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14 Mar

Les Femmes Pakistanaises ()()()

Publié par La pintade rose  - Catégories :  #Femmes Femmes...

                                                    Que deviennent-elles ???

La condition des femmes au Pakistan varie considérablement selon les classes, les régions, et la division ville/campagne due à un développement socio-économique inégal et l'impact des structures sociales tribales, féodales ou capitalistes sur la vie des femmes. Les femmes pakistanaises d'aujourd'hui ont un meilleur statut que par le passé. Cependant, en moyenne, la situation des femmes vis-à-vis des hommes est systématiquement une subordination du genre. Grâce à une prise de conscience accrue parmi la population, l'accès à l'éducation pour les femmes pakistanaises a augmenté ces dernières années. En 2014, le forum économique mondial classe le Pakistan comme le second pire pays dans le monde pour l'égalité des sexes.
Les groupes religieux ont souvent travaillé avec d'autres membres de la société civile pour dénoncer les violences envers les femmes, notamment le All Pakistan Ulema Council.
Histoire
Historiquement, au xixe siècle, bien que l'on trouve des femmes chefs d'états musulmane comme dans l'État de Bhopal et en d'autres endroits, les mouvements féministes au sein de la communauté musulmane d'Asie du Sud ont essayé de contrer la violence sociale envers les femmes musulmanes provenant de la coutume du purdah (où les femmes sont isolées du contact social, principalement avec les hommes). D'autres réformateurs musulmans comme Syed Ahmad Khan travaillent à l'éducation des femmes, à la limitation de la polygamie, et à leur donner de l'autonomie à travers l'éducation. Le fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, est connu pour son attitude positive envers les femmes. Après l'indépendance du Pakistan, des groupes de femmes et les organisations féministes lancées par des dirigeants importants comme Fatima Jinnah travaillent à l'élimination des injustices socio-économiques contre les femmes dans le pays.
Jinnah remarque que les dirigeantes musulmanes de tous horizons ont activement soutenu le mouvement pour le Pakistan dans les années 40. Leur mouvement était mené par les femmes ou proches de dirigeants politiques. Les femmes ont organisé quelquefois des grandes manifestations. Avant 1947 il y a une tendance chez les femmes du Pendjab de voter Ligue musulmane alors que leur maris votent pour le Parti Unioniste.
De nombreuses musulmanes ont soutenu le Quit India Movement du Congrès national indien. Certaines comme Syeda Safia Begum de Lahore lancent la première école anglaise pour les enfants musulmans dans le quartier de Muslim Town en 1935. Les femmes pakistanaises obtiennent le suffrage en 1947 sous la Pakistan Ordinance et elles voient ce droit réaffirmé aux élections nationales de 1956 durant la constitution provisoire[8]. La réservation de sièges pour les femmes au Parlement a existé de 1956 à 1973.
Gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto
Dictature militaire de Zia-ul-Haq
Gouvernement de Benazir Bhutto
Gouvernement de Nawaz Sharif
Régime de Pervez Musharraf

Les règles du Purdah sont suivies par de nombreuses communautés au Pakistan. Il est pratiqué de différentes façons, en fonction de la tradition familiale, de la région, des classes, ou du lieu(rural vs. urbain)
Mariage infantile/ (Vani)
Bien que le Child Marriages Restraint Act interdit de marier les filles de moins de 16, des cas de mariage infantiles sont signalés. Le Vaniest une coutume de mariage infantile suivie dans les zones tribales et la province du Pendjab. Les jeunes filles sont mariées de force pour résoudre les querelles entre clans ; le Vani peut être évité si le clan de la fille accepte de payer les autres clans, ce qu'on appelle Deet. Le Swara, Pait likkhi et Addo Baddo sont des coutumes tribales et rurales similaires qui promeut le mariage au début de l'adolescence. Dans un cas extrême en 2012, le Jirga dans le village d'Ashari(Swat) a ordonné que Roza Bibi, une fillette de six ans, devait être mariée à une famille rivale pour mettre fin à une dispute.

Le Watta satta est une coutume tribale dans laquelle la reproduction est négociée entre deux clans. Pour que quelqu'un marie son fils, il doit avoir aussi une fille à marier en retour. S'il n'y a pas de sœur à échanger en retour de l'épouse du fils, une cousine, ou une cousine germaine fait aussi l'affaire. Même si la loi islamique demande que les partenaires consentent explicitement au mariage, les femmes sont souvent forcées dans les mariages arrangés par leurs parent ou chefs de tribus.
Crime d'honneur:
 Crime d'honneur au Pakistan.
La majeure partie des victimes de crime d'honneur sont des femmes et les peines infligées ont souvent tendance à être indulgentes. La pratique de tuer sommairement une personne suspectée de liaison illicite est connue sous le nom de karo kari au Sind et au Baloutchistan. En décembre 2004, le gouvernement passe un décret qui rend le karo kari punissable sous les mêmes dispositions pénales que le meurtre. De nombreux cas de crimes d'honneur sont signalés à propos de femmes qui se marient contre la volonté de leur famille, qui divorcent ou qui ont été violées.
Mariage au Coran
Dans certaines parties du Sind, la pratique de marier une femme au Coran est présente parmi les propriétaires terriens, bien que cette pratique soit étrangère à l'Islam et n'ait pas de base religieuse. Cette pratique est souvent utilisée par les hommes pour garder ou récupérer les terres de leurs sœurs ou filles.

Culture du Pakistan.
Bien que l'habillage des femmes varie en fonction des régions, classes ou évènements, le salwar kameez est le principal vêtement porté par les femmes pakistanaises. Les Ghararas (une jupe-culotte ample portée avec un chemisier) et lehengas étaient autrefois courants, mais ils sont désormais portés principalement lors des mariages.
Peu de femmes pakistanaises portent le hijab ou burqa en public et la façon de se couvrir varie. Certaines femmes pakistanaises ne portent pas le hijab ; elles peuvent porter plutôt le dupatta ou le tchador.
Le sari est une robe formelle portée dans certaines occasions par certaines femmes citadines. La campagne d'"islamisation" sous la dictature du général Zia ul-Haq a dénoncé le sari comme étant "anti-islamique". Le sari est aujourd'hui de retour dans les milieux aisés. Les vêtements occidentaux comme les t-shirts et jeans sont courants chez les jeunes citadines.
Développement économique et éducation
Au Pakistan, l'accès des femmes à la propriété, l'éducation, l'emploi etc. reste considérablement plus faible que les hommes. Le contexte social et culturel de la société pakistanaise est essentiellement patriarcal. Les femmes ont un faible taux de participation à la vie sociale en dehors de la famille.
Éducation
Malgré l'amélioration du taux d'alphabétisme du Pakistan depuis son indépendance, le niveau scolaire des femmes pakistanaises est l'un des plus faibles du monde. Le taux d'alphabétisme des femmes en ville est cinq fois plus élevé que le taux pour les femmes à la campagne. Le taux d'alphabétisme est toujours plus bas pour les femmes que pour les hommes: 45,8 % pour les femmes, contre 69,5 % pour les hommes(âgé de 15 ans ou plus, données de 2015)
Le taux d'abandon scolaire parmi les filles est très élevé (environ 50 %), alors que les résultats scolaires des étudiantes sont plus élevés que les étudiants dans les différents niveaux d'éducation. C'était du moins le cas il y a quelques années, toutefois une amélioration significative est apparue rapidement. Dans la ville de Lahore, pour 46 lycées publics, 26 d'entre eux sont réservés aux filles et les 20 restants sont mixtes. De façon similaire les universités publiques du Pakistan recrutent plus de filles que de garçons.
L'UNESCO et Mobilink ont utilisé les téléphones mobiles pour éduquer les femmes et améliorer leur degré d'alphabétisation depuis le 4 juillet 2010. L'antenne de la BUNYAD Foundation à Lahore et le travail de l'ONU via le Cadre d'action de Dakar pour l'Éducation pour tous aident également à lutter contre ce problème.
Emploi
L'organisation de l'emploi des femmes varie dans le monde musulman: en 2005, 16 % des femmes pakistanaises étaient actives économiquement (soit employées, ou disponible pour l'emploi), quand 52 % des femmes indonésiennes l'étaient.
En tant que main-d’œuvre
Bien que les femmes jouent un rôle actif dans l'économie du Pakistan, leur contribution a été extrêmement sous-reportée dans certains recensements et sondages. Le sondage sur la main-d’œuvre de 1991-92 révèle que seulement 16 % des femmes de 10 ans et plus participaient à la main-d’œuvre. Les rapports de la Banque mondiale en 1997 indiquent que les femmes constituent 28 % de la population active. Selon le rapport de 1999 du Comité des Droits de l'Homme au Pakistan, seul 2 % des femmes pakistanaises participent au secteur formel de l'emploi. Cependant, le recensement agricole de 1980 indique que le taux de participation des femmes à l'agriculture est de 73 %. Le Sondage sur les ménages intégrés de 1990-1991 montre que le taux de participation à la main-d’œuvre des femmes est de 45 % dans les zones rurales et de 17 % dans les zones urbaines. Les femmes pakistanaises jouent un rôle majeur dans la production agricole, l'élevage et l'artisanat.
Militaire
Les femmes font partie de l'armée pakistanaise depuis 1947, année de la création du Pakistan. Elles sont aujourd'hui environ 4000 à servir les forces armées pakistanaises. En 2006, la première femme pilote de chasse rejoint une mission de combat aérien des forces armées.
La Marine pakistanaise interdit aux femmes de servir en missions de combat notamment sous le commandement des forces sous-marines, alors celles-ci sont employées dans les opérations de logistique, dans la formation et les travaux administratifs, en particulier dans les QG régionaux et central. On estime le nombre de femmes servant dans l'armée autour de 4000 et ce nombre est en augmentation depuis 2008.
Terres et droits de propriété
Près de 90 % des ménages pakistanais sont dirigés par des hommes et la plupart des foyers dirigés par les femmes font partie de la classe pauvre de la société.
Les femmes n'ont pas la possession des richesses. En dépit du droit des femmes de posséder et d'hériter des propriétés de leurs familles, peu de femmes ont l'accès et le contrôle de ces ressources.
Code vestimentaire: Hijab.
Le Pakistan n'a pas de loi bannissant ou obligeant le hijab. Des sondages conduits au Pakistan montrent que la plupart des femmes qui portent le hijab déclarent en avoir fait le choix. La plupart des femmes portent le salwar kameez, un ensemble formé d'une tunique et d'un pantalon ample qui couvre le corps, les jambes et les bras. Une écharpe relâchée (dupatta) est aussi portée autour des épaules, le haut du torse et la tête car montrer ses cheveux est considéré comme grossier et de mauvais goût. Les hommes ont un code vestimentaire similaire, mais seul les femmes sont censées porter le voile en public. Le hijab et la burqa sont seulement portées dans les zones islamistes.
Rôle du genre
Le Pakistan est une société patriarcale où les hommes sont les figures principales de l'autorité et les femmes sont subordonnées. Le genre est l'une des bases de l'organisation sociale du Pakistan. Les valeurs patriarcales présentes dans les traditions locales, religieuses et culturelles prédéterminent la valeur sociale du genre. L'islam influence lourdement les rôles de chaque genre en particulier. Une division artificielle entre production et reproduction, créée par l'idéologie de la division sexuelle du travail, ont placé la femme dans un rôle reproductif en tant que mères et femmes dans l'enceinte privée du foyer et les hommes dans le rôle de gagne-pain dans l'enceinte publique.
Selon les standards pakistanais, la femme « idéale » peut être éduquée ou non et est censée être généreuse, calme, tolérante, empathique, sur laquelle on peut compter, capable d'organiser, de coordonner et maintenir l'hospitalité au sein de la maison et de garder de bonnes relations. Elles sont censées également faire les corvées, prendre soin des enfants, maris et parents et, si nécessaire, fournir au foyer un revenu externe. Aussi, on attend d'elles de se marier à un homme du choix des parents, et de suivre le code vestimentaire de l'islam et de sacrifier leurs propres rêves.
La mort de la chanteuse et blogueuse Qandeel Baloch, le 15 juillet 2016 au soir, que son frère a confessé avoir étranglé pour l'« honneur »de leur famille, a quelque peu médiatisé la condition des femmes au Pakistan. Qandeel Baloch interrogeait par ses prestations artistiques le corps, le genre, la sexualité et la représentation sociale de la femme.
Femmes 
    ▪    Benazir Bhutto, femme politique ;
    ▪    Qandeel Baloch, blogueuse ;
    ▪    Malala Yousafzai, lycéenne et militante des droits des femmes, Prix Nobel de la paix en 2014 ;
    ▪    Shehla Zia, avocate militante des droit des femmes au Pakistan.

    .    Asma Jahangir, avocate et militante des droits hummains

 

La femme au Pakistan
Yvette Dujardin

Lorsque l'on s'informe du sort réservé à certaines femmes au Pakistan, c'est le choc ! Choc intellectuel et spirituel... Ce que l'on apprend sur la condition d'un certain nombre de femmes dans ce pays est inhumain... Dans plusieurs provinces, celles-ci n'existent pas en tant que personnes : dès la puberté, elles doivent se cacher derrière leur voile. Elles n'ont pas le droit de sortir de chez elles sans raison. Certains hommes pakistanais considèrent la femme comme un être profondément immature : un homme peut juger d'une situation, une femme en serait incapable ! Encore dans beaucoup trop de familles, père, frère, fils ont un sens de l'honneur qui défie l'entendement : si l'un d'eux apprend que la fille est sortie de la maison sans permission, il pourra lui couper la langue, la main ou les doigts. Certains pères tuent de sang froid leur fille parce qu'elle aurait enfreint la loi du Coran. Ils sont fiers de tuer pour sauver leur honneur et celui de la famille entière. Oui, l'honneur est la principale cause du déferlement de meurtres perpétrés contre les femmes. Ainsi, dans l'absurdité et le paroxysme de l'horreur, il est formellement interdit de montrer des photos de femmes, dans le journal par exemple, sauf si elles sont mutilées suite à une exécution. Dans les zones rurales les moins industrialisées, l'accès à l'éducation leur est presque totalement interdit car il est souvent enseigné qu'une femme instruite est une mauvaise musulmane ! Ainsi, l'illettrisme touche particulièrement les femmes. Dans un paradoxe difficilement concevable, les seules femmes instruites, enseignant dans certaines institutions, sont celles qui éduquent les jeunes filles, dès leur plus jeune âge, à suivre la loi de l'obéissance absolue au risque de leur vie. Ainsi, des filles de douze à seize ans sont assassinées par un homme de leur famille au nom du même principe de l'honneur bafoué. Dans les cas les plus extrêmes de soumission, les femmes doivent garder le silence de leur naissance à leur mort, même si elles souffrent, brûlées par l'essence ou rongées par l'acide que leur mari leur aura jeté au visage par simple soupçon d'adultère. Il arrive parfois que des femmes se défendent et tuent, en état de légitime défense, leur mari, leur père ou leur frère. Là, elles sont emprisonnées et condamnées à mort après un procès expéditif. Dans nombre de régions, les femmes ne peut faire valoir son droit à la vie car, pour la justice, elles ne sont pas douées de raison : leur plainte ne peut donc être recevable. Les hommes ne supportent pas que les femmes pensent par elles-mêmes… et certaines d'entre elles sont d'accord prétendant, dans leur soumission et leur conditionnement extrême, que les hommes de leur famille sont la seule protection fiable qui leur soit donnée d'avoir. Le gouvernement ne réagit que très timidement concernant ce massacre social et humain au point de ne pas poursuivre sérieusement les hommes qui ont assassiné une ou plusieurs femmes… S'il arrive parfois que certaines d'entre elles ne soient que grièvement blessées, peu d'infrastructure sont capables de les accueillir pour les protéger ou les soigner. Ainsi, des jeunes filles et des femmes meurent dans l'abandon et la détresse la plus absolue ! Au delà de la déchirure profonde que ces informations nous laissent dans le cœur, il y a une compassion immense pour ces femmes qui se sacrifient et pour ces hommes emmurés dans leurs traditions et qui, à l'évidence, « ne savent pas ce qu'ils font ! ».
Parfois des femmes se révoltent mais leurs sort est la mort, par lapidation, ou autre.
Une femme pakistanaise a été arrêtée jeudi après avoir tué, découpé son mari et avoir cuisiné un plat avec ses restes. Celui-ci s'apprêtait à prendre une seconde épouse, et ce, sans son autorisation.
La dame de 32 ans et son neveu de 22 ans, qui a participé au meurtre, s'apprêtaient à cuisiner la chair de la victime dans une casserole. L'épouse avait préalablement fait mariner les morceaux de chair dans un bain d'épices.
L'arme du crime et les restes humains ont longuement été filmés par les chaînes de télévision pakistanaises.
La police locale croit qu'elle aurait choisi de cuisiner son mari afin de détruire les preuves du meurtre, pour ensuite les jeter comme les restes d'un plat normal.
 Un tronc humain éviscéré et couvert d’un nuage de mouches à été découvert dans le congélateur.
La loi pakistanaise autorise un homme à avoir jusqu'à quatre épouses, mais il doit avoir l'autorisation de celles-ci avant de se remarier.
 
Une mère et sa fille ont été tuées mardi en pleine journée dans la capitale pakistanaise Islamabad, juste après que la première eut demandé le divorce.
Najma Bibi, 40 ans, retournait chez elle en voiture après avoir déposé une demande de divorce dans un tribunal de la capitale lorsqu’elle a été abattue par des hommes armés avec sa fille Sidra, 18 ans, et un autre homme, Nazeer, 28 ans, a expliqué un enquêteur de la police, Jamshed Khan.
“C’est une affaire personnelle. La femme voulait divorcer de son mari, et nous supposons qu’il a fait en sorte qu’elle soit tuée”, a-t-il ajouté, tout en précisant être toujours dans l’attente d’informations sur les assaillants.
Si le Pakistan a un terrible bilan en matière de violences contre les femmes, de telles attaques en plein jour dans la capitale sont rares.
Dans ce pays musulman très conservateur, les femmes sont souvent entièrement soumises à l’autorité masculine, et parfois utilisées comme monnaie d’échange pour régler un conflit, des dettes ou sont tuées pour venger un affront.
Selon la fondation Aurat, une ONG locale de défense des droits des femmes, près de 1.500 Pakistanaises ont été victimes de meurtres l’an dernier et plus de 500 de “crimes d’honneur”, qui voient les membres d’une famille ou d’une tribu tuer une de leurs femmes accusée d’adultère.
Pendant ce temps, que font les musulmanes en Occident ? Au lieu de se solidariser du combat de leurs sœurs victimes d’atrocités dans les pays musulmans, elles se battent pour le droit de porter le voile intégral, avec le soutien de plusieurs féministes occidentales…Quelle bravoure !

<< Dans ce pays, les femmes pourraient arriver à tout, si seulement elle le voulaient», disait il y a quelque temps amna saleem, une entrepreneuse pakistanaise prospère, dans une interview donnée au magazine allemand Spiegel. effectivement, au Pakistan, on trouve des femmes avocates, entrepreneuses, enseignantes, universitaires et 33% des sièges au Parlement national sont réservés aux femmes. il existe même un Ministère pour le développement des femmes. au niveau législatif, des progrès sont régulièrement effectués: le Parlement a par exemple adopté en 2010 une loi contre le harcèlement au travail. tout serait-il donc rose pour les femmes pakistanaises ? «il existe des histoires de réussite. Mais la grande majorité des femmes pakistanaises vivent dans un tout autre monde», explique susanne Preisig, spécialiste du Pakistan et ancienne experte-pays auprès d’amnesty international. ainsi, en général,

seules les femmes issues de familles libérales et bien nanties, vivant dans un milieu urbain, peuvent étudier et travailler. Pour toutes les autres, les choses se passent de manière différente : «Les femmes vivent dans un monde très limité et oppressant.» La vie est marquée par des idées morales strictes, basées sur la religion et la tradition.

Assassinée pour l’«honneur»

Maryam, une jeune femme du sud du Pakistan, en a souffert. sous les longues manches orange de sa robe brille le nom de son mari en tatouage. de trente-cinq ans son aîné, cet homme l’a épousée quand elle avait quatorze ans. ensuite, elle a été utilisée comme esclave par son mari et sa première femme. après avoir été violée par son beau-fils, elle s’est confiée à son époux et l’a prié de la protéger. en réponse, il a entièrement rejeté la faute sur elle et l’a bannie de la maison.

 

Oppressée et brimée – mais au moins toujours en vie : tel est le triste bilan de l’expérience de Maryam. souvent, cependant, les femmes «fautives» doivent mourir de façon atroce. Les crimes dits d’honneurs, par lesquels la famille tente de récupérer son honneur, qui a été souillé à ses yeux, s’accumulent encore et toujours au Pakistan. La commission des droits humains pour le Pakistan recense près de 700 cas semblables à celui de Mafia Bibi, une jeune femme de 17 ans de sahiwal dans la province de Punjab. Comme elle avait fui avec son ami, son frère lui a coupé les oreilles, le nez puis la tête avec un couteau. Le rapport annuel 2009 d’amnesty international fait état de 960 cas de crimes d’honneur – chiffre sans aucun doute bien plus élevé en réalité. La plupart des cas ne sont jamais rapportés et font encore moins l’objet d’une enquête de police.

Marquée à vie

Maria shah, médecin à shikaphur dans la province du sud-est sindh-Pro, n’a quant à elle pas perdu la vie entre les mains d’un membre de sa famille. Un admirateur caché a commis un attentat à l’acide contre elle le 12 février 2009. 60% de son corps a été brûlé. elle est décédée des suites de ses blessures un mois plus tard.

Chaque femme qui survit à un attentat à l’acide reste souvent marquée à vie. La commission des droits humains a connaissance de 135 attentats à l’acide ou incendiaires survenus l’an dernier; les estimations non officielles sont dans ce cas aussi plus élevées.

Justice corrompue

Les « crimes d’honneur » sont interdits par une loi pakistanaise depuis 2004, et des OnG militent pour la rédaction d’une autre loi contre les attentats à l’acide. Pourtant, les femmes demeurent peu protégées. La justice du Pakistan est considérée comme corrompue. Ce sont les personnes riches et connues qui ont les meilleures chances devant un tribunal.

il existe pourtant une loi contre la violence domestique, mais elle n’est jamais entrée en vigueur. L’une des deux chambres du Parlement l’a approuvée l’année dernière, mais l’autre chambre l’a laissée ignorée si longtemps qu’elle a ensuite été balayée pour des raisons formelles.

L’impact de ce genre de loi est difficile à évaluer : « La législation doit protéger les femmes et punir sévèrement les agresseurs, mais elle n’est de toute façon pas mise en application », a écrit récemment la journaliste pakistanaise huma imtiaz dans les pages du magazine américain Foreign Policy. La plupart des femmes n’oseraient jamais dénoncer leur mari pour violence domestique, de peur de subir les punitions et le déshonneur public qui s’ensuivraient.

L’une des rares exceptions est Maryam. elle a trouvé refuge dans un foyer privé pour femmes à Karachi, qui lui a fourni une assistance juridique. Le tribunal a attribué à Maryam le droit de garde pour deux de ses quatre enfants. Plus tard, elle est retournée vivre avec son mari, qui a signé un document dans lequel il déclarait vouloir dorénavant la traiter avec respect. Un succès impensable dans le monde de Maryam.

Le droit tribal a le dessus

Les tribunaux étatiques n’ont pas toujours leur mot à dire. de nos jours, les tribunaux tribaux, appelés Jirgas, régissent la vie en commun. ils n’ont pas que de mauvais côtés. Lors de conflits concernant la répartition de l’eau, ils sont sensiblement plus efficaces que les tribunaux étatiques, régulièrement surchargés. Les Jirgas prononcent cependant des sentences qui, d’un point de vue occidental, sont inimaginables. Le cas de Mukthar Mai, survenu en 2002, est tristement célèbre : un tribunal tribal l’avait condamnée à un viol collectif, parce que son frère avait été vu avec une femme d’une tribu rivale. Mukthar Mai ne s’est pas suicidée, comme on l’attendait d’elle, mais a rendu ce cas public. Un tribunal étatique l’a indemnisée et son cas a fait le tour du monde.

Mukthar Mai était analphabète, comme beaucoup de Pakistanais·es. seuls 65% des hommes et 40% des femmes savent lire et écrire, selon une estimation de la Banque asiatique de développement. dans les régions tribales, les chiffres sont bien plus faibles: pas même 1% des femmes savent lire. dans cette région et dans la province de la Frontière du nord-Ouest, les groupes de talibans ont sans cesse fermé ou réduit les écoles en cendres. Les conflits entre l’armée et les talibans, ainsi que les inondations, ont aussi contribué à l’effondrement du système scolaire.

Là où l’école fonctionne encore, les jeunes filles la quittent après la cinquième année. «Dès que les parents jugent le chemin de l’école trop dangereux, les filles ne peuvent plus aller à l’école dans leur village», explique susanne Preisig. L’éducation pour les femmes n’a pas une grande signification pour les familles conservatrices, et est parfois même considérée comme condamnable. On attend aussi des femmes ayant suivi une bonne formation qu’elles arrêtent de travailler une fois mariées. C’est la famille qui décide des buts de la population féminine, comme en témoigne le destin de shaista, une jeune femme de Chitral, au nord-Ouest du Pakistan. elle a terminé l’école avec les meilleures notes de sa classe et désirait étudier. Or sa famille avait d’autres plans pour elle et l’a fiancée avec son cousin. son père et son mari lui ont interdit de continuer ses études. shaista reste donc à la maison. au Pakistan, c’est la famille qui décide ce qui est bon pour une femme. Une vie autodéterminée reste hors d’atteinte pour la majorité des femmes.

Une adolescente de 16 ans a été violée, en début de semaine dernière, pour «venger» un acte similaire commis par son frère. La justice traditionnelle pakistanaise continue de faire subir aux femmes des pratiques cruelles, sous le regard indulgent des autorités.

Dimanche 6 août, à Raja Jam, un village reculé de l'est du Pakistan, une adolescente de 16 ans a été violée pour «venger» un acte similaire commis par son frère sur une enfant de 12 ans. Le viol a été acté sur autorisation du conseil des anciens du village. Dans les villages comme Raja Jam, ces assemblées connues sous le nom de panchayat ou jirga, sont toujours considérées comme le système de justice authentique. Ce système judiciaire repose sur l'honneur et rien n'est plus déshonorant qu'un viol. Les hommes d'une famille doivent alors payer le même tribut que la victime. 

« On peut résumer cela à la fable du loup et de l'agneau: si ce n'est toi c'est donc ton frère. Dans ces villages, c'est la loi du talion qui prévaut»

Ariane Quentier, haute fonctionnaire ayant travaillé au Pakistan dans le cadre de missions humanitaires pour l'Europe

«On peut résumer cela à la fable du loup et de l'agneau: si ce n'est toi c'est donc ton frère. Et dans ces villages, c'est la loi du talion qui prévaut. Un crime s'efface par un autre», explique Ariane Quentier, haute fonctionnaire ayant travaillé au Pakistan dans le cadre de missions humanitaires pour l'Europe. La Cour Suprême du Pakistan a essayé de mettre fin à ces assemblées traditionnelles en les déclarant illégales en 2006. Mais le gouvernement est revenu sur cette décision et a de nouveau autorisé la tenue de ces assemblées pour que les conflits de village soient réglés rapidement. Les cours pakistanaises peuvent en effet mettre des années à juger une affaire criminelle, quand les conseils villageois règlent l'affaire instantanément. Un argument qui ne convainc pas Nadia Rahman, chargée des campagnes sur le Pakistan à Amnesty International. «Les autorités pakistanaises doivent mettre un terme à l'impunité pour les violences sexuelles et supprimer les conseils de village qui ordonnent des actes abominables contre les femmes, souvent à titre de représailles pour des actes commis par d'autres», affirme-t-elle. «Depuis bien trop longtemps, ces pratiques d'une cruauté sans nom bénéficient de l'indulgence des autorités», poursuit Nadia Rahman qui ajoute qu'«aucune tradition culturelle ne saurait justifier de telles attaques. Les violences faites aux femmes sont toujours aux antipodes de la justice. Leur corps n'est pas une marchandise que l'on peut troquer pour régler ses comptes». 

Un homme tue sa propre soeur 

Au Pakistan, une centaine de femmes périt chaque année, tuées par leurs proches sous prétexte de laver l'honneur familial. Une notion profondément ancrée dans les mœurs. «Il s'agit de cultures tribales avec des codes bien ancrés dans la tradition. Il y a encore peu, une femme devait par exemple disposer de quatre témoins de sexe masculin pour prouver l'acte d'adultère commis par son mari. Dans ces sociétés primitives, le ventre d'une femme appartient totalement à la famille, elle sert à procréer… Mais on peut aussi observer cela dans d'autres pays comme l'Inde ou l'Afghanistan. Ce qui se traduit par exemple dans ces états par des mariages arrangés ou même des lapidations. La famille a la toute-puissance sur le corps d'une femme. Cela n'a rien à voir avec la religion ou le culte musulman», abonde Ariane Quentier.

La question d'honneur peut aussi porter sur la légitimité d'un mariage. Mardi 8 août, dans le centre du pays, un homme a tué sa propre sœur et son futur mari alors qu'ils allaient enregistrer leur union dans un tribunal. La famille de la jeune femme de 22 ans s'était opposée à cette union qui portait, selon eux, déshonneur à la famille. Un exemple parmi tant d'autres d'une coutume dont les femmes paient le prix fort. 

En octobre 2016, le parlement pakistanais a adopté une loi dans le but de retirer la possibilité d'absoudre les auteurs de ces «crimes d'honneur». Selon l'ancienne législation, les coupables, souvent des hommes, pouvaient s'en sortir impunément après avoir été pardonnés par leur propre famille. Mais le meurtre, en juillet dernier, de la starlette des réseaux sociaux Qandeel Baloch par son propre frère a justifié cette réforme légale qui tarde toutefois à se mettre en place.

Alors que les ultra conservateurs aimeraient bien rogner leurs maigres acquis, les Pakistanaises inventent des formes nouvelles de résistance, très visibles, et parfois trop pour leurs concitoyens : aller au café, conduire une moto, rire dans la rue...

Au Pakistan, pour les droits des femmes, comme on écrit toujours sur ce site Terriennes #yaduboulot ! Et pas qu'un peu. Ainsi fin mai 2016, on apprenait que le Conseil de l'idéologie islamique (CII), l'un des corps constitués du Pakistan, fondé en 1962, et chargé d'éclairer les autorités publiques (parlement aussi bien que gouvernement) de ses avis, venait de conseiller d'autoriser les maris à "battre légèrement" leurs épouses lorsque celles-ci "le méritent"... C'est à dire lorsqu'elles ont l'outrecuidance de défier leur seigneur (ou parfois même saigneur) et maître. Le quotidien pakistanais anglophone The Express Tribune nous rassure tout de même : les élus et les ministres ne sont pas obligés de suivre les sages avis du CII. 

En 2015, le CII s'était vivement opposé à une proposition de texte « fondamental » en 2015 pour protéger les femmes des violences conjugales (PPWA  Women’s Protection Act) au Pendjab, la plus importante des régions du Pakistan, en 2015. Le CII l’avait déclaré incompatible avec l’islam parce qu’il risquait de « mettre les hommes en état d'insécurité ». A la suite de cette avancée fondamentale pour les droits des Pakistanaises, le CII est donc passé à l'offensive avec une contre-proposition de loi en vue de réprimer les rebelles.
Des "coups légers", en cas de désobéissance

Depuis, cette instance ne cesse de batailler contre ces tentatives de modernisation. La proposition de battre légèrement sa femme en est le dernier avatar. Ces « coups légers » (à l’appréciation toute relative) pourraient être assénés lorsque l’épouse refuse d’obéir, lorsqu’elle ne s’habille pas selon ses désirs, lorsqu’elle rejette un rapport sexuel en dehors de toute excuse religieuse, ou qu’elle ne veut pas prendre de bain après une relation sexuelle et lors de ses règles. Il est également permis de battre légèrement sa femme lorsqu’elle ne veut pas porter le hijab, qu’elle échange avec des étrangers, quelle parle trop fort où qu’elle donne de l’argent à quiconque sans l’accord de son mari. Depuis plus de 50 ans, le CII brille par ses conseils rétrogrades, rarement suivis par les législateurs, mais malheureusement pris au pied de la lettre par certains des citoyens pakistanais...

Pourtant, les Pakistanaises ont participé au plus haut niveau à l'émergence de cette  grande puissance asiatique, depuis son indépendance en 1947 : universitaires, scientifiques, femmes politiques, artistes, et chaque année, elles défilent à l'occasion du 8 mars, journée internationale des Droits des femmes. Mais depuis la fin des années 1970 et le règne du très conservateur général/dictateir Muhammad Zia-ul-Haq, cette émancipation est vue et vécue d'un mauvais oeil et les actes de régression, parfois meurtriers ou sanglants (comme celui dont a été victime Malala, le plus jeune prix Nobel de la Paix) se multiplient pour ramener les femmes à leurs fonctions de procréatrices et de 

Menacées, les féministes pakistanaises, les citoyennnes qui veulent vivre librement, inventent donc des méthodes plus provocatrices, défiant tous interdits dits et non-dits, pour s'imposer dans l'espace public : pour l'une, Zenith Irfan, 21 ans, ce sera conduire une moto ; pour d'autres se faire auto-entrepreneuses à la tête d'un triporteur rose réservé aux femmes, comme Saniya Rajan ; pour les plus courageuses, c'est de, tout simplement, s'installer à la terrasse d'un café. Un acte, en apparence minuscule qui pourrait leur coûter la vie.
Je préférerais vivre dans une société où les femmes peuvent agir librement
Ces actions, petites en apparence, d'un courage au quotidien, qui posent les cailloux d'un futur plus prometteur, prennent toute leur ampleur face à la violence continuelle qui s'exerce contre les femmes (et exceptionnellement contre les hommes), comme le révèle cette litanie d'informations fournies par l'Agence France Presse en quelques jours de ce mois de juin 2016. ● 17 juin 2016, Lahore : Une jeune femme enceinte de son deuxième enfant a été égorgée par des proches pour s'être mariée sans leur consentement, dans l'est du Pakistan. Muqaddas Bibi, 22 ans, avait épousé Taufiq Ahmed il y a trois ans en dépit de l'opposition de sa famille, qui considérait qu'un mariage d'amour - par opposition à un mariage arrangé - était une source de honte. Selon le chef du commissariat local, lorsque la jeune femme est arrivée chez elle, son père, son frère et sa mère lui ont tranché la gorge avec un couteau, la tuant sur le coup. Muqaddas Bibi avait une fillette de 10 mois, et elle était enceinte de sept mois lorsqu'elle a été tuée. ● 16 juin 2016, Multan : fait divers inversé - un Pakistanais brûlé à l'acide par une femme qu'il refusait d'épouser. Momil Mai, une mère de quatre enfants mariée, habitant près de la ville de Multan (centre du pays), entretenait depuis plusieurs années une relation avec Saddaqat Ali, 25 ans, également marié, selon la police. Mercredi soir, M. Ali est allé voir Mme Mai, comme d'habitude, mais elle lui a jeté de l'acide après qu'il a une nouvelle fois refusé de l'épouser ● 14 juin 2016, Islamabad : Une militante des droits humains agressée pendant un débat télévisé. Le débat entre les deux protagonistes s'est envenimé lorsque le sujet des "crimes d'honneur" a été abordé, après que plusieurs femmes ont été tuées récemment pour avoir épousé l'homme de leur choix sans le consentement familial. La militante Marvi Sirmed, sur son compte Twitter, affirme que ses propos ont enflammé le clerc, qui aurait tenté de l'agresser lors d'une pause, avant qu'un autre participant ne s'interpose pour l'en empêcher. ● 14 juin 2016, Lahore : Une jeune Pakistanaise chrétienne a été tuée par son frère après qu'elle a insisté pour se marier avec un homme de son choix, un rare cas de crime perpétré au nom de l'honneur dans une famille chrétienne. Anum Ishaq masih, qui avait un peu moins de 20 ans, a été tuée  dans un quartier proche de la garnison de Sialkot, une grande ville du centre du pays,. Saqib Ishaq Masih, 23 ans, a tué sa soeur en lui frappant la tête avec un gourdin en bois. ● 10 juin 2016, Lahore : Un couple de Pakistanais a été tué à Lahore pour s'être marié sans le consentement des parents. Saba Ashraf, 18 ans, et Karamat Ali, 35 ans, s'étaient mariés il y a un an et demi sans avoir obtenu au préalable l'accord de leurs pères. Les deux jeunes gens étaient de retour à Lahore pour tenter de renouer le lien avec leurs familles. Au cours d'une conversation qui a dégénéré, Muhammad Ashraf, le père de Saba, a ouvert le feu sur elle, sur son mari et sur un voisin qui tentait de la défendre, selon la police locale. ● 8 juin 2016, Lahore : Une adolescente brûlée vive par sa mère pour s'être choisi un mari. Zeenat n'avait que 16 ans quand elle a épousé un jeune homme contre l'avis des siens. Une audace qui lui a couté la vie lorsque sa mère excédée l'a brûlée vive dans leur modeste maison à Lahore. Le meurtre de Zeenat est le troisième en autant de mois d'une jeune fille accusée d'avoir bafoué l'honneur de sa famille au Pakistan. Des centaines comme elle sont tuées chaque année, mais très rarement par une femme, et encore moins leur mère.
Des dignitaires sunnites réagissent... enfin
Un groupe influent de dignitaires sunnites pakistanais a donc émis une fatwa condamnant les crimes perpétrés au nom de l'honneur, qu'un porte-parole a qualifiés d' "immoraux et injustifiables" lundi, après une série de meurtres de femmes qui ont choqué le pays. Le Sunni Ittehad Council (SIC), organisation alternative au CII, estime que de tels meurtres constituent un "grand péché". Cet édit religieux est soutenu par une quarantaine de membres de ce conseil, une fédération d'organisations sunnites qui jouit d'une grande influence dans la province pakistanaise du Pendjab. "Allah a décrété que les femmes devraient être libre d'épouser la personne de leur choix, tant que les deux parties sont d'accord", affirme le secrétaire général du SIC pour le Pendjab, le moufti Saeed Rizvi. Dans cette fatwa, les responsables musulmans réclament au gouvernement des lois permettant aux forces de sécurité et aux tribunaux de punir dans la semaine tous les coupables de tels crimes. On rappellera que des centaines de femmes sont tuées chaque année au Pakistan par des proches sous prétexte qu'elles auraient bafoué l'honneur familial. #yaduboulot
A retrouver dans Terriennes, d'autres pionnières pakistanaises
> Pakistan : à moto ou au volant d'un camion, elles "n'ont besoin de personne" > 'Le voile, c’est ton regard qui le met' : quand des artistes s'emparent du foulard > La journaliste Asma Shirazi reçoit le prix Peter Mackler : “je n’ai jamais abandonné et je n’abandonnerai jamais“ > Malala : icône hyper-médiatisée de la paix > Les ouvrières pakistanaises, fières de leurs ballons pour la Coupe du Monde > Le jardin de la paix de Rubina Bhatti pour protéger les Pakistanaises > 1992 - 2012, l'épopée de Zahida, première femme pakistanaise.

Le quotidien d’une famille de la classe moyenne supérieure

Entre la mère et la fille, les débats sont vifs, revisitant la querelle éternelle des anciens et des nouveaux. Ce soir-là, autour de la table du dîner en verre épais, garnie de légumes frais et de riz épicée, la discussion s’anime à propos de la cuisine et de la répartition des tâches.

« Les jeunes femmes pakistanaises ne savent plus cuisiner pour leur mari », soupire Rubina Jamil Ahmed devant ses invités. Sa fille, Komal, réplique du tac au tac : « Les hommes aussi doivent faire la cuisine ».

Le père, Amza, compte les points, le nez dans son assiette, impassible derrière ses lunettes de vue. Il y a déjà longtemps que ce fonctionnaire doux et posé a compris qu’il était préférable de ne pas s’immiscer au milieu des joutes oratoires des femmes de sa vie.

Dans cette famille de la classe moyenne supérieure pakistanaise de la capitale Islamabad, les chefs de maison ne sont pas forcément ceux que l’on attend d’une société foncièrement patriarcale. « Mon mari est communiste, explique à sa place son épouse Rubina. Il est d’un esprit ouvert et tolérant, défend l’éducation de ses filles et cuisine très bien. »

Une émancipation progressive des femmes

Le Pakistan, malgré l’image obscurantiste qu’il véhicule au travers de faits divers retentissants, compte des femmes de tête dans de nombreux secteurs d’activité et jusqu’au plus haut niveau de l’administration.

Au moment où Benazir Butto devenait la première femme chef du gouvernement de son pays (1988-1990), Rubina Jamil Ahmed bravait ainsi les traditions en devenant la première hôtesse de l’air de l’histoire de la communauté pachtoune, ce peuple conservateur de l’Afghanistan et du Pakistan qui a vu naître le mollah Omar

À 51 ans passés, Rubina rembobine le fil d’une existence qui l’a conduite d’Abbottabad, la petite ville nord-pakistanaise où Oussama Ben Laden a été tué, jusqu’à la capitale où elle loue un cinq-pièces confortable au rez-de-chaussée d’un immeuble moderne. « Adolescente, il m’était bien difficile de quitter la maison, se souvient-elle en recoiffant sa chevelure à la garçonne. Contre l’avis de mes oncles et de mes tantes, je me suis battue pour marcher dans la rue librement, puis pour partir travailler à Islamabad, loin de chez moi. J’ai ouvert la voie à beaucoup d’autres.»

Chez les Jamil Ahmed, le métier de Rubina assure l’essentiel des revenus du couple et des trois enfants. Il implique aussi un partage des tâches ménagères et procure à l’épouse une liberté peu banale au « pays des purs ». « Les femmes s’affirment de plus en plus dans la sphère publique », observe Rubina. Sous l’influence des contraintes économiques et de l’urbanisation, elles entrent en nombre dans la population active des secteurs informels et, à un degré moindre, des secteurs formels.

Des statuts très différents selon l’origine

Sur le marché de l’emploi pakistanais, il n’existe pas « une » condition féminine, mais une variété de situations en fonction de l’origine géographique, ethnique ou économique.

D’après la sociologue pakistanaise Farida Shaheed, « le statut des jeunes professionnelles du commerce, des banquières de haut niveau, des femmes médecins, des universitaires, des pilotes et des ingénieures diffère radicalement de celui des femmes de la majorité rurale, qui sont sous le contrôle étroit des mâles de leurs famille et de leur communauté ».

L’indépendance d’esprit des jeunes

Née dans la capitale, Komal Jamil Ahmed n’a aucune intention de se laisser dicter sa conduite par un individu de sexe masculin, a fortiori un mari. Cette jeune célibataire habillée à l’européenne a hérité de sa mère Rubina l’indépendance d’esprit. « Je ne veux pas dépendre économiquement d’un homme », assène-t-elle, goguenarde, devant ses parents silencieux. À 23 ans, elle dirige une petite entreprise d’événements festifs qu’elle a fondé après des études de design.

Komal Jamil Ahmed est libérale. Cela signifie qu’elle ignore volontairement l’essentiel des normes préconisées par les oulémas conservateurs qui poussent à l’islamisation du Pakistan depuis la dictature du général Zia dans les années 1970. D’ordinaire, elle refuse de cacher son visage poupin et son épaisse chevelure sombre sous un voile, sinon pour se rendre au marché. Le soir venu, elle retrouve ses amis au café. Le groupe discute en anglais des dernières applications de rencontres comme Tinder, tout en pianotant sur leur smartphone.

Presque une vie à l’occidentale

A l’heure de la fermeture, Komal Jami Ahmed rentre sagement dormir chez ses parents. « Ils n’accepteraient pas que je vive seule dans un appartement sans être mariée », confie la jeune femme qui n’y trouve rien à redire. L’entrepreneuse est cependant déterminée à faire un mariage d’amour plutôt qu’un mariage arrangé selon une tradition encore prédominante dans la population de ce pays de 200 millions d’habitants.

Ses amis lui ressemblent : diplômés, un œil sur Londres, un autre sur l’Amérique, modérément religieux, et tous issus des classes aisées. « Je suis dans mon cercle et je n’en sors guère, reconnaît-elle, pensive, sur le divan familial. Je ne croise pas de conservateurs dans ma vie quotidienne. » Parfois, la réalité d’une société travaillée par l’extrémisme la rattrape brutalement. « Les vitres de ma voiture ont été brisées à trois reprises dans le quartier. Rien n’a été volé. Ce sont probablement des attaques des “barbus choqués par mes manières de vivre », estime-t-elle en haussant les épaules.

Des mondes qui cohabitent sans se connaître

Au Pakistan, plusieurs mondes cohabitent ainsi sans se croiser ni se comprendre. Le contraste devient saisissant entre villes et campagnes où le taux d’alphabétisation des femmes peut varier de 80 % (Islamabad), à 1 % (un district rural du Baloutchistan). À l’intérieur d’un même quartier, la population peut être tiraillée entre une religiosité islamiste soutenue par les régimes successifs, des coutumes ancestrales autorisant les crimes d’honneur ou condamnant l’accès des filles à l’éducation, et enfin une législation qui affirme dans sa constitution le principe de l’égalité entre les sexes.

« Les familles qui suivent un islam de type littéraire se rencontrent surtout parmi les classes populaires et les classes moyennes, relève Muhammad Mujeeb Azad, professeur à l’université de Quaid-I-Azam, à Islamabad. Beaucoup soutiennent le discours religieux qui appelle à restreindre le rôle des femmes dans la vie politique ou au travail. »Inversement, les élites économiques et intellectuelles se montrent davantage progressistes.

La « mama » indifférente au qu’en dira-t-on

Ni riche, ni pauvre, Shanaz Tatari navigue entre ces univers pakistanais comme un poisson dans l’eau, guidée seulement par « sa propre charia ». Le jour, la « mama » des élèves pauvres dirige son école privée aux portes d’un bidonville d’Islamabad en usant de sa voix de stentor. Le soir, elle dialogue par Internet avec sa fille, brillante présentatrice et actrice d’une chaîne de télévision de Karachi, poumon économique du pays.

Au bureau de Shanaz Tatari, on ne frappe pas. La porte est toujours ouverte. Hommes et femmes saluent et viennent s’asseoir avec déférence sur les canapés qui forment un U devant le bureau. À un vieil ami, la maîtresse des lieux glisse un conseil à demi-mot. À une professeure, elle assène un ordre reçu sans broncher. À une jeune journaliste, elle remonte le moral. À des grands-mères, elle distribue ses livres, tour à tour conseillère, guide, psychologue, sûre d’elle-même et généreuse, accueillant son monde sans foulard ni voile, indifférente au qu’en dira-t-on.

À soixante ans, Shanaz Tatari s’interroge, perplexe, sur le destin de son pays « qui est à la fois plus libéral et plus conservateur » que durant sa jeunesse. L’ancienne journaliste se souvient d’une époque où elle rédigeait ses reportages au milieu d’une rédaction exclusivement masculine, contrainte de faire plus et mieux que ses collègues pour un salaire inférieur. « Aujourd’hui, on rencontre des extrémistes dans tous les milieux, au collège, à l’école, à l’armée, s’inquiète-t-elle. Mais je reste optimiste. Les gens dans leur majorité veulent une bonne éducation pour les filles. »

DES FORMES DE DISCRIMINATION VARIÉES ENVERS LES FEMMES

Les inégalités du genre. D’après les estimations de ONU, le Pakistan se situe à la 147e place sur 171 du classement de l’Indice de développement de genre (IDG) qui mesure les inégalités de genre. Par exemple, seulement 42 % des femmes de plus de 15 ans sont alphabétisées contre 67 % des hommes, selon une étude du gouvernement publiée en 2011-2012.

Un taux de mortalité supérieur. Selon la Banque mondiale, le taux de mortalité des enfants de moins d’un an est plus élevé pour les filles (22 pour 1 000 naissances contre 14 chez
les garçons), ce qui explique un ratio hommes/femmes en défaveur de ces dernières.

La poursuite des « crimes d’honneur ». La commission pakistanaise des droits humains a déploré la mort de 1 096 femmes tuées en 2015 par des proches pour avoir mis en danger l’honneur familial. Les auteurs du rapport précisaient que beaucoup de règlements de comptes, en général intrafamiliaux, ne sont pas enregistrés. Une loi votée à l’automne dernier vise à mieux réprimer ces agissements.

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