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Le blog de la Pintade Rose Rainbow

Le blog de la Pintade Rose Rainbow

Coups de cœur, coups de bec d'une habitante de Sant Nazer (44600)


Clara Zetkin ou la Journée Internationale des Femmes ()()

Publié par La pintade rose sur 7 Mars 2018, 09:09am

Catégories : #Femmes Femmes...

Oui, Clara Zetkin, cette enseignante, journaliste et femme politique allemande, qui est la réelle instigatrice de la Journée internationale des femmes.

Je suis heureuse de mieux la connaître. Voici son portrait ci-dessous :

Clara Zetkin née Clara Eissner le  à Wiederau, en Saxe et morte à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le  est une enseignantejournaliste et femme politique marxisteallemande, figure historique du féminisme, plus précisément du féminisme socialiste.

Après avoir été membre jusqu'en 1917 de l'aile gauche du SPD, elle rejoint l'USPD (pacifistes) pour se retrouver dans le courant révolutionnaire que constitue la Ligue spartakiste. Ce courant donne naissance pendant la révolution allemande au Parti communiste d'Allemagne (KPD), dont Clara Zetkin est députée au Reichstag durant la République de Weimar, de 1920 à 1933.

Clara Eissner naît fille d'un instituteur, Gottfried Eissner, et de la féministe Joséphine Vitale. Sa famille s'installe à Leipzig en , à la retraite de Gottfried, et Clara rentre à l'institut Von Streyber pour l'éducation des femmes, ce qui lui donne accès à l'une des plus hautes éducations qu'une jeune femme pouvait obtenir à l'époque, l'accès aux universités étant encore impossible aux femmes à l'époque. Elle eut notamment comme enseignante l'éducatrice et féministe Auguste Schmidt. Elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions de l'Allgemeinen Deutschen Frauenverein (Association générale des femmes allemandes). Une camarade de classe, une jeune russe nommée Varvara, l'introduit auprès de la communauté narodnik de Leipzig, où elle rencontrera son compagnon Ossip Zetkin, révolutionnaire russe en exil. Elle découvre les idées du socialisme révolutionnaire et, par son frère Arthur, les publications de la social-démocratie allemande.

Son père décède en , mais grâce à l'influence de sa mère dans les milieux féministes, en , l'institut la dispense de payer les droits d'inscription en dernière année qu'elle ne peut plus s'offrir. Elle obtient ainsi son diplôme de professeur en langues étrangères. Elle s'éloigne de sa famille et du féminisme "bourgeois" et adhère la même année au SAP, ancêtre du Parti social-démocrate d'Allemagne(SPD), interdit la même année par les premières lois antisocialistes du chancelier impérial Otto von Bismarck.

Période d'exilModifier

Clara Zetkin à 40 ans (1897)

Malgré les lois antisocialistes, Clara Zetkin (qui a pris le nom de son compagnon sans mariage), participe clandestinement à la diffusion du journal du SPDDer Sozialdemokrat. Ossip Zetkin est arrêté et expulsé d'Allemagne à l'été , elle-même est bientôt expulsée de Saxe, elle se réfugie à Zurich puis rejoint Ossip Zetkin à Paris en , où ils s'installent dans le 13eme.

Alors qu'Ossip devient le secrétaire du premier mouvement d'ouvriers immigrés à Paris, majoritairement composé de russes et de roumains, elle devient correspondante pour le journal du SPDDer Sozialdemokrat. Ils rencontrent Louise MichelJules GuesdeLaura Marx et son mari Paul Lafargue. En Suisse, elle influence l'Union suisse des ouvrières par son opposition au féminisme bourgeois, qui n'adhère pas à Alliance des sociétés féminines suisses.

Elle contracte la tuberculose et retournera quatre mois à Leipzig en  pour s'y soigner. Clara Zetkin a deux enfants avec son compagnon, Maxime et Constantin, mais celui-ci décède en .

Fondation de la Deuxième InternationaleModifier

En , l'année du décès d'Ossip Zetkin, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième internationale, dont elle participe à la préparation. Alors qu'il est attendu d'elle un rapport sur la situation des travailleuses en Allemagne, elle déclare devant ses camarades qu'elle ne l'effectuera point, la situation des travailleuses étant « identique à celle des travailleurs », mais qu'elle parlera plutôt du principe même du travail des femmes, et de la place qu'elles doivent prendre dans la lutte des classes.

En effet, les socialistes sont encore divisés sur la question du travail des femmes : sa massification est accusée de faire baisser les salaires, et certains socialistes ont encore une vision conservatrice de la place « naturelle » de la femme au foyer, comme le défendaient les partisans de Proudhon lors de la Première Internationale. Son discours à Paris plaide pour une émancipation de la femme en deux temps, le premier étant l'accès au travail.

« Libérée de sa dépendance économique vis-à-vis de l'homme, la femme [qui travaille] est passée sous la domination économique du capitaliste. D'esclave de son mari, elle est devenue l'esclave de son employeur. Elle n'avait fait que changer de maître. Elle a toutefois gagné au change : sur le plan économique, elle n'est plus un être inférieur subordonné à son mari, elle est son égale. »

Elle contrecarre les arguments contre le travail des femmes, dont elle attribue les conséquences néfastes au système capitaliste. Enfin, elle fustige le "féminisme bourgeois" (comme de tradition chez les marxistes de l'époque) dont elle considère que les priorités (accès aux études supérieures, droit de vote des femmes...) ne sont pas celles des travailleuses.

« Les pays dans lesquels existe le suffrage dit universel, libre et direct, nous montrent qu'en réalité il ne vaut pas grand-chose. Le droit de vote sans liberté économique n'est ni plus ni moins qu'un chèque sans provision. Si l'émancipation sociale dépendait des droits politiques, la question sociale n'existerait pas dans les pays où est institué le suffrage universel. L'émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s'émancipera du capital. »

Elle plaide enfin pour l'union des travailleurs et travailleuses au sein du mouvement socialiste.

« En marchant main dans la main avec le parti ouvrier socialiste, elles sont prêtes à partager toutes les peines et tous les sacrifices du combat, mais elles sont aussi fermement décidées à exiger après la victoire tous les droits qui leur reviennent. »

Clara Zetkin ou la Journée Internationale des Femmes  ()()

Clara Zetkin, Discours à la Première Conférence de l'Internationale Ouvrière.

Il s'agit de l'un de ses premiers discours publics, mais celui-ci aura un fort impact : ralliant à ses arguments les représentants présents, elle fait inscrire dans la nouvelle ligne politique de l'Internationale la revendication de l'égalité économique, juridique et politique des femmes, le droit d'accéder librement au travail, et la recommandation pour les socialistes de tous les pays à inviter les femmes dans la lutte des classes.

Retour en Allemagne et essor politiqueModifier

Copenhague, 1910, VIIIe Congrès de l'Internationale Socialiste, au centre Clara Zetkin avec Alexandra Kollontaï.

La même année (), de violentes grèves dans toute l'Allemagne obtinrent, en 1890, l'abolition des lois antisocialistes. En , Zetkin rentre en Allemagne et crée  le journal Die Gleichheit (l'Égalité), dont elle devient rédactrice-en-chef et qu'elle publiera jusqu'en . Le journal devient un outil d'éducation populaire des femmes ouvrières et d'information sur leurs conditions de travail. Son travail d'agitation participe à la structuration d'un important mouvement social-démocrate féminin.

L'adhésion à un parti politique étant interdite aux femmes par la loi prussienne, elle crée une structure parallèle au SPD, qui existe à moitié dans la clandestinité, à moitié en contournant la législation. Cette structure se dote d'une ligne politique claire, d'une responsable centrale (Ottilie Baader) salariée par le SPD, et sera rejointe par Rosa LuxemburgHélène StöckerLuise ZietzAnita AugspurgMinna CauerLily Braun, et bien d'autres. À chaque congrès du SPD, les femmes socialistes envoient des déléguées élues en assemblées non-mixtes. En , une première tentative d'organiser une conférence socialiste des femmes est empêchée par la police. À partir de , la "Conférence des femmes" réussit à se réunir avant chaque congrès du parti, et ses comptes-rendus sont joints aux procès-verbaux de celui-ci.

Malgré les succès, Clara Zetkin est critiquée en interne pour son autoritarisme, son zèle à régenter et sa rigidité doctrinaire, qui l'oppose à l'aile réformiste du parti qui plaide vers plus de modération (et à laquelle appartient sa rivale Lily Braun). Elle s'oppose également, revendiquant l'égalité de traitement entre hommes et femmes, à la revendication de mesures légales spécifiques pour les travailleuses, exceptées les femmes enceintes. De plus, son journal, Die Gleichheit est également critiqué, non pas pour sa qualité mais pour le niveau de langue trop soutenu et le niveau de conceptualisation théorique, mettant la plupart des ouvrières, pour Lily Braun, « hors d'état de le comprendre. »

L'historienne Nicole Gabriel situe la fin de l'« ère Zetkin » vers 1906, alors que s'assouplissent peu à peu les lois interdisant la politique aux femmes, permettant aux femmes d'adhérer officiellement au SPD. Il est alors question de rattacher la section féminine, jusque-là autonome, au parti, voire de la supprimer pour intégrer les femmes comme des travailleurs "comme les autres", ce auquel les femmes socialistes s'opposaient fermement.

Mais des questions de rapport de force entre réformistes et marxistes orthodoxes entrent en jeu : le mouvement des femmes de Clara Zetkin se situe de manière très majoritaire dans la ligne orthodoxe, et cette section autonome, au-delà des droits des femmes, est un atout de l'aile gauche du parti.

C'est dans ce climat qu'en  Clara Zetkin organise à Stuttgart, sa ville de résidence, la Première conférence internationale des femmes socialistes, évènement fondateur de l'Internationale socialiste des femmes, pendant féminin de la Deuxième Internationale Socialiste. Pour l'historienne Nicole Gabriel, "on ne peut douter de la sincère volonté internationaliste de Clara Zetkin", même si elle compte, du même coup, "renforcer sa place dans le parti, en tant que femme et représentante de l'aile gauche à qui elle offre une tribune".

L'Internationale Socialiste des FemmesModifier

La Première conférence internationale des femmes socialistes, accolée à un congrès de la Deuxième Internationale, est un succès en termes de fréquentation. Elle consacre également Clara Zetkin présidente de l'Internationale socialiste des femmes, élue à l'unanimité sans même avoir eu à présenter officiellement sa candidature. Son journal, Die Gleichheit, devient l'organe officiel de l'internationale des femmes, et le siège de l'organisation est fixé dans ses locaux. Elle sera réélue par acclamation à la conférence de Copenhague en .

L'objectif principal de l'Internationale des femmes socialistes est l'obtention du droit de vote pour toutes les femmes. En , lors de la Deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, elle propose, avec la russe Alexandra Kollontaï, la création de la « Journée internationale des femmes », une journée de manifestation annuelle afin de militer pour le droit de vote, l'égalité entre les sexes, et le socialisme. La première d'entre elle, à laquelle participe Clara Zetkin, est fixée le . Cette initiative constitue l'origine de la Journée internationale des droits des femmes, manifestation annuelle fixée de nos jours le 8 mars.

Divergences stratégiquesModifier

Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxemburg, en 1910.

Si la place de Clara Zetkin à la tête du mouvement international est incontestée, elle ne parvient pas à imposer aux différents mouvements nationaux une tactique commune. En effet, dans un certain nombre de pays, le suffrage est masculin et censitaire, donc réservé aux hommes de la bourgeoisie. Dans le but d'obtenir le droit de vote pour les femmes ouvrières, certains mouvements nationaux sont d'avis d'opérer par étapes :

  • soit en militant pour l'obtention du droit de vote des ouvriers hommes avec les mouvements socialistes, comme l'a fait le mouvement autrichien d'Adelheid Popp.
  • soit en militant pour l'obtention du droit de vote des femmes « dans les mêmes conditions que les hommes », avec les féministes "bourgeoises" comme les suffragettes, comme le font la française Madeleine Pelletier ou les britanniques de l'Independent Labour Party.

Clara Zetkin tente d'imposer une politique d'intransigeance, focalisée vers l'obtention sans étapes intermédiaire du suffrage universel, comme elle l'applique elle-même en Allemagne. Mais les situations locales très diverses rendent cette uniformisation difficile. Clara Zetkin se heurte dès la première conférence, en , à la fronde des déléguées Anglaises et Autrichiennes.

Zetkin se rapproche à cette conférence de la britannique Dora Montefiore, de la Social Democratic Federation et de l'Adult Suffrage Society (en), deux organisations féminines minoritaires en Grande-Bretagne, mais aux idées proches de la ligne de Zetkin. Dora Montefiore deviendra, avec l'assentiment de Clara Zetkin, représentante des femmes socialistes britanniques auprès de l'Internationale des femmes. Elle défendra sa ligne (et celle de Zetkin) au nom de toutes les femmes socialistes britanniques. Pour l'historien John S. Partington, la manœuvre "divisa les femmes socialistes britanniques et empêcha une honnête représentation de la Grande-Bretagne sur la scène internationale"[8]. A l'invitation de Montefiore, Clara Zetkin et Alexandra Kollontai se déplaceront à Londres, pour le May Day de , donner un discours défendant le suffrage universel sans étapes intermédiaires. Mais, lors de la seconde conférence de l'ISF, en , les déléguées des mouvements britanniques majoritaires, protestant contre l'attribution à Montefiore de la parole britannique, quittèrent la salle en masse. Plus tard dans l'année, elles évinceront Dora Montefiore, qui quittera l'Angleterre pour l'Australie.

Opposition à la guerreModifier

L'Internationale des femmes socialistes est également résolument pacifiste, opposée à ce qui sera la Première Guerre mondiale et dont les prémisses se font sentir au début du xxe siècle.

Clara Zetkin participe, avec la hollandaise Helen Ankersmit, à une manifestation pour la paix à Berlin le . Elle prononce un discours contre la course aux armements et une guerre "fratricide", en appelant au "sens de la solidarité des prolétaires" et au "sublime message de la paix socialiste". Elle participe avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht à la création en 1915 de la Ligue spartakiste.

Le début de la guerre, en , est pour elle un tel choc moral que, d'après l'italienne Angelica Balabanoff, son entourage se demanda si elle s'en remettrait. Elle déclare par lettre à Helen Ankersmit:

«  Lorsque la guerre a éclaté, j'ai cru devenir folle ou vouloir me tuer. Je suis restée gravement malade pendant un mois. (...) Mon fils ainé est en Belgique. (...) Je suis presque sans nouvelles. Combien de fois faut-il apprendre que l'un de nos camarades, le plus simple, le plus dévoué, est tombé. Mais que représente tout cela par rapport au glas historique qui vient de tomber, la débâcle de l'Internationale.  »

Alors que les différents partis socialistes ont accepté de se considérer ennemis dans la guerre, elle entreprend de réunir malgré tout les femmes de l'Internationale, les appelant à une conférence pour la paix, au nom des valeurs de l'internationalisme prolétarien abandonné par les partis politiques constituant l'Internationale.

La Conférence est organisée à Berne, la semaine de Pâques . Soixante-dix femmes socialistes s'y rendirent de presque tous les pays en guerre (à l'exception de l'Autriche et la Belgique, dont les représentantes ne purent venir). La seule française à avoir pu effectuer le trajet était Louise Saumonneau.

Clara Zetkin s'oppose à la délégation russe, composée notamment de Lilina Zinoviev et de Nadejda Kroupskaïa, venue avec son mari, Lénine. D'après Angelica Balabanoff:

«  Travaillant sous la direction de Lénine, (elles) déposèrent une motion qui n'avait rien à voir avec l'objectif de la réunion et que la majorité ne pouvait approuver. Elles réclamaient la rupture avec la direction des partis socialistes et ouvriers existants et appelaient à la formation d'une nouvelle Internationale. Elles appelaient également à la transformation de la guerre mondiale en guerre civile.  »

Si une telle proposition était cohérente avec une motion déposée par Lénine et Rosa Luxemburg et adoptée par l'Internationale ouvrière et , prévoyant la désertion massive, le soulèvement ouvrier et le renversement des républiques bourgeoises en cas de guerre en Europe, elle fût rejetée à Berne. Plus exactement, Clara Zetkin convainquit les bolcheviks, après de longs débats, de retirer leur proposition. C'est avec des accents plus humanistes que les femmes socialistes lancèrent un appel à la paix, resté célèbre, et destiné aux femmes européennes:

«  Où sont vos maris, vos fils ? Pourquoi doivent-ils s'entretuer et détruire avec eux tout ce qu'ils ont créé ? Qui bénéficie de ce cauchemar de sang ? Tout juste une poignée de profiteurs de guerre. Puisque les hommes ne peuvent plus parler, c'est à vous de le faire. Travailleuses de tous les pays en guerre, unissez-vous !  »


Cet appel sera diffusé en Europe par les femmes socialistes, malgré l'illégalité du pacifisme dans de nombreux pays. Clara Zetkin sera elle-même emprisonnée à son retour en Allemagne pour la tenue de cette conférence.
L'historienne Nicole Gabriel observe une évolution dans les positions politiques de Clara Zetkin à partir du début de la guerre, qui s'éloignent de son habituelle orthodoxie marxiste. Elle assigne ainsi à l'Internationale des femmes le rôle de "précéder dans le combat pour la paix les femmes de toutes les classes et de tous les pays".
«  Au moment de la guerre, la rigidité de la séparation entre "féminisme bourgeois" et "mouvement des femmes prolétaires" devait s'estomper. C'est au sein de l'Internationale que Clara Zetkin semble avoir fait l'expérience de la solidarité féminine : solidarité qui se situe au niveau de l'action. L'unanimité dans l'action pacifiste illégale et courageuse contraste avec la multitude des positions - souvent inconciliables - autour des questions de tactique et d'alliance. (...) L’ambiguïté provient pourtant du fait que cette union des femmes ne s'est réalisée qu'en situation d'urgence.  »
— Nicole Gabriel, L'internationale des femmes socialiste

La députée
Clara Zetkin en 1930 vers l'âge de 73 ans
La révolution allemande de novembre 1918 permet au mouvement féministe d'obtenir le droit pour les femmes de voter et d'être élues. Clara Zetkin adhère au Parti communiste d'Allemagne (KPD), créé en décembre 1918 autour de la Ligue spartakiste. Elle est ensuite députée du KPD de 1920 à 1933.
Elle participe au congrès de Tours, le 18e congrès de la SFIO, qui voit sa scission, la majorité décidant de se rallier à la IIIe Internationale en donnant naissance à la SFIC (Section française de l'Internationale communiste, futur PCF). Son arrivée n'était pas prévue, au même titre que celle d'autres délégués étrangers ; sa présence est toutefois en partie décisive sur l'issue du congrès. Ce ne sont pas tant ses discours qui eurent de l'effet mais son action en sous-main, alors qu'elle organise des réunions secrètes. Elle est envoyée par l'Internationale avec Alexandre E. Abramovitch et Stoïan Minev et doit favoriser son implantation dans le parti (le premier est cependant arrêté peu après et elle conserve l'essentiel de l'influence de la délégation). Les réunions sont organisées le 27 décembre au soir et lendemain matin et on s'entretient sur le statut de la dissolution ou non de la IIIe Internationale, les noms des dirigeants du parti qui va naître et son exclusion du trop modéré Jean Longuet. Son action porte ses fruits.
Proche d'Alexandra Kollontaï au sein de l'Internationale, Clara Zetkin se retrouve néanmoins au cours des années 1920 très isolée politiquement, en particulier après l’exclusion de Paul Levi. Elle reste néanmoins présente dans les instances du KPD, membre du bureau central jusqu'en 1924 puis membre du comité central de 1927 à 1929. Elle est également membre de la direction du Comintern de 1921 à 1933, et à la tête du secrétariat de l'Internationale communiste des femmes. En août 1932, présidant le Reichstag en tant que doyenne, elle appelle à combattre le nazisme.

Nouvel exil et décès
Contrainte de fuir l'Allemagne après l'arrivée des nazis au pouvoir et l'interdiction du KPD, Clara Zetkin meurt quelques semaines plus tard en exil à Moscou à 75 ans. Son opposition à Staline a suscité des doutes quant au caractère naturel de son décès. La tombe de Clara Zetkin se trouve le long des murs du Kremlin, sur la place Rouge.
Elle est récipiendaire de l'ordre de Lénine (1932) et de l'ordre du Drapeau rouge (1927).


Postérité
L'historienne Nicole Gabriel attribue à Clara Zetkin un « rôle différent » de celui des autres figures féministes du socialisme de l'époque, étant la seule à avoir choisi d'emblée comme domaine d'action « l'agitation féminine » et la défense des droits des femmes.

« Elle possède une personnalité vraiment remarquable. Pleine d'esprit de révolte - passionnément énergique - poussée par son zêle envers la cause - elle a donné une idée de la manière par laquelle elle est devenue une figure majeure du mouvement socialiste international. (...) Son discours était bref, émouvant et efficace; sa présence et ses manières sont inspirantes. »

— Tom Quelsh, Justice (1909)

Tom Quelsh, Justice (1909)

Clara Zetkin ou la Journée Internationale des Femmes  ()()

« Mais les écrits théoriques témoignent, chez une dirigeante de cette envergure, d’un étonnant manque de confiance en soi ; elle n’avance qu’à l’abri de Marx, de Bebel ou de Lénine, et, dès que celui-ci sourcille, bat en retraite, terrorisée à l’idée de sombrer dans le féminisme. Ainsi la force créative est-elle relativement absente de ce recueil [de ses textes] qui trace le portrait d’une grande organisatrice, d’une femme de parti qui fit beaucoup pour la syndicalisation et la politisation des ouvrières de ce début de siècle, mais qui n’apporta pas grand-chose à l’élaboration d’une théorie de leur libération. Et cela en dépit de son immense expérience de militante et de journaliste circulant sans cesse dans toute l’Europe. »


Geneviève Brisac, Le Monde Diplomatique (1981)

La 'Journée Internationale de la Femme'

Le 8 mars 1910, lors de la 2e Conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, Clara Zetkin propose la création de la journée internationale des femmes, journée de manifestation annuelle afin de militer pour le droit de vote, l'égalité entre les sexes, et le socialisme. Cette initiative est à l'origine de la Journée Internationale des Femmes, manifestation qui se déroule tous les ans le 8 mars.

Dès 1911, un million de femmes manifestent en Autriche-Hongrie, au Danemark, en Suisse, en Allemagne, puis les années suivantes en France, aux Pays-Bas, en Russie et en Suède. Le 8 mars 1914, les femmes réclament le droit de vote en Allemagne. La date n'est tout d'abord pas fixe, et ce n'est qu'à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg, que la tradition du 8 mars se met définitivement en place. Le 8 mars 1921, Lénine décrète le 8 mars Journée des femmes. En 1924, la journée est célébrée en Chine et en 1946 dans les républiques populaires d'Europe de l'Est. Le 8 mars 1977, les Nations Unies officialisent la Journée Internationale de la Femme.

 
Clara Zetkin ou la Journée Internationale des Femmes  ()()
Clara Zetkin et Rosa Luxembourg, deux amies.

Clara Zetkin et Rosa Luxembourg, deux amies.

Copenhague, lors d’une conférence des femmes socialistes que Clara Zetkin (1857-1933), soutenue par son amie Rosa Luxembourg mène une campagne internationale pour que la journée du 8 mars soit retenue comme « journée internationale de la femme », pour commémorer la lutte des femmes pour le droit au travail, des conditions meilleures de travail, le droit de vote. Les 17 pays présents l’adoptent à l’unanimité.  Avec Bebel et Engels, elle fait entrer le féminisme dans le socialisme, soutenant le droit de vote et le droit au travail des femmes, s’opposant ainsi à Proudhon.

Clara Zetkin et rosa Luxembourg c’est d’abord une histoire d’amitié, une de ces amitiés féminines aussi méconnues que le rôle révolutionnaire des femmes. Ces deux communistes  partagèrent cet engagement  jusqu’à leur dernier souffle. Elles ont des discussions, s’opposent parfois mais se font une confiance totale   » À Clara, lui écrivant n’avoir aucune compréhension pour ces «  dames  » qui semblent se contenter d’être belles, Rosa répond que la beauté ne se situe pas uniquement dans le visage, mais dans la finesse et la grâce intérieures, et que, si Clara devait leur interdire la porte de l’État de l’avenir, elle, Rosa, interviendrait en leur faveur  » même si elles ne servent qu’à orner la terre comme les colibris et les orchidées !« La façon dont elle parle à Clara, l’ardente féministe, des femmes  montre qu’avec sa sensibilité à fleur de peau Rosa  décèle chez beaucoup de femmes,  » une souffrance indicible et une peur inexprimable, la peur que les barrières de la vie se soient déjà refermées et de ne pas avoir touché, goûté à la vie réelle « . Il n’y a pas que sur les femmes futiles qu’elles s’opposent parfois, Clara suit totalement Lénine alors que Rosa est de son côté contre les opportunistes mais se distingue de lui par exemple sur la question de la nation et de l’organisation.

 

Mais il ne s’agit que de nuances et elles  luttent ensemble contre l’opportunisme ainsi qu’en témoigne cette lettre de Rosa à Clara

Chère  Clara,

Je viens de lire ta dernière lettre à Kostia et j’ai un impérieux besoin de t’écrire. L’appel du Comité directeur m’a fait le même effet qu’à toi – c’est tout dire. Depuis mon retour de Russie, je me sens assez seule dans ce contexte. J’ai conscience, plus brutalement et plus douloureusement que jamais auparavant, de la pusillanimité et de la mesquinerie qui règnent dans notre parti, mais je ne me mets pas en colère comme tu le fais à ce sujet, parce que j’ai déjà compris – c’est d’une clarté effrayante – que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé du tout au tout. Et même alors – je me le suis déjà dit en y réfléchissant froidement, et c’est une chose, pour moi, entendue – il nous faut compter avec la résistance inévitable de ces gens-là, quand nous voudrons faire avancer les masses. La situation est simple :  August [Bebel] et tous les autres bien plus encore se sont dépensés sans compter pour le parlementarisme et s’y sont donnés tout entiers. Si les événements prennent une tournure qui déborde les limites du parlementarisme, ils ne seront plus bons à rien ; qui plus est, ils chercheront à tout ramener à l’aune parlementaire, traiteront donc d’« ennemi du peuple » et combattront avec rage tout mouvement et tout homme qui voudra aller plus loin. Les masses, et plus encore la grande masse des camarades, en ont assez, au fond d’eux-mêmes, du parlementarisme ; j’en ai le sentiment. Un courant d’air frais dans notre tactique leur arracherait des cris de joie : mais ils subissent encore le poids des vieilles autorités et plus encore celui de la couche supérieure des rédacteurs en chef, des députés et des leaders syndicaux opportunistes. Notre tâche à nous, actuellement, consiste simplement à agir contre l’encroûtement de ces autorités en protestant aussi vigoureusement que possible : et dans cette action, selon la situation, nous aurons contre nous, non pas tant les opportunistes que le Comité directeur et August. Aussi longtemps qu’il s’agissait de se défendre contre  Bernstein et Cie, August et Cie acceptaient avec plaisir notre compagnie et notre aide – d’autant que tout au début, ils ont fait dans leur culotte. Si on en vient à une offensive contre l’opportunisme, alors les vétérans seront avec Ede [Bernstein], Vollmar et David, contre nous. C’est comme ça que je vois la situation et voilà l’essentiel : retrouve ta santé et ne te mets pas en colère ! Ce sont là des tâches qui se calculent sur de longues années. Porte-toi bien, je t’embrasse chaleureusement.

 En  1917, Rosa Luxembourg , Karl Liebknecht et Clara Zetkin jette les bases de « Spartakus » qui allait devenir le Parti Communiste Allemand. Elle collabore au journal des spartakistes, la « Rote Fahne » Avec Rosa elle partage le combat pour la paix qui vaudra à Rosa son enfermement en prison toute la durée de la guerre,Clara est aussi cette femme qui intervient contre la guerre Congrès de Bâle et que décrit Aragon dans les cloches de Bâle, celle qui pour lui représente le futur de la condition féminine et de la condition humaine. Pendant la guerre de 14-18, Clara est pacifiste, et en 1915 elle convoque à Berne, les 25 et 27 Mars, une Conférence Extraordinaire de l’Internationale Socialiste des Femmes. La Hollande, la Russie, l’Angleterre, l’Italie et la Suisse y sont représentées. Clara y fait voter une résolution contre la guerre qui lui vaut à elle aussi plusieurs mois de prison.

Et alors que Rosa est déjà morte, assassinée, Clara qui l’ignore lui écrit une dernière lettre  » Mon unique ! Est-ce que cette lettre, est-ce que mon amour pourront t’atteindre encore ? » quand elle apprend sa mort et celle de Karl Liebnicht dans la nuit du 14 au 15 Janvier 1919. [Rosa Luxembourg (1871-1919) assassinée à 48 ans par la police et, semble-t-il, sous un gouvernement social démocrate].elle est effondrée et se demande si elle va pouvoir leur survivre. Elle continuera leur combat commun et elle sera l’éditrice des texte de Rosa.

Clara et Rosa sont pleinement femmes ne renonçant pas à leur sensibilité, la mettant au service de leur combat de communistes. En 1899, Rosa écrit, ce qui donne le ton de sa correspondance et de sa vie :  » Je veux agir sur les gens comme un tonnerre. Non par la déclamation, mais par la largeur de vues, la sincérité de conviction, la puissance d’expression« .Elle écrit à Clara qu’après la guerre, elle ne lui permettra plus, non plus qu’à elle-même, de participer à des réunions, car  » là où il y a de grandes choses, là où le vent vous souffle au visage, je veux me tenir au plus fort de l’orage, mais la routine quotidienne, j’en ai marre et toi aussi sans doute. « 

Ce sont des femmes cultivées, Rosa surtout qui est une véritable boulimique de savoir…

 C’est Clara encore qui vient représenter l’internationale socialiste et porte donc les exigences des bolcheviques au Congrès de Tours où sera fondé le PCF.En 1920, elle fait une apparition très remarquée au Congrès des socialistes de Tours : « vieille dame aux cheveux blancs tirés en arrière. Sa mine sévère et simple contraste avec les fourrures et les toilettes des dames d’ailleurs fort élégantes qui sont assez nombreuses dans la salle » rapporte dans l’Echo de Paris un journaliste, Pierre Villette. Elle est accompagnée d’un « jeune allemand grand et blond » dans ce qui est un périple clandestin. Interdite de séjour en France, Clara voyageait sans passeport. On s’est longtemps demandé comment elle avait pu pénétrer en France. On raconte qu’elle avait dû débarquer au Havre la veille, passer la nuit chez des amis avant de gagner Tours, prononcer son discours et repartir très vite aussi mystérieusement. On raconte aussi que son discours historique prononcé en Français « avec un fort accent allemand » joua un rôle déterminant dans la scission des socialistes français, à l’avantage du nouveau parti communiste qui s’est créé ce jour-là. Le Congrès, debout, lui fit une ovation.

 Mais je voudrais raconter  la scène qui me touche le plus, c’est celle où le 30 août 1932, Clara trés vieille femme,  en qualité de doyenne du Reichstag, alors que hitler vient d’accéder au pouvoir est chargée du discours inaugural. Elle est pratiquement aveugle, impotente,  on la soutient jusqu’au pupitre  elle ouvre la première séance devant une centaine de nazis en uniforme, dont Goering, avec un vibrant discours contre la montée du nazisme ...

 
 
 

Le voici :

Clara   Zetkin


Il faut abattre le fascisme !

Mesdames et Messieurs, le Reichstag se réunit dans une situation où la crise du capitalisme à son déclin accable les très larges masses laborieuses d’Allemagne et leur inflige les souffrances les plus épouvantables. Les millions de chômeurs que les maigres allocations dont on leur fait (ou dont on ne leur fait pas) l’aumône n’empêchent pas de mourir de faim seront rejoints cet automne et cet hiver par des millions d’autres. La famine, qui est aussi le sort de tous ceux qui ont besoin d’aide sociale, s’aggrave.
Quant aux travailleurs qui ont encore un emploi, les bas salaires les empêchent de renouveler leur force nerveuse et musculaire usée au maximum par la rationalisation et a fortiori de satisfaire le moindre besoin culturel. En se poursuivant, le démantèlement des conventions collectives et des organes de conciliation va faire baisser encore les salaires de misère.
Un nombre croissant d’artisans et de petits industriels, de petits et moyens paysans sombrent dans le désespoir et la ruine. Le déclin économique, les coupes sombres dans les dépenses culturelles réduisent à néant les bases économiques de la création intellectuelle et ôtent de plus en plus aux créateurs la possibilité de mettre en oeuvre leurs forces et leurs connaissances. L’incendie allumé en Orient que l’Occident attise de toutes ses forces dans l’espoir qu’un océan de flammes engloutisse l’Union soviétique et la construction du socialisme, pourrait bien attirer sur l’Allemagne aussi une abominable terreur, susceptible d’éclipser l’oeuvre de mort et de destruction de la dernière guerre mondiale.
Le pouvoir politique en Allemagne est aujourd’hui aux mains d’un cabinet présidentiel formé sans l’assentiment du Reichstag, composé des hommes de main du grand capital monopoliste et des grands agrariens et dont les généraux de la Reichswehr constituent l’élément moteur.
Malgré ses pouvoirs discrétionnaires, le cabinet présidentiel a échoué devant tous les problèmes actuels de politique intérieure et de politique étrangère.
Sa politique intérieure est marquée, comme celle des précédents gouvernements, par la pratique des décretslois, lois scélérates qui décrètent la misère et augmentent celle qui règne déjà.
En même temps, ce cabinet foule aux pieds le droit des masses à lutter contre la misère. Ceux qui ont besoin de l’aide sociale et ceux qui y ont droit, ce sont, pour le gouvernement, les gros agrariens endettés, les industriels faillis, les requins de la finance, les armateurs, les spéculateurs et trafiquants sans scrupules.
Toute sa politique fiscale, douanière, commerciale, consiste à prendre aux larges couches du peuple travailleur pour donner à de petits groupes de profiteurs et à aggraver la crise en restreignant davantage la consommation, les importations et les exportations.
Sa politique étrangère aussi est placée sous le signe du mépris pour les intérêts des travailleurs.
Déterminée par les appétits impérialistes, elle conduit l’Allemagne à dépendre de plus en plus des grandes puissances du Traité de Versailles, malgré les hésitations qui la font louvoyer entre les coups de gueule des traîneurs de sabres et les bassesses les plus plates, et elle compromet ses relations avec l’Union soviétique, le seul Etat qui, par sa politique de paix sincère et son essor économique, puisse offrir aux travailleurs allemands un véritable soutien.
Le solde du cabinet présidentiel est déjà lourdement débiteur depuis les meurtres des dernières semaines, dont il porte l’entière responsabilité en ayant levé l’interdiction de porter l’uniforme prononcée contre les S. A. nationalsocialistes et en favorisant ouvertement ces troupes fascistes de guerre civile.
C’est en vain qu’il cherche à faire oublier sa culpabilité politique et morale en se chamaillant avec ses alliés sur la répartition du pouvoir dans l’Etat; le sang versé en fait pour toujours un complice des assassins fascistes.
L’impuissance du Reichstag et la toutepuissance du cabinet présidentiel sont l’expression de la décadence du libéralisme bourgeois, qui accompagne nécessairement l’effondrement du mode de production capitaliste.
Cette décadence se retrouve entièrement dans la socialdémocratie réformiste qui se place en théorie et en pratique sur le terrain pourri de l’ordre social bourgeois. La politique du gouvernement PapenSchleicher n’est rien autre que la continuation ouverte de la politique du gouvernement Briïning toléré par les socialdémocrates, précédée ellemême par la politique de coalition de la socialdémocratie qui lui avait ouvert la voie.
La politique du « moindre mal » confirmait les forces réactionnaires dans la conscience qu’elles avaient de leur puissance et ne pouvait, et ne peut encore, manquer d’engendrer le pire de tous les maux: habituer les masses à la passivité. On leur demande de renoncer à mettre en jeu la puissance dont elles disposent à l’extérieur du parlement. De cette façon, c’est le rôle du parlement dans la lutte de classes du prolétariat que l’on réduit aussi.
Il est possible aujourd’hui dans certaines limites d’utiliser le parlement pour la lutte des travailleurs, mais uniquement s’il s’appuie sur de puissantes actions des masses à l’extérieur de ses murs.
Avant que le Reichstag ne puisse prendre position sur des problèmes particuliers de l’heure, il faut qu’il ait compris quelle est sa tâche essentielle, et qu’il l’ait accomplie: il faut qu’il renverse le gouvernement qui tente, au mépris de la Constitution, de mettre le parlement complètement à l’écart.
Le Reichstag pourrait aussi saisir la Haute Cour de Leipzig d’une plainte contre le Président du Reich et les Ministres pour viol de la Constitution et pour les nouveaux viols de la Constitution qu’ils projettent. Mais il est vrai qu’une plainte devant cette haute instance reviendrait à demander à Lucifer de condamner Belzébuth.
Bien entendu, ce n’est pas un vote du parlement qui peut briser le pouvoir d’un gouvernement qui s’appuie sur l’armée et sur tous les autres moyens dont dispose le pouvoir d’Etat bourgeois, sur la terreur exercée par les fascistes, la lâcheté du libéralisme bourgeois et la passivité d’une grande partie du prolétariat, des travailleurs.
Le renversement du gouvernement au parlement peut seulement donner le signal de la levée en masse des travailleurs à l’extérieur du parlement. Et ceci afin de jeter dans la bataille tout le poids économique et social des masses, et aussi toute la force de leur nombre.
Dans cette bataille, il s’agit d’abord et avant tout d’abattre le fascisme qui veut réduire à néant, par le fer et par le sang, les manifestations de classe des travailleurs, en sachant bien, comme nos ennemis, que la force du prolétariat ne dépend pas du nombre de sièges au parlement, mais qu’elle est ancrée dans ses organisations politiques, syndicales et culturelles.
La Belgique montre aux travailleurs que la grève de masse conserve sa force, même à une époque de crise économique aiguë, à condition qu’en employant cette arme les masses soient
résolues et prêtes à ne reculer devant aucun sacrifice, ni devant l’extension de la lutte, prêtes à répondre par la violence à la violence de leurs ennemis.
Mais la démonstration de force du peuple travailleur à l’extérieur du parlement ne doit pas se limiter au renversement d’un gouvernement anticonstitutionnel; elle doit aller audelà de cet objectif limité et se préparer à renverser l’Etat bourgeois et son fondement, l’économie bourgeoise.
Toutes les tentatives d’atténuer, et a fortiori de résoudre la crise en restant sur le terrain de l’économie capitaliste ne peuvent qu’aggraver le mal. Les interventions de l’Etat ont échoué, car ce n’est pas l’Etat bourgeois qui tient l’économie, c’est au contraire l’économie qui tient l’Etat bourgeois.
Entre les mains des possédants, l’appareil d’Etat ne saurait être utilisé qu’à leur avantage et au détriment des larges masses populaires qui travaillent, qui produisent et qui consomment.
Une économie planifiée sur la base du capitalisme est une contradiction en soi.
Les tentatives en ce sens ont toujours achoppé sur la propriété privée des moyens de production. La planification de l’économie n’est possible que si l’on abolit cette propriété privée.
La seule et unique voie pour surmonter les crises économiques et écarter tous les dangers de guerre impérialiste, c’est la révolution prolétarienne qui supprime la propriété privée des
moyens de production et garantit ainsi la possibilité de planifier l’économie.
La meilleure preuve historique en est la Révolution russe. Elle a montré que les travailleurs ont la force de jeter à terre tous leurs ennemis, d’abattre les rapaces impérialistes en même temps que le capitalisme dans leur propre pays et de déchirer des traités d’asservissement comme celui de Versailles.
L’Etat soviétique confirme aussi que les travailleurs ont la maturité nécessaire pour construire un nouvel ordre économique où le développement économique de la société peut aller sans ces crises désastreuses, précisément parce qu’a été supprimée la cause du mode de production anarchique, la proprié té privée des moyens de production.
La lutte des masses laborieuses contre la misère qui les opprime maintenant est en même temps une lutte pour leur libération totale. C’est lutter contre le capitalisme qui exploite et avilit, pour le socialisme qui délivre et libère.
C’est vers ce but lumineux que les masses doivent tourner constamment leurs regards, sans se laisser troubler par des illusions sur la démocratie libératrice, et sans se laisser effrayer par la brutalité du capitalisme, qui cherche son salut dans un nouveau génocide universel, dans les assassinats fascistes et la guerre civile.
La nécessité de l’heure, c’est le front uni de tous les travailleurs pour repousser le fascisme, et pour conserver ainsi aux esclaves de l’exploitation la force et la puissance de leurs organisations,
et même tout simplement pour les conserver en vie.
Devant cette impérieuse nécessité historique, toutes les opinions politiques, syndicales, religieuses, idéologiques, qui nous entravent et nous séparent, doivent passer au second plan.
Tous ceux qui sont menacés, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui aspirent à se libérer doivent faire partie du front uni contre le fascisme et ses fondés de pouvoir au gouvernement !
Tous les travailleurs doivent se retrouver et s’affirmer contre le fascisme, telle est la condition indispensable pour que se constitue le front uni contre la crise, les guerres impérialistes et
leur cause, le mode de production capitaliste. Le soulèvement de millions de travailleurs, hommes et femmes, en Allemagne, contre la faim, la privation de leurs droits, les assassinats fascistes et les guerres impérialistes est une expression de l’indestructible communauté de destin de tous les travailleurs du monde.
Cette communauté de destin internationale doit devenir une communauté de combat solidement forgée par les travailleurs partout où le capitalisme étend sa domination, une communauté de combat avec nos frères et nos soeurs soviétiques qui nous ont précédés dans l’assaut.
Les grèves et les soulèvements dans les pays les plus divers sont des signes enflammés dont la lumière montre à ceux qui combattent en Allemagne qu’ils ne sont pas seuls. Partout les déshérités et les humiliés s’apprêtent à la conquête du pouvoir. Dans le front uni des travailleurs qui se forme aussi en Allemagne ne doivent pas être absentes les millions de femmes qui portent encore les chaînes de l’esclavage de leur sexe, et qui sont de ce fait livrées à l’esclavage de classe le plus dur.
Et aux tout premiers rangs, c’est la jeunesse qui doit lutter, la jeunesse qui aspire à s’épanouir librement, mais qui n’a aujourd’hui d’autres perspectives que l’obéissance aveugle et l’exploitation dans les colonnes des esclaves du travail. Dans ce front uni ont aussi leur place tous les créateurs intellectuels dont le savoir et la volonté d’accroître le bienêtre et la culture
de la société ne peuvent plus s’exercer aujourd’hui dans l’ordre bourgeois. Puissent-ils tous rejoindre le front uni de combat, les esclaves salariés, les corvéables du capital, tous ceux qui sont à la fois les supports et les victimes du capitalisme ! En ma qualité de doyenne d’âge et dans l’espoir que, malgré mon invalidité actuelle, j’aurai encore le bonheur d’ouvrir, en qualité de doyenne d’âge, la première session du Congrès des Conseils de l’Allemagne soviétique, je déclare ouverte la session du Reichstag.

Clara Zetkin ou la Journée Internationale des Femmes  ()()Clara Zetkin ou la Journée Internationale des Femmes  ()()

Je complète l'article avec cet écrivain qui écrivit sur les Femmes :

La femme et le socialisme August Bebel

Dans la vague de chauvinisme triomphant qui se déchaîna après la guerre franco-allemande de 1870, la répression frappa les socialistes allemands, à commencer par leur représentant au parlement, August Bebel. C'est durant les trois années de prison qu'il dû purger pour 'insultes à sa Majesté' que Bebel écrivit un livre qui transforma des millions de consciences: La Femme et le socialisme, qui dût être édité en Suisse en raison de la censure anti-socialiste. Des milliers d'exemplaires furent envoyés en Allemagne sous une fausse couverture indiquant : Rapports des directeurs d'entreprise. Ce livre eut un succès foudroyant.

Le problème abordé, aussi, était d'une importance capitale: à l'heure où le mouvement ouvrier rassemblait ses forces contre les capitalistes et l'Etat réactionnaire, pouvait-il renoncer à la moitié féminine de la classe?

Bebel devait lutter contre des préjugé à l'intérieur même du mouvement ouvrier. Au premier Congrès de la Ière Internationale (Genève, 1866), les partisans de Proudhon voulaient que l'Internationale interdise le travail des femmes, leur domaine naturel étant selon eux la cuisine et leur profession naturelle la maternité. Chez les ouvrières également, les 'chaînes du passé' marquaient les mentalités: les jeunes travailleuses plaçaient le plus souvent leurs espoirs dans un mariage qui leur épargnerait le sort de leurs mères et les délivrerait du bagne de la manufacture, fut-ce au prix de la relégation dans une cuisine.

Bebel inscrivit la question dans le processus socio-historique, entamant son livre par une étude très documentée sur les différentes formes d'oppression subies par les femmes dans l'histoire. Combattant l'idée de la 'sujétion naturelle' de la femme à l'homme, il démontra la liaison inséparable existant entre la question féminine et la question sociale, entre la libération de la femme et celle de la société toute entière des lois du profit.

Et Bebel d'exposer ce que le socialisme pourra apporter aux femmes: 'Dans la société nouvelle, la femme sera complètement indépendante socialement et économiquement, elle ne sera plus soumise même à un semblant de domination et d''exploitation', elle sera libre vis-à-vis de l'homme, elle sera son égale et elle disposera de son destin. Elle recevra la même éducation que l'homme sauf dans les domaines où la différence des sexes exige des exceptions; vivant dans des conditions naturelles, elle pourra développer toutes ses forces et ses aptitudes physiques et intellectuelles; elle choisira le mieux à ses désirs, à ses tendances et à ses dispositions et elle agira dans les mêmes conditions que l'homme... Pour choisir son partenaire en amour, elle sera aussi libre que l'homme. Elle courtise ou se fait courtiser et ne contracte une union qu'en considérant ses sentiments.'

On mesure mal aujourd'hui la portée révolutionnaire de ces lignes qui eurent un impact immense. Clara Zetkin rendra de nombreuses fois hommage à Bebel et à son travail de pionnier. Elle le connaitra d'ailleurs personnellement; c'est Bebel qui se chargera de la faire admettre dans un sanatorium en Forêt-Noire, lorsqu'elle sera atteinte de tuberculose peu après le Congrès de Paris en 1889.

 
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Pascal LE BOURZEC 22/09/2018 11:55

Merci pour votre travail. Pascal LE BOURZEC, auteur de "ecologie-de-la-femme.e-monsite.com"

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