet revient à Ornans où son père Régis lui a aménagé un atelier de fortune dans le grenier de la maison familiale de ses grands-parents (Bien qu'exigu et de modestes dimensions, il y composera pourtant certaines de ses œuvres les plus monumentales). Ce retour aux sources, dans son "pays" natal, va changer sa manière de peindre : il abandonne le style romantique de ses premiers autoportraits et de sa Nuit de Walpurgis. Inspiré par son terroir, il crée un style qu’il qualifie lui-même de réalisme. Sa première œuvre de cette période est Une après-dinée à Ornans tableau exposé au salon de 1849 qui lui vaut une médaille de seconde classe, et qui est remarqué par Ingres et Delacroix. Cette médaille le dispense de l’approbation du jury. Il va s’en servir pour ébranler les codes académiques. Ses paysages, dominés par l’identité de retrait et de solitude, ont une signification quasi autobiographique.

En 1850, il peint Les Paysans de Flagey revenant de la foire, exposé au musée de Besançon. L'œuvre fera scandale.

Il peint Un enterrement à Ornans, tableau ambitieux dont le grand format (315 x 668 cm) est habituellement destiné aux tableaux d’histoire, qui représente un enterrement où figurent plusieurs notables d'Ornans et les membres de sa famille. Au salon de 1850-1851 lors de son exposition le tableau fait scandale auprès de la critique de même que ses Casseurs de pierres salué comme la première œuvre socialiste par Proudhon.

 

En 1852, il décide de se mettre à de grandes compositions de nus en vue de son prochain salon. Après avoir réformé le paysage, les scènes de genre, le portrait, il "s’attaque" là à l'un des derniers bastions de l'académisme esthétique du temps. Les Baigneuses de 1853 a créé beaucoup de controverse, on voit deux femmes, dont une nue avec un linge qui la drape à peine alors qu'elle ne représente plus une figure mythologique idéalisée. La critique de l'époque s'empare de cette toile de façon très virulente : Courbet a réussi à obtenir ainsi un succès de scandale[8]. Les portraits féminins de Courbet ont une trace de sensualité (Jo, La belle Irlandaise maîtresse de Courbet, La Belle Espagnolede 1855, La Mère Grégoire... Tous ces tableaux sont chargés d’exotisme qui célèbre le charme féminin). La Source est l’un des derniers nus de Courbet, fait en 1868. L’Origine du monde de 1866 a un drapé académique, classique et néo-classique.

En 1853, Courbet fait la rencontre déterminante d’Alfred Bruyas (1821-1876), un collectionneur montpelliérain qui lui achète Les Baigneuses et La Fileuse.

En 1854, Courbet saisit l’âpre beauté des paysages du Languedoc.

En 1855, avec une série d’ambitieux tableaux, Courbet se montre sensible aux traditions (portraits, nature morte) mais aussi aux avancées des jeunes générations (Manet en tête). Il expérimente une carrière de portraitiste mondain, et apprend à s’adapter à la psychologie comme aux exigences de ses modèles, mais Courbet reste maître et inventeur de ses peintures. La série des natures mortes est réalisée en 1862, lorsqu’il séjourne en Saintonge à l’invitation du mécène éclairé Étienne Baudry. Courbet comprend l’importance de ce thème, qui ouvre la voie aux compositions impressionnistes.

En 1859, il découvre les côtes normandes : paysages puissants et tourmentés. Le 6 mars 1860, il achète à Ornans l’ancienne fonderie Bastide, bâtiment dans lequel il aménage sa maison et un grand atelier, restant dans ce lieu jusqu'à son exil en 1873 en Suisse.

En 1862-1863, il séjourne à Saintes et participe, avec Jean-Baptiste CorotLouis-Augustin Auguin et Hippolyte Pradelles à un atelier de plein air baptisé « groupe du Port-Berteau » d'après le nom du site des bords de la Charente (dans la commune de Bussac-sur-Charente) adopté pour leurs séances communes de peinture. Une exposition collective réunissant 170 œuvres est présentée au public le 15 janvier 1863 à l’Hôtel de Ville de Saintes.  Il peint à Saintes Le retour de la conférencequi fera scandale et sera refusé au Salon.

 

La Commune et la colonne VendômeModifier

Autoportrait à Sainte-Pélagie(1872), Ornansmusée Courbet.
Eugène AtgetPrison Sainte-Pélagie, façade sur rue (1898)[11].
L'hydropisie croissante dont souffre Courbet, accentuant son obésité, est propice à la caricature, comme celle ici de Léonce Petit en 1867[12].

Ses idées républicaines et socialistes lui font refuser la Légion d'honneur, proposée par Napoléon III, dans une lettre adressée le , au ministre des lettres, sciences et beaux-arts, Maurice Richard.  Après la proclamation de la République le , il est nommé président de la commission des musées et délégué aux Beaux-Arts ainsi que président de l'éphémère Fédération des Artistes. Ami de Proudhon et proche de la Fédération jurassienne de Bakounine, il prend une part active à la Commune de Paris. Aux élections complémentaires du , il est élu au Conseil de la Commune par le VIe arrondissement et délégué aux Beaux-Arts. Le , il est élu président de la Fédération des artistes. Il fait alors blinder toutes les fenêtres du Louvre pour en protéger les œuvres d’art, mais aussi l’Arc de triomphe et la Fontaine des Innocents. Il prend des mesures semblables à la manufacture des Gobelins, à celle de Sèvres et fait même protéger la collection de Thiers. Il siège à la commission de l'enseignement et, avec Jules Vallès, vote contre la création du Comité de Salut public, il signe le manifeste de la minorité.

Il propose au Gouvernement de la Défense nationale le déplacement de la Colonne Vendôme, qui évoque les guerres napoléoniennes, aux Invalides. La Commune décide, le , d’abattre et non de déboulonner la colonne Vendôme. Courbet en réclame l'exécution, ce qui le désignera ensuite comme responsable de sa destruction. Celle-ci avait été prévue pour le , jour anniversaire de la mort de Napoléon, mais la situation militaire avait empêché de tenir ce délai. Plusieurs fois repoussée, la cérémonie aura lieu le , la colonne est abattue, non sans difficultés, à 17 h 30, sous les acclamations des parisiens.

Courbet démissionne de ses fonctions en , protestant contre l'exécution par les Communards de Gustave Chaudey, qui, en tant que maire-adjoint, avait fait tirer sur la foule le 22 janvier 1871. Après la Semaine sanglante il est arrêté le  et le 3econseil de guerre le condamne à six mois de prison — qu'il purgera à Versailles, à Sainte-Pélagie — et à 500 francs d'amende, auxquels s'ajoutent 6 850 francs de frais de procédure. Comme il est malade, il est transféré le 30 décembre 1871 dans une clinique de Neuilly où il reste jusqu'en avril 1872.

Son engagement dans la Commune lui valut de la part de nombreux écrivains une hargne d'une violence inouïe ; ainsi, Alexandre Dumas fils osa écrire à son propos : « De quel accouplement fabuleux d'une limace et d'un paon, de quelles antithèses génésiaques, de quel suintement sébacé peut avoir été générée cette chose qu'on appelle Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l'aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d'œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore et poilue, ce ventre esthétique, incarnation du Moi imbécile et impuissant ».

De retour à Ornans, la demande de tableaux était tellement importante depuis 1872 que Courbet ne pouvait suivre et s'était assuré la collaboration d'« aides » qui préparaient ses paysages. Il ne faisait aucun mystère de ce mode de production. On sait, en outre, que Courbet n'hésitait pas à signer de temps à autre un tableau peint par l'un ou l'autre de ses collaborateurs.

Mais en , le nouveau président de la République, le maréchal de Mac-Mahon, décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet (soit 323 091,68 francs selon le devis établi). La loi sur le rétablissement de la colonne Vendôme aux frais de Courbet est votée le 30 mai 1873. Il est acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées.

« Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s'y rattachent, marchant dans ma voie parallèlement à mon camarade Proudhon. […] J'ai lutté contre toutes les formes de gouvernement autoritaire et de droit divin, voulant que l'homme se gouverne lui-même selon ses besoins, à son profit direct et suivant sa conception propre ».

 

Courbet, le peintre sensuel et réaliste  []{}[]

Craignant un nouvel emprisonnement, Courbet passe clandestinement la frontière aux Verrières le 23 juillet 1873. Après quelques semaines passées dans le Jura (Le LocleLa Chaux-de-Fonds), à Neuchâtel, à Genève et dans le canton du Valais, Courbet se rend compte que c'est sur la Riviera lémanique, grâce aux nombreux étrangers qui y séjournent, qu'il aura le plus de chance de nouer des contacts et de trouver d'éventuels débouchés pour sa peinture. Il loge brièvement à Veytaux(château de Chillon), puis jette son dévolu sur la petite bourgade de La Tour-de-Peilz (au bord du lac Léman) et s'installe en octobre 1873 à la Pension Bellevue (tenue par le pasteur Dulon), en compagnie de Cherubino Pata, puis, dès le printemps 1875, dans une maison au bord du lac, du nom de Bon-Port, qui devient le port d'attache des dernières années de sa vie. De là, il circule beaucoup, et les rapports que des espions (infiltrés jusque parmi la colonie des proscrits de la Commune de Paris) envoient à la police française nous renseignent sur ses nombreux contacts et ses innombrables déplacements (GenèveFribourgla GruyèreInterlakenMartignyLoèche-les-BainsLa Chaux-de-Fonds, etc.).

Durant les premières années de son exil, il écrit à sa sœur en 1876 :

« Ma chère Juliette, je me porte parfaitement bien, jamais de ma vie je ne me suis porté ainsi, malgré le fait que les journaux réactionnaires disent que je suis assisté de cinq médecins, que je suis hydropique, que je reviens à la religion, que je fais mon testament, etc. Tout cela sont les derniers vestiges du napoléonisme, c'est le Figaro et les journaux cléricaux. »

Il peint, sculpte, expose et vend ses œuvres ; il organise sa défense face aux attaques du gouvernement de l'« Ordre moral » et veut obtenir justice auprès des députés français ; il participe à de nombreuses manifestations (fêtes de gymnastique, de tir et de chant) ; il est accueilli dans de nombreux cercles démocratiques confédérés et dans les réunions de proscrits. Comme par le passé, il organise sa propre publicité et entretient des rapports sociaux tant dans les cafés qu'avec les représentants de l'establishment du pays qui l'accueille.

Il reçoit des encouragements de l'étranger : en 1873, invité par l'association des artistes autrichiens, il expose 34 tableaux à Vienne en marge de l'Exposition universelle ; le peintre James Whistler le contacte pour exposer des œuvres à Londres ; aux États-Unis, il a sa clientèle et il expose régulièrement à Boston depuis 1866. Plusieurs peintres du pays lui rendent visite à La Tour (Auguste Baud-BovyFrancis FuretFrançois Bocion) ou présentent leurs tableaux dans les mêmes expositions (Ferdinand Hodler).  Des marchands, comme l'ingénieur exilé Paul Pia à Genève, proposent régulièrement à la vente des œuvres du peintre franc-comtois. Il travaille simultanément pour madame Arnaud de l'Ariège dans son château des Crètes à Clarens et donne des tableaux pour des tombolas de sinistrés et d'exilés. Il réfléchit à un projet de drapeau pour le syndicat des typographes à Genève, et exécute le portrait d'un avocat lausannois, le député radical Louis Ruchonnet (futur conseiller fédéral) ; il converse avec Henri Rochefort et Madame Charles Hugo à La Tour-de-Peilz et, quelques jours après, il joue le rôle de porte-drapeau d'une société locale lors d'une fête de gymnastique à Zurich. Son œuvre n'échappe pas non plus à ce continuel va-et-vient entre une trivialité proche du kitsch et un réalisme poétique. Cette production inégale n'est pas limitée à la période d'exil, mais elle s'accentue depuis la menace qui pèse sur le peintre de devoir payer les frais exorbitants de reconstruction de la Colonne (condamnation effective par le jugement du 26 juin 1874 du tribunal civil de la Seine). Cela a incité de nombreux faussaires à profiter de la situation et, déjà du vivant de l'artiste, le marché de l'art a été envahi d'œuvres attribuées à Courbet, dont il est difficile d'apprécier l'originalité.

Les circonstances (guerre et exil), les procès, l'étroitesse de l'espace culturel du pays qui accueille le peintre, l'éloignement de Paris sont autant de facteurs qui ne l'incitent guère à réaliser des œuvres de l'importance de celles des années 1850. Dans ce contexte défavorable, Courbet a la force de peindre des portraits de grande qualité (Régis Courbet père de l'artiste, Paris, Petit Palais), des paysages largement peints (Léman au coucher du soleil du musée Jenisch à Vevey et du musée des beaux-arts à Saint-Gall), quelques Château de Chillon (comme celui du musée Gustave-Courbet à Ornans). Son état de santé se dégrade dès 1876: il continue de grossir — ses ennemis le comparent volontiers à une barrique — et est très diminué par une incurable hydropisie stomacale et abdominale.

Il s'attaque en 1877, en prévision de l'Exposition universelle de l'année suivante, à un Grand panorama des Alpes (The Cleveland Museum of Art) resté partiellement inachevé. Il aborde également la sculpture, les deux réalisations de ces années d'exil sont, la Dame à la mouette et Helvetia.

Par solidarité avec ses compatriotes exilés de la Commune de Paris, Courbet refusa toujours de retourner en France avant une amnistie générale. Sa volonté fut respectée, et son corps fut inhumé à La Tour-de-Peilz le 3 janvier 1878, après sa mort survenue le 31 décembre 1877. Sa dépouille a été transférée à Ornans en juin 1919.

Dans Le Réveil du 6 janvier 1878, Jules Vallès rend hommage au peintre et à « l'homme de paix » :

« […] Il a eu la vie plus belle que ceux qui sentent, dès la jeunesse et jusqu'à la mort, l'odeur des ministères, le moisi des commandes. Il a traversé les grands courants, il a plongé dans l'océan des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le cœur d'un peuple, et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivré sa jeunesse, sous un ciel que n'a pas terni la vapeur des grands massacres, mais, qui, ce soir peut-être, embrasé par le soleil couchant, s'étendra sur la maison du mort, comme un grand drapeau rouge. »

Demande de transfert au PanthéonModifier

En 2013, un dossier plaidant pour le transfert de la dépouille de Gustave Courbet (conservée dans le cimetière d’Ornans depuis 1919) vers le Panthéon est déposé par le psychiatre Yves Sarfati auprès du président des Centre des monuments nationaux Philippe Bélaval. La proposition d’hommage posthume à l’artiste apparaît lors du colloque Transferts de Courbet à Besançon en 2011 (publication aux Presses du réel en 2013). Il est appuyé par une tribune dans le Quotidien de l’art du 25 septembre 2013 (numéro 250), où il est affirmé que « la République a une dette envers sa mémoire »[25] ; puis par une tribune dans la rubrique « idées » du Monde.fr où il est dit qu’ « en honorant Courbet, c'est l'engagement républicain et la justice, que l'on honorerait », qu’ « en honorant Courbet, c'est le monde d'aujourd'hui et celui des Beaux-arts, que l'on honorerait » et qu’ « en honorant Courbet, c'est la Femme, avec un grand F, que l'on honorerait. »[26] Parmi les membres du comité de soutien à la panthéonisation de l’artiste, on trouve : Nicolas BourriaudAnnie Cohen-SolalGeorges Didi-Huberman, Xavier Douroux, Romain GoupilCatherine MilletOrlanAlberto Sorbelli.

Courbet et les critiques de son tempsModifier

Gustave Courbet poussant une « colonne Rambuteau » (un urinoir), caricature publiée par Le Père Duchêne illustré.

Rares sont les artistes qui ont, davantage que Courbet, construit leur carrière grâce à la stratégie du scandale. Plusieurs événements jalonnent clairement cette construction : le Salon de 1850-1851, l'exposition de La Baigneuse au Salon de 1853 — qui suscite un emportement critique sans précédent dans la plupart des périodiques de l'époque — l’érection du Pavillon du réalisme en 1855, l’élaboration de l’œuvre Le Retour de la conférence en 1863, et l’engagement en 1871 dans la Commune de Paris. Plusieurs travaux ont analysé le phénomène du scandale et ses réceptions : une provocation calculée où la toile est prise aux rets des discours et conflits du temps. Les critiques du temps ont interprété les œuvres du peintre de manière parfaitement antinomique, nourrissant l’image d’un peintre insoumis et frondeur. Ainsi, tandis que les détracteurs (Edmond AboutCharles BaudelaireChamThéophile GautierGustave Planche…) stigmatisent une peinture réaliste , ses défenseurs (Alfred BruyasPierre-Joseph ProudhonÉmile Zola) considèrent qu’elle est capable de véhiculer esprit d’indépendance, liberté et progrès. Certains historiens poussent la réflexion jusqu’à imaginer que cet espace de débat serait un espace démocratique, dans le sens où l’entend le philosophe Claude Lefort, dans la mesure où il institue un conflit d’opinions autour de sa peinture.

Le premier tableau de Courbet que Delacroix put voir fut les Baigneuses, en 1853. Delacroix confie à son journal avoir « été étonné de la vigueur et de la saillie » de cette œuvre,  mais il lui reproche « la vulgarité des formes » et pire encore « la vulgarité et l’inutilité de la pensée » qu’il qualifie d’« abominables. » En revanche, deux ans plus tard, il admire l’Atelier du peintre et Un enterrement à Ornans, notamment « de superbes détails. » Plus généralement, Delacroix dénonce le parti pris du détail au détriment de l’imagination dans le réalisme triomphant dont Courbet apparaît comme le chantre .

L’analyse critique de Baudelaire rapprochait Courbet et Ingres en ceci que dans leur œuvre respective « l’imagination, cette reine des facultés, a disparu. » Il voyait certes en Courbet « un puissant ouvrier, une sauvage et patiente volonté » mais surtout un de ces « anti-surnaturalistes » qui livrent une « guerre à l’imagination »,  avec leur « philosophie de brutes » et leur « pauvreté d’idées . »  

En 1867, Edmond de Goncourt revient consterné d’une exposition : « Rien, rien et rien dans cette exposition de Courbet. A peine deux ciels de mer. Hors de là, chose piquante chez ce maître du réalisme, rien de l’étude de la nature. Le corps de sa Femme au perroquet est aussi loin, dans son genre, du vrai du nu que n’importe quelle académie du XVIII ème siècle. » Le tableau Le Sommeil, de celui qu’il appelle un « idiot populaire » ne lui inspire que du dédain : « Deux corps terreux, sales, breneux, noués dans le mouvement le plus disgracieux et le plus calomniateur de la volupté de la femme au lit ; rien de la couleur, de la lumière, de la vie de sa peau, rien de la grâce amoureuse de ses membres, une ordure bête . »

Études sur CourbetModifier

Si Courbet a fait couler beaucoup d’encre en son temps, il a ensuite continué à susciter un intérêt critique : on doit à Louis Aragon un bel ouvrage, L'Exemple de Courbet (1952) qui proposait en plus de ses analyses, un premier catalogage des dessins du peintre. La rétrospective organisée en 2007-2008 au Grand Palais, et relayée par un colloque au musée d'Orsay, a rendu plus sensible la diversité de la production du peintre, mêlant les toiles destinées — en leur temps — à une réception publique et les toiles réservées aux intérieurs des collectionneurs.

On doit à la critique anglo-saxone l'ouvrage décisif de Timothy Clark : Une image du peuple. Gustave Courbet et la révolution de 1848 (1973), ainsi que Le Réalisme de Courbet (1997) de Michael Fried.

Klaus Herding, Le réalisme comme contradiction. Visions, conflits et résistances dans l'oeuvre de Courbet, Les Editions du Sekoya, 2013 apporte une vision dialectique de la peinture de Courbet.

En France, on peut citer parmi les études récentes : l'essai de Dominique Massonnaud, Courbet Scandale, Mythes de la rupture et Modernité (2003) et, surtout, la grande monographie de Ségolène Le MenGustave Courbet (2007).

Les Actes du colloque international organisé par le musée d'Orsay à Paris en 2007, Courbet à neuf! (Editions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2010) proposent une série de mises au point par des spécialistes du monde entier.

Transferts de Courbet, édité par Yves Sarfati aux Presses du réel en 2013 propose une lecture originale de la vie et de l'œuvre de Courbet avec des contributions d'historiens

Gustave Courbet enduisait sa toile d’un fond sombre, presque noir, à partir duquel il remontait vers la clarté, détails de personnages et de paysages, par superposition de touches de couleurs plus claires. Cette technique empruntée à l'école de peinture flamande est, peut-être, en train de condamner les œuvres de Courbet. En effet, ce goudron tend, avec le temps, à remonter à travers la peinture et à assombrir dangereusement la surface de ses tableaux.

Courbet a parfois recours à la photographie, en particulier dans la représentation du nu féminin : comme Eugène Delacroixavant lui, il utilise des clichés à la place des traditionnelles séances de pose assurées par des modèles vivants. Ainsi, la figure centrale des Baigneuses (1853) s'inspire d'un cliché du photographe Julien Vallou de Villeneuve. Quant à la toile destinée à une réception privée, L'Origine du monde, son cadrage serré évoque les stéréophotographies pornographiques d'Auguste Belloc.

 

 

Quelques œuvresModifier

  • La Biche mortemusée d'Orsay, Paris
  • L'Enfant et la Vierge, musée d'Oran
  • Portrait de Régis Courbet, vers 1840, huile sur toile, 73 × 59,5 cm, collection particulière
  • L'Embouchure de la Seine, 1841, palais des beaux-arts de Lille
  • Autoportrait au chien noir, 1842, huile sur toile, 27 × 23 cm, musée de Pontarlier37]
Autoportrait dit Le Désespéré (1843-1845), collection particulière.
  • Portrait de l'artiste dit Le Désespéré, 1843-1845, huile sur toile, 45 × 54 cm, collection particulière
  • Courbet au chien noir, 1842-1844, huile sur toile, 46 × 56 cmPetit Palais, Paris
  • Les Amants heureux, 1844, huile sur toile, 77 × 60 cmmusée des beaux-arts de Lyon
  • Le Coup des dames, 1844, huile sur toile, 25 × 34 cm, coll. Adolfo Hauser, Caracas
  • Loth et ses filles, 1844, huile sur toile, 89 × 116 cm, collection particulière
  • Le Hamac, 1844, huile sur toile, 71 × 97 cm, coll. Oskar Reinhart, Winterthur
  • Portrait de Juliette Courbet, 1844, huile sur toile, 72 × 62 cmPetit Palais, Paris[40]
  • Jeune homme dans un paysage dit Le Guitarrero, 1844, huile sur toile, 55 × 41 cm, collection particulière
  • La Bacchante, entre 1844 et 1847, huile sur toile, Fondation Rau, Cologne
  • Jeune fille à la balançoire ou Sara la Baigneuse, 1845, huile sur bois, 69 × 52 cmmusée des beaux-arts de Nantes
  • Le Sculpteur, 1845, huile sur toile, 55 × 41 cm, collection particulière
  • Portrait de l'artiste dit L'Homme à la ceinture de cuir, 1845-1846, huile sur toile, 100 × 82 cmmusée d'Orsay, Paris
  • Portrait de H. J. Van Wisselingh, 1846, huile sur toile, 57,2 × 46 cmKimbell Art Museum, Fort Worth, Texas
  • Portrait d'Urbain Cuenot, 1846, huile sur toile, 55,5 × 46,5 cmmusée Courbet, Ornans
  • Sentier enneigé en forêt, huile sur toile, musée des beaux-arts et d'archéologie de Châlons-en-Champagne
  • Portrait de Charles Baudelaire, vers 1848, huile sur toile, 54 × 65 cmmusée Fabre, Montpellier
  • L'Homme à la pipe (autoportrait), 1848-1849, huile sur toile, 45 × 37 cmmusée Fabre, Montpellier
  • Les Casseurs de pierres, 1849, 159 × 259 cm. Détruit pendant les bombardements alliés sur la ville de Dresde en février 1945 (le tableau se trouvait à la Gemäldegalerie).
  • Le Casseur de pierres, 1849, 45 × 54,5 cm, version avec un seul personnage (le vieux), collection particulière, Milan
  • L'après-dînée à Ornans 1848-49, huile sur toile, 195 × 257 cmpalais des beaux-arts de Lille
  • Un enterrement à Ornans, 1850, musée d'OrsayParis, à son sujet, le critique parisien Champfleury avait écrit « C'est toute la laideur de la province »
  • Portrait d'Hector Berlioz, 1850, huile sur toile, 61 × 48 cmmusée d'Orsay
Le Château de Blonay (vers 1875), musée des beaux-arts de Budapest.

 

 

La pintade rose 

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