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Le blog de la Pintade Rose Rainbow

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Coups de cœur, coups de bec d'une habitante de Sant Nazer (44600)


Gloria Steinem ou une vie de combats féministes §§§

Publié par La pintade rose sur 22 Mars 2019, 08:09am

Catégories : #Combat, #Femmes Femmes..., #J'aime

Féministe américaine, Elle est l'une des chefs de file du mouvement de libération des femmes de la fin du XXe siècle. Née le 25 mars 1934 à Toledo, dans l'Ohio, Gloria Steinem passe son enfance à voyager avec ses parents dans une caravane. Diplômée du Smith College en 1956, elle se rend en Inde grâce à une bourse d'étude. Sur place, elle prend part à des manifestations non violentes contre la politique du gouvernement.

Rentrée aux États-Unis, elle commence à travailler comme écrivain et journaliste à New York en 1960. Gloria Steinem attire l'attention du public trois ans plus tard avec l'article « I Was a Playboy Bunny », dans lequel elle relate son expérience de serveuse en tenue légère au Playboy Club tenu par Hugh Hefner. En 1968, elle se met à rédiger une rubrique, intitulée « The City Politic », pour le magazine New York. Son implication dans le mouvement féministe s'intensifie en 1968 lorsqu'elle assiste à un rassemblement du groupe féministe radical Redstockings. Fière de ses racines féministes – sa grand-mère paternelle avait présidé l'Ohio Women's Suffrage Association de 1908 à 1911 –, Gloria Steinem fonde le National Women's Political Caucus en juillet 1971 avec Betty Friedan, Bella Abzug et Shirley Chisholm. La même année, elle commence à envisager la possibilité de créer une nouvelle revue pour les femmes, qui traiterait des questions contemporaines d'un point de vue féministe. Ainsi naît le magazine Ms., qui paraît pour la première fois en décembre 1971 sous la forme d'un supplément à l'hebdomadaire New York.

À la fin des années 1970 et pendant la décennie suivante, Gloria Steinem consacre une grande partie de son temps à diverses organisations politiques et devient l'une des porte-parole les plus écoutées du mouvement de libération des femmes. Elle contribue à la création de plusieurs associations, telles que Coalition of Labor Union Women, Voters for Choice ou encore Women Against Pornography. Elle publie, entre autres ouvrages, le recueil d'essais Outrageous Acts and Everyday Rebellions (1983), Revolution from Within (1992, Une Révolution intérieure : essai sur l'amour-propre et la confiance en soi) et Moving Beyond Words (1994).

 

—  Universal.                               LPR

"Si c'était à refaire, je perdrais moins de temps à hésiter" : l'icône du féminisme Gloria Steinem avoue avoir trop longtemps manqué de confiance... quitte à écorner son image de femme indépendante, militante au poing levé. "Souvent je savais ce que je voulais, mais je m'inquiétais de ce qu'on penserait", explique à l'AFP ce symbole du mouvement de libération féminine aux Etats-Unis, de passage à Paris pour la promotion de son autobiographie "Ma vie sur la route", parue mi-mars.

Gloria Steinem ou une vie de combats féministes  §§§

Dans son livre, elle raconte sa vie passée à sillonner les Etats-Unis, d'universités en centres de conférence, pour soutenir les causes qui lui tiennent à coeur : les droits des femmes, la défense de l'avortement et l'égalité raciale.

Une des voix les plus célèbres du féminisme

Pourtant, comme elle le raconte, Gloria Steinem n'était pas douée au départ pour la prise de parole et craignait de s'exprimer en public. Une peur qui, une fois surmontée, lui a permis de devenir une des voix les plus célèbres du féminisme, courtisée aujourd'hui par une génération plus jeune qui la cite à tour de bras, comme les actrices Emma Watson ("Harry Potter") et Lena Dunham ("Girls") ou la comique Amy Schumer. 
 
En tant que femme, "il faut simplement être soi-même, bon sang !", lance-t-elle. "Pas pour faire scandale ou casser les stéréotypes, mais pour faire de son mieux pour être authentique, mettre à profit ses compétences et refuser d'être ramenée en arrière".

"On ne peut rien faire tout seul"

L'octogénaire glamour a toujours refusé d'être enfermée dans une case : à la fois journaliste, militante et conférencière, elle s'est ainsi mariée pour la première fois à 66 ans. "Le féminisme, c'est la capacité à choisir ce qui vous convient à chaque période de votre vie", avait-elle répondu aux fâcheux. Sa vision du militantisme : écouter et rassembler les causes et les gens. "Nous sommes des animaux vivant en communauté, on ne peut rien faire tout seul", insiste celle qui a sondé, sur leurs conditions de vie, les chauffeurs de taxi comme les représentants de la communauté amérindienne ou les hôtesses de l'air. 
 
Jeune journaliste, elle s'est fait connaître grâce à son article "I was a Playboy bunny", en 1963. Elle y racontait son expérience de serveuse, en bustier et oreilles de lapin, au club Playboy de Hugh Hefner. Avec déjà un humour acide et une volonté de dénoncer un système faisant de la femme un objet.

Créatrice du magazine féministe Ms.

Une première expérience marquante, même si le déclic féministe survient plus tard, selon elle, quand à la fin des années 1960, des collègues masculins lui recommandent de prendre ses distances avec des femmes parlant de leur avortement lors d'une audition publique.  "Ne te mélange pas à ces folles, tu as travaillé trop dur pour être prise au sérieux".

Une recommandation qui va produire l'inverse de l'effet attendu. Dans les années 1970, Gloria Steinem va organiser la première conférence nationale des femmes, à Houston (Texas) et fonder son propre magazine, Ms., contraction de Miss (mademoiselle) et Mrs (madame). C'est dans les pages de la revue, rachetée en 1987 par un groupe de médias australien, qu'elle imagine ce qu'il adviendrait si les hommes avaient leurs règles. 

Soutien d'Hilary Clinton

Militante infatigable, elle apportera en 2008 son soutien à Hillary Clinton, participera à la "marche des femmes" à Washington en 2017 où elle prononcera un discours puissant. "Le rôle des personnes âgées comme moi est d'avoir de l'espoir, parce nous nous souvenons de périodes où c'était pire", affirme-t-elle aujourd'hui. 
 
Son livre est dédié au médecin londonien qui la fit avorter - illégalement - en 1957, et lui demanda deux choses. "Vous devez me promettre (...) d'abord que vous ne révélerez mon nom à personne. Ensuite, que vous ferez ce que vous voulez de votre vie".

On l’a vue à la tribune de la Women’s March, en janvier à Washington, au lendemain de l’investiture de Donald Trump. Son article-fleuve de 1963 sur son expérience de «Bunny Girl» infiltrée au Playboy Club de New York a refait surface à la mort de Hugh Hefner, fin septembre. Ses citations fleurissent sur les réseaux sociaux dès qu’elles résonnent avec l’actualité. On a rencontré Gloria Steinem juste avant l’explosion du scandale Harvey Weinstein, le producteur américain accusé de viols et d’aggressions sexuelles par plusieurs femmes. «Ce type d’hommes existe depuis toujours, a-t-elle confié plus tard au Elle américain. Dans ma jeunesse, ça aurait été considéré comme un comportement masculin normal. Il n’y avait pas de loi contre ça, il n’y avait pas de mots pour le nommer : c’était juste le monde tel qu’il était.» A 83 ans, cette icône du féminisme américain n’a pas baissé la garde et brandit un optimisme rare dans l’Amérique de Trump. Elle a préparé la programmation du Festival Albertine, organisé à New York par les services culturels de l’ambassade de France. Depuis mercredi et jusqu’à dimanche, y dialoguent Christiane Taubira, Roxane Gay (l’auteure de l’essai «Bad Feminist» paru en 2014), Mona Chollet, la dramaturge cherokee Mary Kathryn Nagle, Marie Darrieussecq… Le thème du festival cette année, «Global Feminism», «s’est imposé dans le sillage de la Women’s March, explique Bénédicte de Montlaur, conseillère culturelle de l’ambassade de France. Il s’est vraiment passé quelque chose, avec un mouvement féministe extrêmement actif aux Etats-Unis, et un niveau d’activisme politique inédit».

Vous avez souvent critiqué un féminisme parfois trop théorique, trop conceptuel. Est-ce toujours le cas ?

Parfois. Les universitaires américains et français s’inspirent les uns des autres. Ils produisent des théories très importantes, mais qui ne sont pas toujours faciles à traduire en actions. Elles sont calibrées pour l’université, pas pour la rue. Ce qui me frappe dans le monde académique, c’est qu’il y a parfois cette injonction à être abscons. Il n’y a pas de mal à ça : chaque profession a son jargon et les apprentissages issus de ces recherches sont de grande valeur. Mais une des choses les plus tristes que j’entends quand je parcours les Etats-Unis, c’est : «Je ne crois pas être assez intelligente pour être féministe.» Ça me brise le cœur ! Il faut juste être conscient qu’on a besoin de romans, mais aussi de poésie. Nous devons être capables de raconter les choses de façon directe.

Comment faites-vous ?

Le féminisme, c’est cette petite fille de 6 ans qui dit : «Tu n’es pas mon chef. C’est injuste.» C’est reconnaître simplement l’égalité, que chaque personne est unique, qu’on ne doit pas être rangé dans des catégories. La société invente ces catégories pour pouvoir créer une hiérarchie et imposer un contrôle. Le féminisme, c’est dire : «Non, nous n’allons pas accepter cela.»

Quels liens entretenez-vous avec le féminisme français ?

Il y a toujours eu des échanges d’idées très féconds entre nous, féministes américaines, et le mouvement en France. Dans le premier numéro de Ms[ magazine féministe qu’elle a cofondé en 1972, ndlr],nous avons publié une pétition intitulée «Nous avons subi un avortement et nous demandons que la loi change» [53 personnalités américaines, dont Gloria Steinem, déclaraient avoir subi un avortement, illégal à l’époque aux Etats-Unis]. On s’inspirait, bien sûr, du «Manifeste des 343», publié en 1971 dans le Nouvel Observateur et rédigé par Simone de Beauvoir, qui réclamait l’avortement libre en France. Et d’ailleurs, pour souligner les liens qui unissent les deux mouvements, nous avons choisi cette année de dédier le Festival Albertine à Simone Veil.

Dans plusieurs Etats américains (Texas, Kentucky, Missouri), les droits reproductifs sont sérieusement menacés. Comment faire pour militer alors que les fronts se multiplient ?

C’est une grande différence avec la France. Chez vous, les politiques sont décidées nationalement. Aux Etats-Unis, ça peut se faire Etat par Etat. On finit par devoir se battre cinquante fois au lieu d’une seule. D’autant que les Parlements des Etats ont tendance à être contrôlés par des groupes de droite, comme le lobby de l’alcool, celui des assurances ou des armes, au bénéfice, souvent, de groupes religieux. Ça signifie que le danger, pour les droits reproductifs, pour l’égalité des droits, est plus grand au niveau des Etats qu’au niveau fédéral. Ça se traduit de façon très concrète dans la vie quotidienne des Américaines, qui doivent parfois voyager des centaines de kilomètres pour trouver une clinique qui accepte de pratiquer un avortement. C’est extrêmement pénalisant, surtout quand on a des enfants en bas âge, un travail, et pas toujours beaucoup d’argent.

Dès son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a signé un décret interdisant le financement d’ONG qui soutiennent l’avortement. Depuis, il s’est attaqué au financement du Planning familial et à l’accès à la contraception. Comment faire face à cette administration ? Qu’y a-t-il après la Women’s March ?

Tout ! Il y a tout à faire. Comment conserver son éthique dans la vie quotidienne, comment on dépense son argent, comment utiliser son bulletin de vote pour ne pas simplement protéger sa caste, comment ne pas se taire face aux injustices dont on peut être témoin… C’est quelque chose d’organique. Des petites ou grandes luttes de tous les jours.

Vous avez écrit une utopie sur l’égalité des sexes en 1970. Pensiez-vous alors que ce serait toujours une utopie quarante-sept ans plus tard ?

Je crois que le moi de 1970 n’avait pas idée que ça allait prendre autant de temps ! A l’époque, aux balbutiements du mouvement féministe, on avait vraiment eu le déclic, on se disait : «Attends une seconde, nous ne sommes pas dingues, c’est le système qui est dingue !» Ça nous paraissait à la fois tellement évident et tellement injuste qu’on croyait qu’il suffirait de bien l’expliquer aux gens et que tout changerait. Mais on ne voyait pas, par exemple, la quantité d’argent générée par le travail gratuit ou sous-payé fait par les femmes, quelles que soient leurs origines. On ne pouvait pas comprendre, alors, le temps que ça allait prendre ! Aujourd’hui, pour le dire gentiment, les hommes ne s’occupent toujours pas autant des enfants que les femmes. Il y a toujours une différence de salaire entre hommes et femmes, même si elle est moindre aux Etats-Unis par rapport à la France. Et toujours pas de parité dans la représentation politique ni dans les conseils d’administration.

Mais en cinquante ans, il y a tout de même eu des évolutions…

Bien sûr, les choses ont changé profondément. L’avantage d’être vieille, c’est que je peux me rappeler que c’était bien pire avant. Si je refusais de m’identifier par mon statut marital, je ne pouvais pas acheter de billet d’avion ! On a dû se battre juste pour pouvoir mettre «Ms.» sur les documents administratifs. Et si vous vouliez contracter un prêt à la banque, il fallait rédiger ce qu’on appelait une «baby letter», où vous vous engagiez à ne pas faire d’enfant pour être capable de le rembourser. Aussi, la violence domestique n’était pas criminalisée : si votre mari vous battait, et que vous appeliez la police, déjà ce n’était pas sûr qu’elle vienne, mais si c’était le cas, alors son but était de faire en sorte que vous rentriez sagement à la maison avec votre époux.

 

De même, l’expression «harcèlement sexuel» n’existait pas. Donc le langage a évolué…

Disons que la conscience a évolué. On ne peut pas réparer une injustice si l’on n’a pas conscience que c’est une injustice. Le langage est effectivement un indicateur intéressant. Si on prend les langues amérindiennes par exemple, et c’est difficile de l’affirmer parce qu’il y en a eu plus de 600 aux Etats-Unis, mais de ce que j’en sais, la plupart n’ont pas de pronoms indiquant le genre. En langue cherokee, il n’y a pas de «elle» ou de «il», les humains sont les humains. En anglais, nous avons la chance de ne pas donner un genre aux tables et aux chaises, contrairement à la langue française ! C’est un tel déterminant dans le discours de donner un genre aux objets. Et en français, quand vous passez au pluriel, c’est le masculin qui l’emporte. Tout ça n’est pas anodin.

En quoi les féministes d’aujourd’hui sont-elles différentes de celles d’hier ?

A la fin des années 60 et au début des années 70, quand tout a commencé, les féministes étaient surtout des femmes qui avaient subi de nombreuses discriminations. Elles se sont levées et ont dit : «Tout ceci est injuste.» En général, les femmes deviennent plus radicales avec l’âge, parce qu’elles ont l’expérience vécue de cette injustice. Mais ça a beaucoup changé : au lieu d’avoir une poignée d’activistes plus âgées, vous avez une majorité de féministes de tous les âges. Aujourd’hui, les jeunes femmes ont une attente préalable, une exigence d’égalité que nous n’avons jamais eue.

Au-delà de l’évident coup marketing de la chose (Ouah c’est Hermione Granger qui signe la préface du bouquin!), le regard que porte l’actrice de 28 ans sur les textes de Gloria Steinem, de 56 ans son aînée, prouve leur pertinence. Pourquoi elle? Parce qu’elle est amie avec la journaliste et qu’elle s’est elle-même engagée. “L’été dernier, je passais du temps avec Gloria quand elle m’a dit ‘Parfois on doit attendre ses amis pour venir au monde.’ Je suis heureuse d’être née à une époque où je peux fréquenter et connaitre Gloria Steinem. Elle a modelé en grande partie la personne que je veux être.”

 

Une punchlineuse de haut vol

Figure de la seconde vague féministe, journaliste, militante, punchlineuse de haut vol, Gloria Steinem a pas mal de cordes à son arc et surtout celle d’expliciter avec justesse nombre de situations sexistes auxquelles les femmes sont confrontées. “Pourquoi j’aime tant les écrits de Gloria? Parce qu’elle transforme ce qui peut être ardu et franchement décourageant sur le papier en une lecture limpide”, écrit d’ailleurs Emma Watson en introduction. Gloria Steinem convoque sa plume de journaliste et son expérience du terrain pour mettre à nu les rouages de la société patriarcale. Il faut dire qu’en tant que femme journaliste dans les Etats-Unis des années 60, Gloria Steinem a elle-même vécu le sexisme de très près: “Quant au New York Times Magazine,  raconte-t-elle dans un texte de 1983, il continuait selon sa pratique habituelle à permettre à des femmes, des personnes issues de minorités et des homosexuels d’écrire des articles à la première personne, sur le registre de la confession, mais au nom de l’objectivité confiait les articles de fond sur ces mêmes groupes à des ‘experts’ blancs, hétérosexuels, et mâles.”

Gloria Steinem se prend en pleine face l’hypersexualisation des femmes dans une société patriarcale où sexualité et pouvoir sont aux mains des hommes.

Son expérience la plus célèbre reste celle de Bunny Playboy. En 1963, alors que Hugh Hefner, le patron du journal pour adultes, est au pic de sa fame et inonde les Etats-Unis de ses clubs Playboy, Gloria Steinem, 29 ans, décide d’infiltrer celui de New-York. Elle réussit là où plusieurs ont déjà échoué et finit perchée sur des escarpins, engoncée dans un bustier XXS, avec des oreilles et une queue de lapin. La tenue classique de la “Lapine” Playboy, chargée de servir la clientèle essentiellement masculine dans des conditions de travail déplorables et pour un salaire de misère. Mais qu’attendre de plus d’un patron qui écrivait dans une note dévoilée par une employée du bureau de Chicago: “Ces nanas [NDLR: les féministes] ce sont nos ennemies naturelles. Il est temps de leur faire la guerre. Ce que je veux c’est un article ravageur. Un vrai travail de sape, professionnel et personnel sur le sujet.”

Gloria Steinem se prend en pleine face l’hypersexualisation des femmes dans une société patriarcale où sexualité et pouvoir sont aux mains des hommes. Le travail est humiliant et harassant. Elle en tire A Bunny’s Tale, un article en deux volets publié en 63 dans Show Magazine mais surtout la conscience qu’il est grand temps de changer les choses.

 

Une lutte féministe intersectionnelle 

Désormais Gloria Steinem se consacrera à la défense des femmes dans une optique intersectionnelle: contrairement à d’autres féministes de la seconde vague, elle lie étroitement lutte des classes, lutte anti-raciste et lutte féministe: “Les journalistes noires présentes à ces réunions [NDLR: de rédaction] rapportaient que pas une seule d’entre elles n’occupait de poste à responsabilités. Comme l’a formulé l’une d’elles, ‘vous, au moins, vous avez droit à de l’hostilité. Nous, on est toujours la femme invisible’.”

En 72, elle claque la porte des grandes rédactions pour fonder son propre magazine, Ms., main dans la main avec la féministe afro-américaine Dorothy Pitman Hughes, avec laquelle elle sillonne les Etats-Unis afin d’y donner des conférences, entre autres pro-avortement: “L’idée que le féminisme devait regrouper toutes les femmes, par-delà les frontières économiques et raciales, était très peu partagée dans le public, aussi peu que la notion symétrique selon laquelle un mouvement contre les castes raciales doit comprendre tous les individus marqués par la race, indifféremment de leur sexe ou classe sociale. Encore moins partagé était son corollaire, qui postule que les discriminations sexuelle et raciale sont tellement liées concrètement et tellement interdépendantes anthropologiquement qu’on ne peut venir à bout de l’une sans s’attaquer à l’autre.”

En grandissant, Steinem relit l’icône Marilyn sous un prisme féministe et la voit soudain comme la victime d’un système patriarcal écrasant.

La plupart des textes de ce recueil proviennent de Ms. MagazineLa Politique de l’alimentationQuand les hommes et les femmes parlentEn éloge aux corps des femmes, mais aussi le célèbre et drôle Si les hommes avaient leurs règles, dans lequel Steinem décrit avec ironie le changement de perspective sociétal qu’un tel phénomène engendrerait de facto: “On célébrait les premières règles avec des cadeaux, des cérémonies religieuses, des repas de famille, des fêtes réservées aux garçons. (…) Pour prévenir l’absentéisme mensuel de nos dirigeants, le Congrès mettrait en place un Institut des dysménorrhées. (….) Dans le domaine sportif, des statistiques souligneraient que les hommes réalisent de meilleures performances et remportent plus de médailles olympiques quand ils ont leurs règles. (…) Les garçons des rues inventeraient un nouvel argot (‘Il a des tampons en or’), et se salueraient en se tapant dans la main en disant: ‘T’as l’air en forme! – Ouais mec, j’écrase les tomates!’ (…) Les hommes de gauche proclameraient que les femmes sont leurs égales mais qu’elles sont différentes; et que toutes les femmes peuvent rejoindre leurs rangs à condition qu’elles reconnaissent la primauté des droits menstruels (…) La ménopause serait l’occasion de célébrer l’accumulation d’un nombre suffisant de cycles pour prétendre à la sagesse.”

Steinem s’est également penchée sur certaines figures féminines de la pop culture: Jackie Onassis, Patricia Nixon, Alice Walker, Linda Lovelace, et Marilyn Monroe. Cette dernière l’effrayait plus jeune, explique-t-elle, en raison de la surexposition de sa vulnérabilité, systématiquement présentée comme une caractéristique intrinsèquement féminine et qui la renvoyait dès lors à sa propre vulnérabilité. “Comment osait-elle, elle, la star de cinéma, avoir aussi peu d’assurance que moi?” En grandissant, Steinem relit l’icône Marilyn sous un prisme féministe et la voit soudain comme la victime d’un système patriarcal écrasant qui lui fit croire que l’existence d’une femme se mesurait à l’approbation d’autrui, à la maternité, et au désir se reflétant dans l’œil masculin.

 

Contre la pornographie et le BDSM 

Il n’y a qu’Erotisme et pornographie, fusion de deux textes parus en 77 et 78, qui pourrait en faire tiquer plus d’une. Steinem y prend radicalement position contre la pornographie et les pratiques BDSM“la domination masculine qui assimile la sexualité à la violence et l’agression” et qui conduit à “de petits meurtres dans nos lits et très peu d’amour”. Pour elle, le sexisme est intégré et certaines femmes ne se rendent pas compte de leur conditionnement. On retrouve là l’éternelle scission au sein du mouvement féministe entre les pour/contre la prostitution/le voile/la pornographie, avec au cœur de chaque débat la notion très complexe de consentement. “Une société à domination masculine enseigne aux hommes que la domination des femmes est normale – or la pornographie ne fait rien d’autre”, affirme-t-elle.

Un peu réducteur et maladroit (“considérer ses amis et ses proches [du porno] avec le même sérieux que s’ils soutenaient et appréciaient les écrits nazis ou les enseignements du Ku Klux Klan”), ce texte lui vaut d’être perçue par certain(e)s comme une féministe puritaine alors même qu’elle milite pour un érotisme du partage et de l’égalité, martèle-t-elle. Reste qu’en conclusion, Steinem se réjouit et se désole en même temps que son ouvrage soit réédité, un sentiment complexe qu’elle exprime avec ces mots très justes: “J’espère que vous trouverez dans ce livre de quoi le rendre obsolète”. Nous aussi.

Carole Boinet 

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