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Publié par La pintade rose

Fadwa Suleiman ou Fadwa Soliman, une actrice syrienne alaouite, militante et poète, née le 17 mai 1970 à Alep, est morte le 17 août 2017 d'un cancer à Paris.

- Suleiman s'installe à  Damas  pour suivre une carrière d'actrice. Elle joue dans plusieurs pièces de théâtre comme  La Voix de Marie  et  Media , et dans une douzaine de séries télévisées, comme  Les Mémoires de Abou Antar  et  Petites Dames . Elle joue aussi le rôle d'un professeur d'art dans un orphelinat dans  Petits cœurs , une série télévisée diffusée sur plusieurs chaînes arabes. Elle a aussi joué dans une adaptation arabe de la pièce de théâtre  Une maison de poupée  d' Henrik Ibsen  au théâtre Qabbani à Damas.

Dès le début de la  révolte syrienne , le 15 mars 2011, et malgré le risque d'arrestation, Suleiman est une des rares actrices qui protestent contre le gouvernement d'Assad. Sa participation aux manifestations est aussi pour elle une façon de contredire l'idée reçue que toute la communauté alaouite, qui représente 10% de la population, soutient le gouvernement d'Assad. Suleiman s'oppose également à la version du gouvernement qui affirme que les manifestants sont des islamistes ou des terroristes armés. Avec le joueur de football  Abdel Basset Sarout , elle participe aux manifestations demandant le départ d'Assad.

Suleiman, dans ses discours, demandes de manifestations pacifiques continuent à travers le pays jusqu'à la chute d'Assad. «Les violences sectaires dans Homs auraient été pires si Fadwa Suleiman ni passées là» affirme Peter Harling, un expert sur la Syrie du  think tank  International Crisis Group . Dans un message vidéo de novembre 2011, Suleiman affirme que les forces de sécurité sont à la recherche dans les quartiers de Homs et que les personnes sont battues pour les forcer à avouer où elle se cache. Par la suite, Suleiman coupe ses cheveux très court comme un garçon et se déplace de maison en maison pour échapper à ses poussoirs.

Depuis sa fuite avec son mari via le  Liban , en 2012, elle résidait à  Paris .

Syrienne de confession pacifiste

Les images de cette comédienne haranguant la foule de Homs ont fait le tour du monde. Menacée de mort par le régime de Bachar Al-Assad, elle vit désormais à Paris. Un exil douloureux pour cette militante qui dénonce l'instrumentalisation, par le régime, des antagonismes religieux.

Ce portrait, initialement diffusé en avril 2012, a été republié le 17 août 2017, jour de le mort de Fadwa Suleimane]

Pendant tous ces mois, elle n'a pas pleuré. Pas une larme, pas le temps, ni la force. Il fallait enterrer les morts, protéger les vivants, en finir avec le régime, terminer cette révolution. Mais après avoir passé, à pied et clandestinement, la frontière entre la Syrie et la Jordanie, dans la nuit de mardi 20 au mercredi 21 mars, Fadwa Suleiman s'est retournée un instant, elle a cligné des yeux dans l'obscurité pour deviner la ligne invisible qui la séparait de tant de joies et de souffrances. Et elle a pleuré longuement et en silence. Un peu plus tard, elle s'est remise à pleurer quand le garde frontière jordanien lui a demandé sa nationalité. Syrienne, sans papiers. Elle a dit son nom et il a fait : "Ah, c'est toi !"

 Une Syrienne de confession pacifiste

Comédienne de théâtre, actrice de cinéma et de feuilletons télévisés à succès, Fadwa Suleiman, 39 ans, est devenue l'égérie du soulèvement syrien. Les images de cette jeune femme aux cheveux coupés court, haranguant la foule à Homs, ont fait le tour des chaînes satellitaires arabes. Ses traits font penser à Renée Falconetti, la Jeanne d'Arc de Dreyer. Elle est devenue "l'alaouite-qui-dit-non-à-Assad", celle qui brise le mythe d'une communauté unie derrière son chef. Elle n'est pas la seule personnalité issue de cette branche dissidente du chiisme – à laquelle appartient le clan Assad – à militer, mais elle est la plus connue, la plus courageuse, la plus charismatique.

Au moment où le régime prétendait que Homs était sous la coupe de bandes armées salafistes, Fadwa Suleiman s'est rendue dans la ville assiégée, d'où elle n'a cessé de multiplier interviews et appels sur YouTube pour affirmer que non, il n'y avait ni salafistes ni bandes armées, que la violence était le seul fait du régime, de son armée et ses milices. Une claque. Les autorités syriennes n'ont eu de cesse de l'arrêter. Elle a frôlé la mort à d'innombrables reprises.

PLONGÉE DANS LA NUIT SYRIENNE

Quelques mois et péripéties plus tard, la voilà aujourd'hui à Paris. Le printemps nimbe d'or la ville et ses passants, mais elle reste plongée dans sa nuit. La nuit syrienne. Lèvres blêmes, visage de pierre, taille de brindille. La cigarette tremble au bout de ses doigts, de colère et de froid. "Je suis partie de mon pays contre mon gré. Jamais, jamais je ne serai une réfugiée", assure-t-elle d'une voix soudain forte. Ses yeux se brouillent de larmes puis redeviennent secs et noirs. Elle est partie avant la fin, sa place n'est pas ici, elle le sait.

A peine descendue de l'avion, samedi 24 mars, Fadwa Suleiman s'est rendue place du Châtelet, pour la traditionnelle manifestation du samedi après-midi. Mais cette gigue hebdomadaire ne suffit pas à la maintenir en vie. Elle dépérit tandis que toute la fatigue accumulée descend de sa nuque, emprisonne ses épaules. Avec son mari Omar, elle occupe une petite chambre de bonne prêtée par des amis. Ils ne se lâchent pas des yeux, de la main, des yeux. Lorsque l'un se lève acheter des cigarettes, l'autre est comme orphelin.

Ils se sont rencontrés en septembre, lors d'une réunion de l'opposition. Elle a 39 ans, elle est célèbre, il en a 25 et débute dans le journalisme après avoir été renvoyé de l'université de Homs pour son esprit trop libre. Mariés "sous les balles", ils sont ensemble depuis six mois mais ont déjà traversé plusieurs vies ensemble : trois mois et demi de siège à Homs, puis deux de clandestinité dans la banlieue de Damas, la fuite incognito par Deraa, puis la frontière jordanienne de nuit, à portée de tir et de voix des snipers, les trois jours d'interrogatoires narquois par les services de renseignement jordaniens et enfin le sauf-conduit délivré par l'ambassade de France.

Fadwa Suleiman est "entrée en révolution" le 21 mars 2011, six jours après un appel lancé sur Facebook par des militants démocrates à manifester dans toute la Syrie. A Damas, le rassemblement du 15 mars avait été rapidement dispersé ; le lendemain, 200 personnes se faisaient matraquer devant le ministère de l'intérieur. "J'étais sur les nerfs, chez moi, à la maison. Je me disais : le peuple syrien va-t-il rester comme ça, sans bouger, alors que partout autour de nous le monde arabe se soulève ?" Mais de Deraa, dans le sud du pays, proviennent les échos d'une répression féroce, sauvage. Des gosses ont osé taguer les murs de leur école de slogans antirégime ; ils sont arrêtés, torturés ; leurs parents se font éconduire. Bientôt, c'est toute la ville qui se soulève.


Fadwa Suleiman. WILLIAM DANIELS/PANOS PICTURE POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
"Je n'étais pas dans les réseaux militants, je ne savais même pas comment être informée des appels à manifester", raconte-t-elle. C'est un ami qui la met en contact, le 21 mars, avec de jeunes insurgés damascènes. Elle commence à assister à des réunions, préparer des sit-in, rédiger des banderoles. Le 2 mai, elle participe à sa première manifestation, place Al-Arnous, dans le centre de Damas : "C'était un rassemblement silencieux de femmes devant la grande statue de Hafez Al-Assad [le père de l'actuel président]. Nous appelions à la non-violence, à l'arrêt des tueries et à la levée du siège de Deraa. La police a été prise de court." Par la suite, les autorités ont toujours veillé à occuper les places publiques, afin de ne pas laisser des rassemblements se former.

Peu à peu, Fadwa se laisse aspirer par la révolution. Elle dort de moins en moins souvent chez elle, met son fils de 9 ans à l'abri, chez son premier mari, qu'elle tient à l'écart de ses activités. "Je ne voulais pas que le régime dispose de ce moyen de pression sur moi." De toutes les révolutions arabes, la syrienne est la seule où les femmes jouent un rôle aussi important, presque prépondérant : de Razan Zeitouneh et Suhair Atas, chevilles ouvrières des comités de coordination locaux de la révolution, à Bassma Kodmani, porte-parole du Conseil national syrien, en passant par Samar Yazbek, romancière et alaouite, comme Fadwa.

LES "OLIVIERS DE LA CÔTE"

Tout en refusant d'être cataloguée alaouite, Fadwa Suleiman sait qu'elle a un message particulier à faire passer. Dès le 17 juillet, elle se rend à Qaboun, dans la banlieue de Damas, pour une cérémonie symbolique : "Le régime commençait à jouer sur la fibre confessionnelle. Je suis donc venue avec des opposants de toutes les confessions pour planter des oliviers de la côte, symbole de paix et de fraternité." Les "oliviers de la côte" : l'expression fait référence à la côte méditerranéenne, à majorité alaouite. Le lendemain, elle répète le même cérémonial à Barzeh, une autre banlieue de Damas. A chaque funérailles d'un "martyr", elle vient dire une prière oecuménique et implore les sunnites de ne pas se couper des autres communautés en choisissant des références trop explicitement confessionnelles.

Elle aimerait ne pas être alaouite, non pas par honte mais parce que cela n'a pas de sens pour elle. "Je ne suis rien, rit-elle, soudain férocement joyeuse. Voilà, écrivez ça : je ne suis rien. Avant la révolution, je vivais dans un autre monde, j'étais en pleine quête intérieure. Je suis un être humain, qui vit hors de tout préjugé et qui va vers l'inconnu. J'appartiens à l'humanité. Mon premier et mon second mari sont sunnites. Je n'appartiens à aucune religion. Ces classifications sont périmées. Quand la révolution a éclaté, j'ai réalisé que j'étais syrienne et que mon rôle était de guider les gens pour ne pas les laisser être entraînés vers la mort." La révolution qu'elle appelle de ses voeux se passe autant à l'intérieur de tout un chacun que dans la rue.

SERMENT DE PACIFISME"

Pendant le ramadan, en août, des militants de Deraa, soucieux de voir des manifestants s'armer, l'appellent à la rescousse. Pour la première fois, elle découvre cette ville pauvre, d'où tout est parti : "Avant la révolution, Deraa, pour moi, c'était un trou paumé, un repaire de baassistes et de moukhabarat [les membres des services de renseignement]." Accueillie en triomphe, elle fait prononcer un "serment de pacifisme" à trois villages. Mais l'appel du sang et de la vengeance est le plus fort. La révolte vire à la guerre civile.

Fadwa Suleiman a décidé de rejoindre Homs tout début octobre, au lendemain de la constitution, à Istanbul, du Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposition. Là où les manifestants se sont félicités d'être enfin représentés sur la scène internationale, elle a vécu cet épisode comme une catastrophe : "La nuit même, j'ai écrit un texte pour expliquer pourquoi ces gens-là allaient foutre en l'air la révolution syrienne." Elle le récite, les yeux mi-clos : "Nous, peuple syrien, déclarons avoir écarté Bachar Al-Assad de toutes ses fonctions militaires et civiles. Nous déclarons qu'aucun conseil, organisme ou comité ne nous représente. Et que nous allons élire notre conseil national provisoire par une élection transparente dans laquelle tous les opposants intérieurs et extérieurs se présenteront devant le peuple syrien afin qu'il choisisse ceux qui le conduiront vers un Etat laïque et démocratique."

Pour elle, le CNS, désigné depuis l'extérieur, ne peut que trahir les idéaux de la révolution et diviser les Syriens. Elle reprend, sur un ton solennel : "Le traître ne peut pas renverser le traître, le voleur ne peut pas renverser le voleur, le sanguinaire ne peut pas renverser le sanguinaire." La charge est sévère, injuste même. Mais Fadwa Suleiman ne veut pas d'un simple changement de régime. Ce pour quoi elle milite, c'est une révolution totale, celle des coeurs : "En France, il règne la démocratie et la liberté. Mais depuis que je suis ici, je vois les yeux des gens. Il n'y a pas de vie, pas de paix. Aujourd'hui, le peuple syrien est en train de montrer le chemin au monde entier. C'est une révolution mondiale qu'il faut contre ceux qui nous manipulent pour satisfaire leurs intérêts. Les peuples doivent descendre dans la rue, occuper les places, retrouver la fraternité et reprendre leurs destins entre leurs mains." On est plus proche de Stéphane Hessel que de Che Guevara...


Fadwa Suleiman, place du Châtelet à Paris. WILLIAM DANIELS/PANOS PICTURE POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
"Pour elle, il suffit de continuer à chanter, chanter et chanter, jusqu'à ce que le régime tombe,

A un moment, il faut faire de la politique et en passer par des représentants et la lutte armée ou une intervention extérieure."

"criminel de guerre"

Ce débat, elle l'a eu à Homs d'octobre à décembre avec les hommes de l'Armée syrienne libre (ASL), la principale force armée opposée au régime. Il faut imaginer ses interminables discussions avec le lieutenant Abdelrazak Tlass, chef autoproclamé de la brigade Al-Farouk, dans le froid, sous les balles des snipers et les obus de l'armée. Pendant les premières semaines, c'est Fadwa qui a le dessus. "Quand je me suis installée à Homs, début octobre, tout le monde était déjà armé et le discours ambiant allait dans le sens du régime, vers la "confessionnalisation" et la violence." Elle se rend à Tartous, non loin de Safita, sa ville natale, pour rameuter les alaouites et les inviter à venir manifester à Homs, présentée par le régime comme la capitale de l'extrémisme sunnite : "Je leur ai expliqué que le régime les utilise pour se défendre mais qu'à la fin, ce sont eux qui mourraient. J'ai dit aux sunnites : vous vous battez pour qu'un petit groupe de quatre ou cinq personnes prenne le pouvoir."

En octobre, elle organise ce qu'elle appelle le "pèlerinage de Homs". Déchaînée sur une scène improvisée, elle invoque la Vierge Marie, fait chanter aux sunnites : "Ô alaouite, ne t'inquiète pas, mon sang est le tien". Et aux alaouites : "Ô sunnite, ne t'inquiète pas, mon sang est le tien".Mais la loi des armes reprend vite ses droits. "Je sais que je leur demandais quelque chose de trop difficile. Tous les jours, les habitants de Homs subissaient une sauvagerie incroyable. J'avais beau les prévenir qu'en se lançant dans la lutte armée, ils faisaient ce que le régime attendait d'eux. D'ailleurs, il était plus facile de se procurer une Kalachnikov que des médicaments. C'est bien la preuve que le pouvoir désirait cette confrontation." A la fin de son séjour à Homs, Fadwa a mis en garde les combattants : "Vous allez voir, vous regretterez de vous être engagés dans cette voie, mais il sera trop tard." A aucun moment, elle ne s'est sentie en danger au milieu de ces hommes en armes. Mais elle a commencé à devenir la cible d'accusations de trahison, distillées par le régime sur Facebook. Profitant d'un instant d'absence, Omar glisse :

Pour elle, le CNS, désigné depuis l'extérieur, ne peut que trahir les idéaux de la révolution et diviser les Syriens. Elle reprend, sur un ton solennel : "Le traître ne peut pas renverser le traître, le voleur ne peut pas renverser le voleur, le sanguinaire ne peut pas renverser le sanguinaire." La charge est sévère, injuste même. Mais Fadwa Suleiman ne veut pas d'un simple changement de régime. Ce pour quoi elle milite, c'est une révolution totale, celle des coeurs : "En France, il règne la démocratie et la liberté. Mais depuis que je suis ici, je vois les yeux des gens. Il n'y a pas de vie, pas de paix. Aujourd'hui, le peuple syrien est en train de montrer le chemin au monde entier. C'est une révolution mondiale qu'il faut contre ceux qui nous manipulent pour satisfaire leurs intérêts. Les peuples doivent descendre dans la rue, occuper les places, retrouver la fraternité et reprendre leurs destins entre leurs mains." On est plus proche de Stéphane Hessel que de Che Guevara.

Menacée de mort par le régime de Bachar al-Assad, elle vivait en France depuis 2012 où elle bénéficiait du statut de réfugiée politique, mais, comme elle l'assurait au Magazine du Monde la même année, jamais elle n'avait abandonné son pays, "je suis partie de mon pays contre mon gré. Jamais, jamais je ne serai une réfugiée".

Actrice de cinéma et poète, la militante syrienne décédée à l'âge de 47 ans était rapidement devenue un visage de la révolutionsyrienne. En effet, les images de cette femme aux cheveux courts qui menait des foules entières de manifestants syriens à Homs, dans l'ouest de la Syrie, avaient fait le tour du monde.

La comédienne souhaitait "réveiller les consciences" et luttait contre "les dirigeants du monde entier qui ont oublié les valeurs humaines et font passer l'intérêt de leur Etat avant la vie du peuple syrien",  confiait-t-elle à Libération en 2011. Et malgré son incapacité à continuer la révolution suite à son exil, la militante alaouite (la communauté du président syrien) avait toujours un profond espoir quant à la reconstruction de son pays, "même s'ils effacent tout, on ne doit pas les laisser effacer notre rêve. S'il ne reste qu'un seul Syrien, je suis sûre qu'il va construire la Syrie que l'on aime. La Syrie ce n'est pas un pays, une géographie, c'est une idée! Nous apportons notre révolution. La révolution blanche, de l'esprit et de l'âme. Cela va traverser les lieux, le temps", avait-elle déclaré à Midi Libre en juin 2016.

Auteur : La rédaction de FranceSoir.fr

 Une Syrienne de confession pacifiste
Réfugiée politique en France, la poétesse syrienne Fadwa Souleimane écrit pour continuer à agir pour son pays. Elle est en résidence à La Charité sur Loire. Elle a le tutoiement facile, car « en arabe, c'est une marque de respect ». Sa voix, forte, montre sa détermination. La comédienne, poétesse et dramaturge syrienne Fadwa Souleimane, réfugiée politique en France, travaille, à La Cité du Mot, à la composition d'un recueil de poèmes, en vers et prose, rédigé notamment à partir de sa vie récente : les débuts de la guerre, la résistance en Syrie, puis l'exil en France.

Parlez nous de votre travail d'écriture, à La Charit酠Mon livre s'appellera Résurrection, mais pas dans un sens religieux. Ce mot prend une autre signification en arabe. J'ai mélangé des souvenirs récents avec mon enfance pour décrire le chemin que j'ai suivi, montrer qu'il y a un lien. Je suis née dans une famille communiste, mais je ne suis jamais entrée dans un parti politique. Au premier jour d'école, j'avais 6 ans, le directeur nous a frappés. Quand je l'ai vu hurler sur les enfants, je me suis dit, "ce n'est pas l'école que j'ai rêvée, ce n'est pas possible". J'ai perdu mon rêve et ma dignité. On m'a demandé ce que je voulais devenir, j'ai répondu "faire de la résistance" et on m'a frappée. J'ai commencé mon enfance comme une révolutionnaire. Je n'acceptais pas les histoires de partis politiques. J'ai rêvé de la révolution, j'ai rêvé d'y jouer un rôle. 

Vous prônez la non-violence. C'est-à-dire ? Oui, la révolution par l'esprit. Par la pensée, par l'échange avec les gens.

« Notre rire »

Vous avez quitté la Syrie en 2012. Qu'est-ce qui vous manque le plus ? La révolution. Un style de vie, une façon de penser. Notre rire, que le monde a essayé de détruire. Notre révolution, qu'ils ont essayé de transformer en une guerre mondiale. La famille. Toute la Syrie, c'est ma vie ( sa voix se brise). 

 

Pour beaucoup de Français, la situation en Syrie paraît chaotique. Que pensez-vous de la tournure des événements ? Aujourd'hui, ils font la guerre comme ils veulent pour que notre peuple n'arrive pas à avoir sa liberté, des droits. Ce qu'on veut, c'est que tout le peuple participe au développement. Un système sans pyramide et sans tête. Les interventions internationales soutiennent Bachar, donnent des armes à Bachar et à Daech. Ils tuent les civils, et c'est tout. On a trouvé et tué Kadhafi. Saddam Hussein. Ben Laden. Si on ne trouve pas Bachar avec toutes ces hautes technologies, c'est qu'il y a des mensonges. Cette guerre, c'est la guerre des chefs de mafias. Ils veulent casser la volonté du peuple syrien qui défend son projet, qui ne veut ni de Bachar, ni de Daech. 

« Ils ont tué la révolution partout »

La situation à Alep, dont vous êtes originaire, est tragique. Vous y avez gardé des contacts ? Oui… La situation est la même à Homs et dans d'autres villes. Ils ont tué la révolution partout ! C'est catastrophique. Les bombardements frappent les hôpitaux, les écoles. Il n'y a plus ni médicaments, ni nourriture…

Vous intervenez régulièrement dans des établissements scolaires. Quels messages transmettez-vous aux jeunes ? Je leur dis qu'il existe une mentalité universelle. Qu'il n'y a pas de nationalité. Les frontières sont des murs qu'on met entre nous, humains. Que notre pensée, c'est la même.

Pourquoi avoir choisi la France ? J'avais l'idée de faire quelque chose ici, dans le pays des droits de l'Homme, de la liberté. J'ai trouvé ici beaucoup de bonnes choses, j'ai rencontré le peuple français, magnifique, mais aussi une crise économique, un système devenu très dur. Je n'ai pas trouvé la France de Rimbaud, de Camus. Mais c'est ici que j'ai commencé à écrire.

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