Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le blog de la Pintade Rose Rainbow

Le blog de la Pintade Rose Rainbow

Coups de cœur, coups de bec d'une habitante de Sant Nazer (44600)


Françoise d'Eaubonne, feministe libertaire oubliée [][]

Publié par La pintade rose sur 10 Janvier 2018, 19:59pm

Catégories : #Femmes Femmes...

Ecrivaine et pionnière du mouvement féministe des années 1970, Françoise d'Eaubonne est morte, mercredi 3 août, à Paris. Elle était âgée de 85 ans.

Tour à tour journaliste, enseignante, romancière, elle obtient le Prix des lecteurs en 1947 pour son premier roman, Comme un vol de gerfauts, édité cette année-là par Denoël. Suivront Les Tricheurs, en 1960, Y a-t-il encore des hommes, en 1965.

Elle inaugure, en 1944, avec Le Coeur de Watteau, une longue série de biographies. Elle en publiera dix, dont une Vie de Mme de StaëlLa Couronne de sable, consacrée à l'aventurière Isabelle Eberhardt, et celles des poètes Arthur Rimbaud et Paul Verlaine.

Essayiste de renom, Françoise d'Eaubonne n'a jamais dissocié son travail d'écrivain, exceptionnellement prolifique, et sa vie militante, inaugurée à l'orée de la seconde guerre mondiale, quand elle s'engage dans la Résistance dans le sud-ouest de la France.

Née le 12 mars 1920 à Toulouse, cette figure iconoclaste de l'intelligentsia française est le troisième enfant d'un anarchiste chrétien, le comte Etienne d'Eaubonne, originaire de Bretagne, et d'une fille de chef carliste, Rosita Martinez Franco. Françoise d'Eaubonne décrit, avec une crudité peu habituelle pour l'époque, sa vie d'adolescente sous l'Occupation, dans Chienne de jeunesse (Julliard, 1966).

Après un court passage dans les rangs du Parti communiste, à la Libération, elle milite ardemment contre la guerre d'Algérie ­ - et figure, à ce titre, parmi les signataires du Manifeste des 121, paru en septembre 1960, qui proclamait le droit à l'insoumission pour les conscrits.

La lecture du livre de Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, publié en 1949, la bouleverse et la révèle au combat féministe. Cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF), dans le courant des années 1960, elle lance, en 1972, avec l'écrivain et journaliste Guy Hocquenghem, le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR).

Dans les années 1970, elle publie ses essais les plus remarqués, parmi lesquels Les femmes avant le patriarcat (Payot, 1976) et Le féminisme ou la mort (Pierre Horay, 1974). Dans cet essai, largement commenté par la critique, elle "clame vigoureusement la vitale nécessité de l'utopie", écrit Dominique Desanti (Le Monde daté 5-6 mai 1974).

AMIE DE MICHEL FOUCAULT

Mère de deux enfants, Françoise d'Eaubonne annonce, en 1976, dans les colonnes du quotidien Libération, son mariage, à cinquante-six ans, avec "le détenu Pierre Sanna, matricule 645 513, à Fresnes, condamné à vingt ans de prison pour un meurtre qu'il n'a pas commis".

Amie de Michel Foucault, on la retrouve, l'année suivante, à la tribune de la Mutualité, aux côtés du comédien Guy Bedos et du chanteur Yvon Dautin, pour demanderl'abolition de la peine de mort.

Provocante, courageuse et souvent véhémente, Françoise d'Eaubonne crée, en 1978, le mouvement Ecologie-Féminisme ­ - qui aura peu d'écho en France. Il aura plus de succès en Australie et aux Etats-Unis, où une chaire a été créée sur cette question. Françoise d'Eaubonne y sera fréquemment invitée, pour y tenir des conférences.

Faite chevalière des arts et lettres, Françoise d'Eaubonne sera incinérée, mardi 9 août, à 9 h 45, au crématorium du Père Lachaise, à Paris.

 

Troisième enfant du comte Étienne d'Eaubonne, un anarchiste chrétien originaire de Bretagne, co-fondateur du Parti fasciste révolutionnaire et membre du Sillon, et de Rosita Martinez Franco, une fille de révolutionnaire espagnol carliste[1],[2], son enfance toulousaine est marquée par le déclin physique de son père dû aux effets des gaz dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Elle a seize ans quand éclate la guerre d'Espagne, dix-neuf ans quand elle voit arriver les républicains en exil. De 20 à 25 ans, elle subit les privations propres à l'époque et rencontre à la Libération, dans une grande gare parisienne, les rescapés juifs de retour des camps. Elle résumera plus tard son sentiment sur cette période de sa vie sous le titre évocateur de Chienne de jeunesse.

Cette enfance plaquée sur une personnalité hypersensible la conduit à porter sur le monde un regard critique qui façonnera la militante radicale et féministe. Un temps membre du Parti communiste français, elle milite activement contre la guerre d'Algérie et en septembre 1960, signe le Manifeste des 121.

Cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF) dans les années 1960, signataire du Manifeste des 343 pour le droit à l'avortement[3], elle lance le FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire) avec l'écrivain et journaliste Guy Hocquenghem et Anne-Marie Grélois en 1971[1],[2]. Au sein du MLF, elle anime également le groupe « Écologie et féminisme »[4]. À l'origine du mot « phallocrate », du terme écoféminisme en 1974, elle fonde l'association Écologie-Féminisme en 1978. Cette vie littéraire et militante se croise avec celles de ColetteJean CocteauSimone de Beauvoir dont elle fut une amie très proche, et de Jean-Paul Sartre.

Elle est mère de deux enfants, Indiana et Vincent. Elle meurt à Paris le  et est incinérée au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.


Modifier

    Françoise  d'Eaubonne, feministe libertaire oubliée  [][]

    Des travaux récents ont souligné la disparition des romancières des histoires littéraires au XIXe siècle. Or, à s’intéresser au parcours d’une écrivaine extrêmement prolifique du XXe siècle : Françoise d’Eaubonne, on est en droit de s’interroger sur les persistances qui conduisent les femmes aux « oubliettes » de l’histoire. Le nom de Françoise d’Eaubonne est bien connu des milieux homosexuels car elle fut co-fondatrice avec Guy Hocquenghem du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) en 1971. Pourtant, hors de ce cercle, son nom n’a pas ou peu de résonnance. Dès lors, nous nous sommes interrogée sur le parcours hors du commun de cette femme, résistante, militante et auteure productive. Née en 1920, dans une famille d’origine bourgeoise mais désargentée, Françoise d’Eaubonne subit le déclassement social aggravé par la crise économique des années 1930. Elle a une vingtaine d’années pendant la Seconde Guerre mondiale, et c’est à cette époque qu’elle fait son entrée en politique et en littérature. Après la guerre, Françoise d’Eaubonne parvient à se sortir d’une période difficile grâce au prix des lecteurs qu’elle reçoit en 1947 pour son roman historique Comme un vol de gerfauts. Françoise d’Eaubonne prit très tôt conscience de la difficulté que représentait le fait d’être une femme pour réussir. Lorsque parait Le Deuxième Sexe, Françoise d’Eaubonne est fascinée et décide de rencontrer Simone de Beauvoir. Toutes deux deviennent amies. La véhémence des attaques conduites contre l’œuvre de Beauvoir amène Françoise d’Eaubonne à répliquer en publiant Le Complexe de Diane, qui se situe dans la lignée du Deuxième sexe. Cependant, plus proche des communistes que des existentialistes, Françoise d’Eaubonne s’engage au Parti Communiste Français comme beaucoup d’intellectuel.le.s de son époque. Elle le quitte pourtant en 1956 à cause de l’attitude de ce dernier lors de la guerre d’Algérie. L’échec de sa militance et la durée du conflit ont pour conséquence un certain désengagement chez nombre d’intellectuels et Françoise d’Eaubonne fut de ceux-là. Elle continue néanmoins à vivre de sa passion en publiant des œuvres variées : romans, essais, recueil de poésies, biographies et mémoires. Le réveil militant de Françoise d’Eaubonne coïncide avec le mouvement de mai 1968. Elle se jette alors à « corps perdu » dans la révolte. Puis, dans les années 1970, cette intellectuelle s’intéresse principalement au sort des femmes et des homosexuel.e.s dans la société. Plus les années passent, plus la pensée de Françoise d’Eaubonne se radicalise. Elle défend alors ce qu’elle nomme « contre violence » et soutient de manière active les groupuscules révolutionnaires qui terrorisent les démocraties européennes : « La contre-violence, nom véritable de ce qu’on appelle aujourd’hui terrorisme, semble très indiquée comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même (…). Voilà qui remplacerait de façon jouissive les grèves de la faim, les barricades et toute manifestation ». Par la suite et jusqu’à sa mort, Françoise d’Eaubonne continue à militer et prend conscience du problème écologique en fondant un groupe : « écologie et féminisme » dont les théories résonnent davantage à l’étranger qu’en France. Ces idées sont également à l’origine des mouvements comme celui de la Décroissance. Les sources concernant Françoise d’Eaubonne sont conséquentes, outre sa propre bibliographie qui comporte plus d’une soixantaine d’œuvres publiées, Françoise d’Eaubonne a rassemblé à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine des dizaines de manuscrits d’œuvres inédites, ses journaux intimes et sa correspondance. Ces sources permettent non seulement de retracer son propre parcours mais aussi celui des intellectuels du XXe siècle. Françoise d’Eaubonne s’est investie dans pléthore de luttes. Cette diversité nuit peut-être à la compréhension du personnage et certains autres facteurs expliquent la disparition de Françoise d’Eaubonne de la mémoire collective. D’une part, elle fut vraisemblablement dans l’ombre de ses brillantes aînées (Simone de Beauvoir et Violette Leduc). D’autre part, ses velléités terroristes et extrémistes l’ont sûrement isolée du débat démocratique et universitaire. Sans parler de malédiction, comme nous l’avons osé dans le titre de ce mémoire – en référence aux poètes maudits Rimbaud et Verlaine auxquels Françoise d’Eaubonne a consacré trois ouvrages – nous avons expliqué les raisons justifiées et injustifiées qui situent Françoise d’Eaubonne en marge de la vie littéraire et politique française.

     

    Prix et distinctionsModifier

     

     

    BibliographieModifier

    Liste non exhaustive.

    « Pas un jour sans une ligne » : c'est sous la férule de ce mot d'ordre que l'auteur a produit plus de 50 ouvrages, de Colonnes de l'âme(poèmes, 1942) à L'Évangile de Véronique (essai, 2003) en passant par quelques romans de science-fiction (L'Échiquier du tempsRêve de feuLe Sous-marin de l'espaceLes Sept Fils de l'étoile…). Parmi ses ouvrages, on peut distinguer :

    RomansModifier

    Romans pour la jeunesseModifier

    • 1961 : Les Fiancés du Puits-DoréHachette, coll. « Bibliothèque verte »
    • 1962 : L'Amazone bleue, Hachette, coll. « Bibliothèque verte »
    • 1958 : Chevrette et Virginie, Hachette, coll. « Bibliothèque verte »
    • 1959 : Le Sous-marin de l'espaceGautier-Languereau, coll. « Nouvelle Bibliothèque de Suzette »

     

    BiographiesModifier

    EssaisModifier

    • Le Complexe de Diane, érotisme ou féminisme1951
    • Y a-t-il encore des hommes?1964
    • Eros minoritaire1970
    • Le Féminisme ou la mort1974
    • Les Femmes avant le patriarcat1976(ISBN 978-2228-1165-03)
    • Contre violence ou résistance à l'état1978
    • Histoire de l'art et lutte des sexes1978
    • Écologie, féminisme : révolution ou mutation ?1978
    • S comme Sectes1982
    • La Femme russe1988
    • Féminin et philosophie : une allergie historique1997
    • La Liseuse et la Lyre, 1997
    • Le Sexocide des sorcières1999

    PoèmesModifier

    • 1942 : Colonnes de l'âme
    • 1951 : Démons et merveilles
    • 1981 : Ni lieu, ni mètre

    Autres écritsModifier

    Pamphlets (20 ans de mensonges, contre Longo Maï), traductions (poèmes d'Emily Brontë), édition critique des lettres de Flaubert, nombreuses préfaces, etc.

    Elle aura laissé avant de mourir un impressionnant volume de souvenirs, sous le titre Mémoires irréductibles, qui regroupe : Putain de jeunesse (antérieurement publié sous le titre plus correct que son éditeur avait voulu, Chienne de jeunesse), Les Monstres de l'étéL'Indicateur du réseau et Les Feux du crépuscule, ce dernier inédit jusque-là.

    Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

    Commenter cet article

    Archives

    Nous sommes sociaux !

    Articles récents