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Publié par La pintade rose

Léonora  Miano, née le  à Douala (Cameroun), est une femme de lettres franco-camerounaise d'expression française. En 1991, elle s'est installée en France, d'abord à Valenciennes puis à Nanterre, pour étudier la littérature américaine.

 

                                                         La Pintade Rose 

ora Miano a accédé au succès par la grâce du public. Elle a d’abord été Prix Goncourt des lycéens en 2006 pour Contours du jour qui vient. En 2010, son roman culte Blues pour Elise fait parler une France noire, urbaine et contemporaine. Son succès ne doit rien aux recensions littéraires. Les lectrices se sont passé le mot, usant largement des réseaux sociaux.

Leonora Miano vient de publier, à 38 ans, un livre majeur: Ecrits pour la parole (L’Arche). Sorti début janvier, ce texte fait parler de lui dans les milieux du théâtre, mais n’a fait l’objet d’aucune critique dans la presse française.

Ces quelque 73 pages sont pourtant d’une densité rare. De courts chapitres, conçus pour être dits sur scène, donnent voix à différentes femmes noires qui parlent des hommes, du boulot, de la vie.

Le style, extrêmement libre, fait penser à Césaire. Le sens de l’observation, lui, rappelle James Baldwin. Voir ce chapitre, intitulé «Egalité». 

«Je ne veux plus qu’on m’aime Qu’on me sourie Qu’on m’invite au restaurant Qu’on me tienne la porte Qu’on m’offre des fleurs Je m’en fous Oui Je m’en fous Parfaitement Je ne veux plus qu’on m’aime Si je ne peux pas me loger travailler me réaliser arriver tout en haut Je ne veux plus qu’on m’aime si je ne suis pas dans les livres d’Histoire dans les livres tout court A la tête des institutions et de tout ce qui a une tête Je m’en fous qu’on me Courtise Qu’on me trouve sensuelle avec ma voix grave ma cambrure ma peau ambrée mes fesses rebondies ma peau d’ébène mon port de tête ma peau mes jolies tresses ma peau et tout le reste Qui n’est pas moi d’ailleurs mais c’est un autre débat Je ne veux plus qu’on trinque Qu’on se taille une bavette Qu’on se fasse une raclette Ni rien J’en ai soupé de la fraternité sans égalité Ce serait quoi la fraternité si ça ne marchait pas avec l’égalité Ce serait quoi la fraternité ce serait quoi à part une plaisanterie douteuse La fraternité si ça ne marchait pas avec l’égalité»

Poussée par le climat actuel en France, où un certain discours xénophobeprévaut dans la sphère politique, Leonora Miano a rédigé ses Ecrits pour la parole très rapidement, emportée par un souffle qui ressemble à un grondement. Elle s’en explique pour Slate Afrique:

«Depuis 2007, la France n’est plus le pays que j’ai connu en arrivant en 1991, ni celui que je peux me représenter. Un pays imparfait, certes, mais où l’on est curieux de l’autre, où la culture importe, de même qu’une certaine forme d’élégance. On a réussi à presque tout saccager en très peu de temps. On ne pourra pas faire comme si rien ne s’était passé, comme si on n’était pas descendus aussi bas dans la vulgarité, dans l’agressivité à l’égard de l’étranger ou de ceux qui représentent l’étranger.»

La romancière a renoncé à sa nationalité camerounaise pour être naturalisée en 2008. Un choix «pas évident», sachant qu’elle restera une citoyenne de seconde zone et que ses papiers pourraient, un beau jour, ne pas être renouvelés.

Miano songe à quitter la France

Elle raconte, sans entrer dans les details, avoir traversé des périodes de grande précarité dans sa vie. Bien qu’issue d’un milieu aisé au Cameroun, elle a dû étudier et travailler dans des conditions pas toujours faciles, ayant eu une fille à 22 ans.

Aujourd’hui, elle songe à quitter la France. Ses horizons, encore incertains, se trouvent en Afrique, au Brésil ou aux Etats-Unis. Elle se pose cependant des questions sur son engagement.

«A qui suis-je utile en partant? D’autres ont quitté la France, comme Edouard Glissant. Ils ont manqué à des gens en construction qui avaient besoin de les voir».

 

 

 

Leonora Miano décrypte dans son dernier livre les non-dits de la société française sur les questions raciales. Elle relève au passage une production littéraire contemporaine qui «écrit encore une France toute blanche».

Et brise le silence sur les clichés qui collent durablement à la peau des femmes en général, et des femmes noires en particulier.

«Des femmes qu’on s’imagine souvent en mini-jupes et parlant de sexe», dans une France où il est parfois mal vu de parler sans l’ombre d’un accent, une France où le «bon noir est celui qui vient d’Afrique, un être exotique qui nous fait voyager, et pas un auteur non immigré qui pourrait raconter une histoire totalement franco-française», explique Léonora Miano.

«On me demande parfois si Leonora est mon vrai nom. Si ce n’est pas Fatou, on pense que ce n’est pas vrai. Je réponds que mes parents s’appellent Jacques et Chantal, et que nous avons quand même été un peu colonisés…»

L’auteur ne porte pas de mini-jupe, mais parle quand même de sexe, pour relever les questions plutôt gênantes que des Français lui posent encore.

«Quand les gens m’aiment bien, ils me demandent si je couche avec un Blanc ou pas, confie-t-elle. Comme s’il fallait savoir à quel point vous êtes soumis au modèle. Je ressens cette question comme une brutalité, une agression. Si votre amoureux est noir, alors vous n’êtes pas assez assimilée, vous êtes perçue comme ayant une posture de refus. On n’apprécie pas…»

Elle évoque le phénomène dans un chapitre percutant de son livre, intitulé «Communauté»:

«(…) si tu dis que ton amour du moment est noir, le regard change, s’assombrit un poil, s’enfuit très loin, tu deviens une sorte de Black Panther, parce que c’est bien d’aimer des Noirs quand on ne l’est pas soi-même, autrement, c’est un acte militant, communautariste, alors il est fréquent que tu fasses seul certaines sorties, pour ne pas les indisposer, ces petits chéris, en traînant avec toi un autre humain coloré, vous seriez un gang à vous deux (…)»

L’écrivain travaille sur les non-dits. Elle a bien conscience de déranger, et d’imposer parfois «une discussion dont les gens ne veulent pas». Si elle insiste, c’est parce qu’elle pense qu’éviter certaines questions, «c’est se refuser à soi-même des possibles».

Elle n’a pas de haine, de revanche à prendre ou de leçons à donner. L’auteur a bien conscience d’être perçue comme un écrivain en colère. A tort. «Si je peux travailler sur ces questions, c’est au contraire que je suis apaisée», affirme-t-elle.

Elle a eu carte blanche au Musée Dapper, à Paris, du 14 au 24 mars, pour présenter des oeuvres et des artistes qu’elle aime. Au programme: du slam et des débats, entre autres sur «les femmes créatrices dans le cinéma d’Ousmane Sembène» et le mouvement rastafari.

Sabine Cessou

La première œuvre de Léonora Miano, L'intérieur de la nuit, a reçu un très bon accueil de la critique francophone. À lui seul, le roman a reçu six prix : « Les lauriers verts de la forêt des livres, Révélation » (2005), le « Prix Louis-Guilloux » (2006), le « Prix du premier roman de femme » (2006), le « Prix René-Fallet » (2006 ), le « Prix Bernard-Palissy » (2006) et le « Prix de l'excellence camerounaise » (2007). Le magazine Lire l'a qualifié de meilleur premier roman français de l'année 2005.

Son deuxième roman, Contours du jour qui vient, a reçu en novembre 2006 le prix Goncourt des lycéens décerné par un jury de jeunes lycéens de 15 à 18 ans.

Au printemps 2008, Léonora Miano a publié cinq romans dans la collection « Étonnants Classiques » du Groupe Flammarion. Ils sont regroupés sous le titre Afropean et autres nouvelles.

Son œuvre a la particularité, selon Daniel S. Larangé, de créer à proprement parler une littérature afropéenne, consciente des transformations du monde et de l'humanité. Elle défend l'identité afropéenne à l'heure de la mondialisation, qui pourrait régénérer la culture française par le biais de la littérature francophone. Toujours selon Daniel S. Larangé, l'écriture-jazzy est fondée sur une culture populaire et musicale, intégrant les rythmes impromptus et les rhapsodies propres au jazz.

En novembre 2013, Léonora Miano remporte le Prix Femina pour La Saison de l'ombre qui raconte, dans la lignée du Devoir de violence de Yambo Ouologuem, le début de la traite des Noirs. Le roman, riche en émotions, serait une parabole de la mondialisation qui conduit à exploiter l'humanité comme un produit de consommation.

Léonora Miano, une France-camerounaise, une auteure qui dérange ()()()

 

 

Prix et distinctionsModifier

Léonora Miano, une France-camerounaise, une auteure qui dérange ()()()

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