C’est un revival que personne n’a vu venir. A la faveur d’une BD postée sur le Net au printemps, la notion des années 80 a refait surface et a contaminé les conversations. En quelques jours, tout est devenu «charge mentale», cette élasticité cérébrale, bien connue des femmes, qui permet de penser et gérer dix mille choses à la fois, au bureau comme à la maison. Une disposition typiquement féminine ? C’est bien ça le hic. Dans son strip numérique Fallait demander publié mi-mai, la dessinatrice Emma aborde l’inextricable inégalité des femmes et des hommes face aux tâches ménagères et éducatives (1)«La charge mentale, explique-t-elle, c’est le fait de toujours devoir y penser.» A quoi ? A tout pardi ! «Ajouter les cotons-tiges à la liste de courses, penser au délai pour commander le panier de légumes, ne pas oublier le retard pour les étrennes du gardien ou que le petit n’a plus de pantalon à sa taille.»

La charge mentale repose quasi exclusivement sur les femmes, travail permanent, épuisant, invisible, précise la dessinatrice de 36 ans, par ailleurs ingénieure informatique. A peine publiée, la BD a été partagée plus de 200 000 fois. Pourquoi un tel hit ? L’expression est si raccord avec la vie travaillée, numérisée et privée de 2017 qu’elle semble avoir été conçue pour notre époque, juste là, maintenant. En fait, elle remonte à plus de trente ans.