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Le blog de la Pintade Rose Rainbow

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Coups de cœur, coups de bec d'une habitante de Sant Nazer (44600)


Théroigne de Méricourt, l’amazone des Ardennes §§§

Publié par La pintade rose sur 6 Mai 2019, 07:58am

Catégories : #Femmes Femmes..., #J'aime

Bien que le mot «féminisme» ne soit apparu dans le vocabulaire français qu’en 1837, il ne fait aucun doute que Théroigne était féministe. Pour elle, les femmes «ont les mêmes droits naturels que les hommes, de sorte qu’il est extrêmement injuste que nous n’ayons pas les mêmes droits dans la société».

Cette femme de constitution fragile, si souvent décriée en son temps, voulait défendre la place de la femme dans une société démocratique, avant qu’un épisode tragique ne la brise.Une grande partie de sa biographie reste dans l’ombre. Elle aurait combattu à la Bastille le 14 juillet 1789 et mené la célèbre marche des femmes et de la garde nationale sur Versailles en octobre, habillée en homme ou à dos de cheval, mais il semble plutôt qu’elle soit restée à Versailles tout l’été 1789, assistant aux débats de l’Assemblée nationale et rencontrant des personnalités politiques de renom.

Théroigne de Méricourt, l’amazone des Ardennes §§§

Fille de Pierre Theroigne, laboureur à Xhoris et d’Élisabeth Lahaye, de Marcourtdans le pays de Liège (d'où son futur surnom « La belle Liégeoise »), situé aujourd'hui dans le Luxembourg belge, Anne-Josèphe, prénommée plus tard Lambertine, est l'aînée d'une fratrie de trois enfants. Après le décès de sa mère le 22 décembre 1767 alors qu'elle a cinq ans, elle est confiée à différentes tantes, puis à un couvent. À douze ans elle rentre à Xhoris chez son père, qui s'est remarié, et l'année suivante, en mésentente avec sa marâtre, elle s'enfuit de ce milieu familial de paysans propriétaires pour devenir vachère à 14 ans à Sougné-Remouchamps, servante dans une maison bourgeoise. À 17 ans, elle est remarquée par une femme du monde d'origine anglaise, madame Colbert, qui en fait sa dame de compagnie à Anvers pendant quatre ans. Cette rencontre avec la seule figure féminine qui lui témoignera de l'affection lui permet de faire son éducation : elle apprend à lire, écrire, chanter, jouer de la musique.

Après avoir vécu à Paris, elle tente une carrière de chanteuse à Londres où elle est séduite par un officier anglais qui lui donne une fille, Françoise-Louise, emportée par la variole en 1788. En Italie, elle connaît des aventures multiples et y contracte la syphilis, pour laquelle elle sera soignée au mercure, selon les traitements de l'époque. Elle a une relation (uniquement financière ou amoureuse, leur correspondance laissant le doute) avec le vieux marquis Doublet de Persan qui se ruine pour elle. À Naples, elle se trouve en compagnie d'un castrat italien, Giusto Fernando Tenducci, qui lui fait miroiter une carrière de cantatrice et lui fait signer un contrat léonin, lorsqu'elle apprend la convocation des États généraux par Louis XVI.

Elle rejoint la France le 11 mai 1789. Afin de ne pas manquer les événements de la Révolution française, elle s'installe à Versailles et fréquente assidûment les tribunes de l'Assemblée. Elle est alors la seule femme dans les tribunes. Elle décide de se vêtir en amazone, mode lancée en 1767 par le portrait de Madame du Barry peint par Hubert Drouais. Elle a trois costumes : un blanc, un rouge et un noir. Ses ennemis la décrivent toujours vêtue de rouge, telle une bacchante sanguinaire.

Elle prend le nom d'Anne-Josèphe Théroigne, Théroigne étant la forme francisée du nom wallon Terwagne.

Anne-Josèphe Théroigne est à Versailles pendant les journées des 5 et 6 octobre 1789. Elle ne fait pas partie du cortège, composé essentiellement de femmes, qui part de Paris le 5 octobre et va à Versailles pour ramener « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». Le 6 octobre, le château de Versailles est envahi par la foule. Deux gardes chargés de la protection des appartements de la reine Marie-Antoinette sont tués. En fin de matinée, la famille royale quitte Versailles pour Paris, et s'installe aux Palais des Tuileries. Le 19 octobre 1789, l'Assemblée constituante se déplace également à Paris.

Anne-Josèphe Théroigne suit l'Assemblée et s'installe à Paris. Elle y tient un salon au 20 rue du Boulot (une autre source mentionne le 8 rue de Tournon où se retrouvent SieyèsCamille DesmoulinsPétionBrissotFabre d'Églantine ou encore Saint-Just. Elle se lie au mathématicien Charles-Gilbert Romme. Ses amis la surnomment « la Belle Liégeoise ».

Elle devient la cible des contre-révolutionnaires. Le 10 novembre 1789, le journaliste royaliste et satirique  Louis René Quentin de Richebourg de Champcenetz la surnomme Théroigne de Méricourt transformant son nom en prénom et déformant son village natal Marcourt en Méricourt. Dans les Actes des Apôtres, le journaliste l'accouple à un député de l'Assemblée nommé Populus et en fait la catin du peuple.

La campagne de calomnies est si bien orchestrée qu'en 1791, la réputation de femme sulfureuse est établie. L'auteur d'un ouvrage érotique compte bénéficier de cette réputation. Dans la deuxième édition du  Catéchisme libertin, publiée en 1791, il ajoute la mention: par mlle Théroigne.

En janvier 1790, elle crée avec Charles-Gilbert Romme la « société des amis de la loi » dont l'objectif est de tenir le peuple informé des travaux de l'assemblée. En mars 1790, face à des conflits internes les membres désertent le club et rejoignent le Club des Cordeliers.

Théroigne de Méricourt, l’amazone des Ardennes §§§

Suite aux journées des 5 et 6 octobre 1789, une instruction est ouverte citant Reine Audu et Théroigne de Mericourt à comparaître. Cette enquête délivre fin août 1790, une prise de corps en vue d'un interrogatoire et sans doute une condamnation. Théroigne de Méricourt quitte rapidement Paris et se réfugie à Liège. En février 1791, elle tente de retourner à Paris pour s'assurer du recouvrement d'un impayé. Elle est enlevée par un groupe d'émigrés qui la livrent aux Autrichiens. Ceux-ci l'enferment dans la forteresse de Kufstein (Tyrol). Le gouvernement français négocie auprès de l'empereur Léopold IIsa mise en liberté qu'il lui accorde, en juillet 1791.

Cette séquestration accroît sa popularité à Paris où elle se retrouve à la fin de l'année 1791.

 

Le 26 janvier 1792, elle fait une entrée triomphale aux Jacobins. Elle se range alors du côté de Brissot, s'affirmant nettement républicaine contre les royalistes qu'elle appelle le « parti des aristocrates » mais également contre la bourgeoisie qui souhaite que la femme reste au foyer, ce qui lui vaut des ennemis même du côté de la Révolution.

Elle est de tous les combats. Favorable à la guerre, au printemps 1792, elle tente de créer une « phalange d'amazones ».

Le 6 mars 1792, Pauline Léon présente à la Législative une pétition signée par plus de 320 parisiennes pour avoir le droit de former une garde nationale féminine. Vingt jours plus tard, devant la Société fraternelle des Minimes, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt invite les citoyennes à s'organiser en corps armé en déclarant « Brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps ». Elle réclame l'égalité politique pour les femmes en passant par la demande du port des armes.

Le 10 août 1792, elle participe à l'invasion du palais des Tuileries par le peuple de Paris. Le journaliste royaliste Jean-Gabriel Peltier prétend qu'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt aurait lynché le pamphlétaire royaliste François-Louis Suleau une heure avant l’assaut du château des Tuileries. Ce meurtre aurait été motivé en raison des quolibets que répandait François-Louis Suleau à son encontre. Or, Théroigne de Méricourt ne connaissait pas François Suleau et n'aurait pas pu l'identifier. Cette calomnie fut désastreuse pour Théroigne de Méricourt.

Ensuite, elle prône davantage de modération et souhaite un apaisement auquel les femmes pourraient jouer un rôle important. Pour empêcher la guerre civile, elle propose au printemps 1793 d'instituer dans chaque section une magistrature de six citoyennes. Vêtues d'une écharpe sur laquelle serait inscrit « Amitié et fraternité », ces citoyennes permettraient de prévenir les conflits.

Le 13 mai 1793, à l'Assemblée nationale, accusée de soutenir Brissot, chef de file des Girondins, elle est prise à partie par des femmes jacobines qui la traitent de brissotine, de girondine, la dénudent et la fessent publiquement. L'intervention de Marat met fin à cette agression des Tricoteuses. La violence de cette agression a été minimisée et tournée en dérision dans la presse montagnarde.

Pour Jules Michelet, Edmond et Jules de Goncour, l'humiliation de cette agression serait à l'origine de sa folie et l'aurait fait basculer dans un délire de persécution. L'origine de sa folie peut s'expliquer plus simplement par la peur d'être guillotinée (Olympe de Gouges et Madame Roland sont guillotinées les 3 et 8 novembre 1793) ou plus probablement par le stade avancé de sa maladie vénérienne, la neurosyphilis et les effets du mercure.

Au printemps 1794, son frère réclame sa mise sous tutelle et la fait interner. Cet internement lui évite une accusation politique et la guillotine. Les premières expertises la déclarent saine d'esprit.

Les internements se succèdent. Elle s'adonne à des rites de souillure et de purification. Elle vit nue et verse sur son corps des baquets d'eau glacée. Le médecin aliéniste Philippe Pinel humanise son traitement psychiatrique.

En 1808, Regnaud de Saint-Jean d’Angély, conseiller de Napoléon aurait commandé une enquête administrative pour savoir si l'internement de Théroigne de Méricourt n’est pas lié à une probable spoliation de ses biens par Joseph Terwagne, son frère.

Entre 1812 et 1817, elle est examinée par le médecin aliéniste Jean-Étienne Esquirol qui en fait son portrait. Elle meurt à l'hôpital de la Salpêtrière le 23 juin 1817 après avoir passé les 23 dernières années de sa vie à l'asile.

Une muse :

La vie d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt qui fait d'elle une des premières féministes de l'histoire ne cesse d'inspirer les peintres, les poètes, les romanciers, les compositeurs.

En 1830Eugène Delacroix s'inspire de la révolution des Trois Glorieuses et du personnage d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt pour son tableau La Liberté guidant le peuple.

Sa vie inspire Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal, publié en 1857.

En 1902, Paul Hervieu crée une pièce de théâtre en 6 actes

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