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Le blog de la Pintade Rose Rainbow

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Coups de cœur, coups de bec d'une habitante de Sant Nazer (44600)


Une peinture de résistance à Mulhouse pendant la dernière guerre §§§

Publié par La pintade rose sur 3 Juin 2019, 08:50am

Catégories : #J'aime

Par ce peintre amateur mulhousien Joseph Steib qui a  produit durant la guerre une œuvre au style unique, halluciné, violemment antinazi. Redécouverte longtemps après sa mort par le collectionneur François Pétry, elle fait aujourd’hui l’objet d’un livre, qui consacre sa reconnaissance aux plans national et international.

La guerre change les hommes. Elle fait de certains combattants des héros. Elle a fait de Joseph Steib, individu anodin et « peintre du dimanche », un artiste hors-norme.

 

Avant-guerre, cet employé au service des eaux de la ville de Mulhouse aimait plaisanter, chanter, jouer du piano, bien que de santé fragile. « C’était un joyeux luron » , résume François Pétry, qui signe le grand et beau livre qui lui est aujourd’hui consacré. Amateur averti, collectionneur insatiable d’images et d’objets, Steib s’inscrit dans la mouvance de Marie-Augustin Zwiller. « La guerre a fait exploser la gangue naturaliste » , observe son biographe.

 

« Des ex-voto contre le nazisme »

Le joug allemand, les crimes des nazis tournent alors à l’obsession. Dans son appartement de Brunstatt, ce patriote exalté se met à peindre ses visions, rêves et cauchemars alternés. Il multiplie les scènes d’horreur d’une terrible actualité - expulsions, déportation, assassinats, viol, extermination, bombardement - et imagine, en anticipant de plusieurs années, l’Alsace et Mulhouse fêtant leur libération, à grand renfort de drapeaux tricolores.

 

Il projette sur ses toiles ses espoirs mais aussi ses désirs de vengeance, en représentant Hitler défiguré, ensauvagé, pendu, jugé par le Christ et jeté dans les flammes de l’enfer. Pétri de valeurs religieuses, Steib fait du dictateur nazi l’Antéchrist, le Mal absolu, et le soumet à une « Passion noire »… Dans la préface du livre de François Pétry, Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, évoque « des ex-voto contre le nazisme », « aux intentions prophétiques et magiques ».

 

La charge est radicale, violente, parfois scatologique. A posteriori, on rapprochera Steib de la « peinture de résistance » allemande représentée notamment par Otto Dix et George Grosz. Mais aucun d’eux n’a pris pour cible le « Führer » de façon aussi directe. Les circonstances aidant, le peintre « naïf » se révèle capable de méchanceté. « Il aurait certainement crevé s’il n’avait pas peint » , souligne François Pétry.

 

Bien sûr, Steib a commis ces « attentats » esthétiques dans la clandestinité, mais des proches « venaient secrètement admirer dans les mêmes sentiments patriotiques ses tableaux et ses miniatures » , racontera plus tard Alfred Faust dans le journal L’Alsace tout juste fondé. D’après une petite voisine de l’époque rencontrée par François Pétry, le peintre résistant se montrait imprudent : ses toiles étaient à peine cachées, il les montrait à des enfants qui auraient pu s’émouvoir des horreurs aperçues auprès d’adultes mal intentionnés. En cas de délation et de descente de la Gestapo, son sort était scellé… Mais il n’en fut rien, et en 1945, les rêves de Steib devinrent réalité. En septembre de cette année-là, pour la seule et unique fois, les 57 tableaux de ce qu’il avait baptisé « Le Salon des rêves » furent présentés au public, à Brunstatt, dans le cadre des festivités marquant la Libération.

 

Puis Steib retourne à son style « idyllique » d’avant-guerre et à l’anonymat. Il meurt en 1966. Sa veuve, Rosa, commence à disperser les tableaux, dispersion qui s’accélère lorsqu’elle disparaît à son tour, en 1981. Le couple n’ayant pas eu d’enfant, ce sont les neveux et nièces de Rosa qui héritent de l’essentiel.

 

« L’importance du Salon des rêves n’était pas perçue »

« L’importance spécifique du Salon des rêves n’était pas perçue » , note François Pétry. Lui-même ne découvre Steib qu’en 1987, chez un marchand strasbourgeois. Il s’interroge devant un tableau intitulé Fête rurale , daté de 1944 et signé d’un peintre dont il n’a jamais entendu parler. C’est un des « rêves tricolores » du Mulhousien, dans lequel des Alsaciens en costume traditionnel sont attablés comme pour célébrer la République française. « Ce tableau m’a accroché, j’ai commencé à enquêter. » Les premières informations recueillies font de Steib un « cantonnier » ou un « marginal » , ce qui excite d’autant plus la curiosité du collectionneur. Le peu de considération que lui accorde alors le milieu de l’art local le stimule davantage encore.

 

François Pétry est orienté vers le grand antiquaire mulhousien Charles Neff, qui semble avoir eu entre les mains une grande partie des œuvres de Joseph Steib après la mort de sa veuve. Face à l’insistance de Pétry, Neff finit par lui vendre deux tableaux, puis lui en montre une douzaine d’autres, qu’il lui vendra également un peu plus tard. Ces acquisitions constituent l’essentiel du fonds Steib détenu aujourd’hui par François Pétry.

 

« Une découverte d’importance mondiale »

Il a fallu des années à ce dernier pour cerner les contours de ce « Salon des rêves » et entrevoir l’importance de l’œuvre, en allant contre le scepticisme général. Mais en 1995, lorsqu’il montre quelques photos de tableaux à Charlotte Zander, galeriste munichoise faisant autorité en matière d’art naïf, celle-ci éprouve un véritable choc. « Ses mains se sont mises à trembler, elle a dit qu’il s’agissait d’une découverte d’importance mondiale, comparant Steib au Douanier Rousseau. »

 

Deux ans plus tard, Charlotte Zander réunit une dizaine de tableaux de Steib pour une exposition. Ironie de l’histoire, la reconnaissance s’amorce outre-Rhin. Lentement, mais sûrement. Au point qu’en 2000, lorsque Fabrice Hergott quitte le Musée national d’art moderne de Beaubourg pour prendre la direction des musées strasbourgeois, le peintre vedette allemand Georg Baselitz lui lance : « Tu vas en Alsace, le pays de Joseph Steib. Un grand peintre ! »

 

Hergott tombe des nues, avant de rencontrer Pétry. Il décide alors de montrer ce qu’il peut du « Salon des rêves » au Musée d’art moderne de Strasbourg, en 2006. Au bonheur des promotions, Hergott, revenu à Paris à la tête du Musée d’art moderne, fait découvrir Steib dans la capitale, dans le cadre d’une exposition reprise l’année suivante au Guggenheim de Bilbao. Non loin de Guernica, la sensibilité anti-hitlérienne assure le succès des visions de l’Alsacien…

 

S’il a encore acquis très récemment des œuvres secondaires de Steib, François Pétry n’a localisé à ce jour que 34 des 57 scènes du « Salon des rêves ». Il espère que le livre qu’il publie aujourd’hui permettra d’aller plus loin, de « faire sortir des choses » , des œuvres encore inconnues. Mais selon lui, il est hélas trop tard pour en savoir plus sur Joseph Steib, ce peintre de la résistance clandestine célébré tardivement en héros.

 

Une peinture de résistance à Mulhouse pendant la dernière guerre §§§

Joseph Steib naît en 1898 à Mulhouse. Il suit une formation aux arts plastiques à l’école de dessin de Mulhouse dans les années 1925-1926. Avant-guerre, il se taille une bonne réputation de peintre miniaturiste en croquant des scènes de genres et en illustrant des légendes alsaciennes. Au cours des années trente, il participe au Salon des artistes français à Paris par l’envoi régulier de tableaux.

 

Mais ne pouvant vivre de sa peinture, il est employé aux écritures puis employé au service des eaux de la ville de Mulhouse. C’est un fonctionnaire discret et sans histoire. Souffrant de graves crises d’épilepsie, il bénéficie d’une préretraite en 1943.

 

Son œuvre majeure, Le Salon des Rêves, réalisée durant la Seconde Guerre mondiale, « donne une vision aussi naïve que féroce du régime nazi, de ses hauts dignitaires et de l’insupportable joug infligé à l’Alsace pendant l’annexion de l’Alsace-Moselle . »

 

Enveloppés et cachés derrière les murs de son appartement en raison des risques qu’ils représentaient pour lui et sa femme Rosa, les tableaux du Salon des Rêves sont exposés à la Libération et bénéficient même de la publication d’un catalogue. Ils sont dispersés après la mort de sa veuve, en 1981.

 

Joseph Steib meurt à Brunstatt en 1966, totalement oublié de ses contemporains. Georg Baselitz dira à son propos : « En Alsace, vous avez un très grand peintre : Joseph Steib>>.

Une peinture de résistance à Mulhouse pendant la dernière guerre §§§Une peinture de résistance à Mulhouse pendant la dernière guerre §§§

Son combat contre le nazisme et Hitler, son amour de la France font que la redécouverte de ce peintre amateur alsacien est un événement tant son œuvre est originale et puissante.

C’est un album incroyable qui sort de l’oubli une œuvre remarquable. Elle témoigne, comment l’artiste, par son talent et son courage, devient un opposant redoutable en mettant en scène les travers et les abus de ceux qu’il combat. Joseph Steib, employé au service des eaux de Mulhouse, remplissant besogneusement les bordereaux de redevance  jusqu’au début des années 1940 est aussi un peintre qui déteste le nazisme et ses hiérarques aussi, dans une Alsace germanisée, il tient à exprimer son amour de la France tricolore et républicaine. Alors, chez lui,  il signe des ex-voto contre Hitler et s’affirme ainsi résistant. Dans son « Salon des rêves » que l’on redécouvre grâce aux éditions de La Nuée bleue, il illustre con combat pour l’homme libre, la dignité humaine, la liberté d’expression. Sans la perspicacité de François Pétry cette œuvre aurait disparu après n’avoir été vue qu’une fois à la libération, en septembre 1945 dans la banlieue mulhousienne, à Brunstatt.

Joseph Steib ne semble en rien une menace pour le Reich mais ses créations qui s’inscrivent à la fois dans la continuité de la peinture de la fin du Moyen Age et de la Renaissance sont aussi marquées par la peinture flamande et ses scènes grouillantes. Ce livre présente chaque tableau qui est passé au crible, commenté, expliqué avec de solides références historiques, et des commentaires éclairés d’un expert de l’histoire de l’art. Toutes les scènes représentées témoignent d’une observation minutieuse de la vie d’alors, la mise en scène est soignée, quelquefois naïve, avec aussi ce qu’il faut de moqueries et de railleries de l’espace nazi. Hitler est caricaturé et son œuvre destructrice décrite avec rudesse mais lucidité.

Parmi cette œuvre, il y a un portrait du Führer où par son visage déformé, il apparaît comme un benêt hystérique et ridicule tandis que les inscriptions soigneusement ajoutées sont terribles alors que sa croix gammée inversée et sa mouche scatophage, du fumier qui vient se poser sur le brassard. Steib prévoit que justice sera faite, imagine la damnation du Führer, esquisse l’envie de vengeance et prédit le retour des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité après la victoire représentée. C’est tout simplement impressionnant avec l’apothéose de la fête et le merci à Dieu et à la France.

Joseph Steib qualifié de « fou de l’image », entre peinture naïve et magie noire est un authentique artiste de combat dont l’œuvre doit prendre place dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

https://steib-concoursresistance.webnode.fr/entretients/

Hitler

 

 

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